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« Ni droite, ni gauche : en avant ! » : en quête d’une « Troisième voie »

Conclusion

La période de la Guerre froide a obligé les néo-fascistes à intégrer le bloc de l’anti-communisme, effet accentué en France par la révision constitutionnelle de 1962 qui bipolarise de facto le système politique. Comme le fascisme du premier vingtième siècle fut obsédé par le bolchevisme et fut, entre autres choses, « une acculturation à droite des leçons de la révolution d’octobre »[61], les néo-fascistes acculturent au même lieu les leçons et vœux dégagés de Mai 68. Mais si celui-ci représente une césure dans leurs discours, les velléités socialistes sont néanmoins constamment gênées par l’image de l’Ennemi auquel, par mimétisme historique, on souhaite certes reprendre arguments et partisans, mais qui mène à concevoir comme porteuses du  » virus marxiste  » les considérations économiques idoines. L’échec des expériences fascistes pousse de surcroît l’essentiel des groupes à rejeter la proposition d’un réel totalitarisme, tandis que le cadre historique laisse – au contraire de l’entre-deux-guerres – les néo-fascistes seuls dans le dogme du « ni droite, ni gauche » (solitude d’autant plus inconfortable que le poids culturel du marxisme les stigmatise socialement comme « bandes armées du Capital »). Conséquences du marginalisme politique où la dialectique devient illusion de l’acte : le sinistrisme mène à cet  » extrémisme du centre « , de même que l’appel à la Périphérie conduit in fine au « compromis nationaliste » donc, dans les deux cas, aux droites[62]. Ceux qui cherchèrent à constituer un néo-fascisme parlementaire durent ainsi réaliser des tours de passe-passe idéologiques, tel Duprat arguant qu’ON menait le combat contre le double front communiste et gauchiste, transformant ainsi le classique slogan SA « Contre le Front rouge et la Réaction »[63].

Pourtant, pour s’extraire enfin du giron de la droite, diverses franges des nationalistes ont tenté de devenir internationalistes et socialistes-révolutionnaires. Mais le fascisme avait su puiser à la source de la révision du marxisme là où le néo-fascisme a souffert de la déliquescence du paradigme marxiste dans l’après-68. La pantomime de l’anticommunisme ne cache pas la difficulté que représente pour la construction des néo-fascismes la moindre irrigation de la société civile par cette foi en l’action qu’est le marxisme : on puit aussi percevoir sous cet angle l’émergence des courants nazi-maoïstes et nationaux-bolcheviques européens. Lorsque les droites parlementaires résument leurs références à Adam Smith et Milton Friedman, les néo-fascistes offrent un supplément d’âme et de populisme à l’anti-socialisme.

Cependant, la guerre froide est l’affrontement de systèmes (entre autres) économiques et est donc culturellement une phase de domination résolue de la raison économique et de la technique sociale (le fameux « nous sommes tous des keynésiens » de Richard Nixon). Or, le néo-fascisme tente certes d’user de celles-ci pour décrire son projet communautaire mais il ne parvient guère à s’adapter à ces deux phénomènes consécutifs que sont la généralisation du Wellfare state et la révolution conservatrice néo-libérale : là où le néo-fascisme est l’inaudible refus de la réduction de l’homme à l’homo œconomicus en se fixant sur des rhétoriques sociales, se positionne avec succès le libéralisme ethnocratique et le national-populisme qui joignent tout ensemble protection sociale (par l’exclusion ethno-nationale), libéralisme économique et valeurs post-matérialistes.

Le fascisme-régime use des armes de la modernité au bénéfice des nécessités et de la radicalisation constante de son projet communautaire ethno-nationaliste : c’est ainsi qu’il dépasse les conceptions économiquement non-totalitaires des fascismes-mouvements (telle la défense de l’Etat manchesterien par Mussolini en 1921). En ce qui concerne les néo-fascismes, quand bien même l’Etat n’obtient pas la pleine puissance sur la production, voire n’est pas « l’Etat des producteurs », l’économie est ici subordonnée à la conception politique utilitariste, trait permanent des fascismes qu’on retrouve ainsi dans leurs résurgences. L’économisme nationaliste relève plus du poétique que du politique.

L’incohérence interne participe en dernier lieu à une cohérence fonctionnelle : la multiplicité des discours qui, eux, peuvent recouvrir le même socle politique. Les élaborations présentées sont fonction des propagandes, des utopies géopolitiques et de l’Ennemi désigné : plus que d’économie c’est en fait d’organisation hiérarchisée de l’espace public et du champ social ainsi que de révisionnisme en politique internationale dont il est question, la première étant une traduction interclassiste et esthétique des préoccupations en ces matières. Il s’agit donc, par-delà les icônes, de néo-fascismes conséquents, d’une vision du monde où importe moins la révolution des structures économico-sociales que le désir d’une révolution anthropologique.


[1] G. Valois, Le Faisceau des forces nationales et sociales, Ars Magna, Nantes, s.d., s.p. (extrait de Le Fascisme, 1927).

[2] Jeune Nation, 11 au 24 décembre 1958 ; Occident-Université, 16 juillet 1965.

[3] Drumont ou Brasillach avaient déjà fait l’apologie de la Commune.

[4] Bardèche en fut le président d’honneur jusqu’à sa mort. Elle devient un satellite du PNF, crée par l’équipe de Militant suite à sa scission (1981) du Front National (1972). Le PNF reprend le logo du MNP. Militant est né de la mort de la nébuleuse Europe-Action (1967), celle-ci donna aussi jour au GRECE d’Alain de Benoist, tandis qu’un micro-groupe devait finir gauchiste en mai 68.

[5] Il est le neveu de Clémenti qui fut le fondateur du Parti Français National-Communiste et participa à la création de la Légion des Volontaires Français contre le bolchevisme, après-guerre cadre du Nouvel Ordre Européen créé par René Binet par scission du Mouvement Social-Européen de Mosley et Bardèche (1951). M. Vial est le secrétaire-général du GRECE de 1978 à 1984. Rejoignant la direction du FN, il fédère les éléments ultra du parti dans sa tendance völkisch, Terre et Peuple. Il est exclu par M. Le Pen lors de la crise de décembre 1998, puis démissionne du parti mégretien en 2001 et accorde sa signature à M. Le Pen pour les présidentielles de 2002.

[6] Encart de présentation dans Socialisme européen, n°0, 1967.

[7] Cf. Y. Fouéré, L’Europe aux cents drapeaux, Presses d’Europe, Nice, 1968. Partisan de cette Europe blanche, Pour une Jeune Europe affirmait que le socialisme avait pour noms Saint-Simon, Fourier, Blanc et Proudhon, mais qu’à partir de la Commune il fut détourné par le « socialisme matérialiste d’inspiration sémite de Karl Marx » (Pour une Jeune Europe, avril-mai 1969). Pour E-A,Sorel correspondait « à la pensée occidentale de toujours, dans le langage de la guerre sociale », et Proudhon était « la vieille révolte ancestrale de l’homme européen devant ce qui menace sa liberté, son originalité » (D. Venner, « Qu’est -ce que le nationalisme ? », Europe-Action, mai 1963, p.11). La forme discursive reste : « Le proudhonisme, c’est une vision occidentale et prométhéenne de l’existence », lit-on dans Militant du 1er janvier 2000.

[8] MNR, L’Aile juive du communisme. Rapport secret du Comité Central du 14 avril 1982. C’est bien le  » judéo-sionisme  » qui est rejeté : il est précisé que Les Protocoles des sages de Sion sont authentiques mais que ceux-ci ne sauraient être imputés aux Juifs en général mais à « la fraction extrême du sionisme ». Il est notifié : a) que le document est « à ne pas communiquer et à ne pas laisser saisir » ; b) que le texte est un « additif aux 19 points », c’est-à-dire à la charte du MNR – en référence au programme en 18 points (1943) de la Republica Sociale Italiana. Le document reçoit ainsi un poids idéologique conséquent.

[9] Editorial de Jeune Nation solidariste, 19 février 1981, repris dans J-G. Malliarakis, Ni Trusts ni soviets, Le Trident, Paris, 1985, p.373.

[10] A. Hitler, Mein Kampf, Nouvelles Editions Latines, Paris, 1979, p.112.

[11] Tract GNR, s.d.

[12] Editorial, Cahiers Européens hebdomadaires, 24 décembre 1974.

[13] F. Duprat, préface à M. Dernoncourt, « Pour une THEORIE nationaliste », Dossiers nationalistes, juin 1974 (?), p.2.

[14] F. Duprat, « Pour une ligne idéologique ferme Pour une pratique politique cohérente », Cahiers Européens hebdomadaires, 10 août 1976.

[15] F. Duprat, éditorial des Cahiers Européens hebdomadaires, 21 décembre 1977.

[16] Editorial, Cahiers Européens hebdomadaires, 24 janvier 1978.

[17] Aux campagnes électorales de 1974 comme de 1981 Jean-Marie Le Pen insistait sur le fait d’être l’unique candidat à se proclamer de droite. Le programme FN pour les présidentielles de 1974 propose entres autres la réduction du service public et du secteur nationalisé « au minimum », et loue « l’entreprise libre, moteur de l’expansion économique et moyen de promotion populaire » (« Principes de l’Etat National », Le National, mai 1974). L’électorat FN de 1984 est d’abord mû par l’anti-communisme

[18] F. Duprat, Le Manifeste nationaliste-révolutionnaire, Dossiers nationalistes, novembre 1976 (?), pp.2-7.

[19]F. Duprat, « Un Programme de politique étrangère : nationalisme et Occident », dans ON, Ordre nouveau, supplément à Pour un Ordre nouveau, juin 1972, p.251.

[20] F. Duprat, « Bases du Combat N-R » et « Quelques définitions nécessaires », Le Salut public, janvier-février 1978, pp.6-11. Pour cet organe théorique des GNR la technocratie s’entend comme Synarchie ; le MNR et TV ont été, comme une certaine extrême gauche, des contempteurs réguliers de la Trilatérale, organisme néo-libéral transformé en complot synarchique – ceci renvoie au mouvement d’ensemble sur cette question, cf. O. Dard, La Synarchie ou le mythe du complot permanent, Perrin, Paris, 1998.

[21] Cf. In Memoriam Jean Thiriart, Machiavel, Charleroi, 1993.

[22] O. Mosley, La Nation Europe, Nouvelles Editions Latines, Paris, 1962, pp.9-15 et pp.58-84. L’inversion des priorités européennes était aussi prônée par Bardèche  : l’avant-gardisme réel de leur européisme (qui est leur socialisme) était ainsi perturbé par leur vitalisme et leur vision de l’Etat comme ultima ratio, traits typiques du fascisme.

[23] Il s’agit donc, au contraire de ce qu’affirme Mosley, d’une continuation de son fascisme et non d’une doxa nouvelle. Le BUF, rapidement devenu plus proche idéologiquement du NSDAP que du PNF, était jadis déjà plus occupé par les thèmes culturels qu’économiques et sociaux (cf. R. Griffin « The Reclamation of fascist culture », European history quartely, vol. 31, n°4, 2001, p.619). Les idées économiques essentielles de Strasser sont : nationalisation à 51% des industries vitales à l’Etat et à 49% des non-vitales, participation des travailleurs aux bénéfices, économie basée sur une agriculture où l’Etat est propriétaire des terres, création d’une zone de coopération économique internationale. Il fit scission en 1930 du NSDAP pour fonder son propre mouvement qui se vida rapidement au bénéfice du KPD entre autres.

[24] J. Thiriart, La Révolution nationale-européenne, Ars, Nantes, s.d. Si, depuis vingt ans, cette brochure est rééditée en l’attribuant à Thiriart nous avons de nombreuses raisons de penser que son édition originale (1962) est d’Emile Lecerf. Ancien membre de la section wallonne de l’Institut culturel de la Waffen SS, Lecerf a fait scission de JE et a lancé le Front National-Européen (1964) et le journal Révolution européenne (intitulé repris par l’organe de TV en 1987), et, avant que de travailler avec le GRECE, s’est lié à E-A. Le nom de Lecerf a souvent été avancé dans le cadre de l’éventuelle stratégie de la tension belge.

[25] J. Thiriart, Un Empire de 400 millions d’hommes : l’Europe, J. Thiriart, Bruxelles, 1964, pp.99-138.

[26] Cf. La Nation européenne, 15 janvier-15 février 1966, 15 novembre-15 décembre 1966 et 15 janvier-15 février 1967.

[27] Historiquement, l’expression « communisme démarxisé » est un oxymoron, puisque si le terme « communisme » précède Marx, il est par la suite l’exclusivité de ceux qui se reconnaissent dans Le Manifeste du Parti communiste. Toutefois cette démarche est du même type que celle qui prélude à l’usage de ce mot par le MNR.

[28] Exclue et non scissionniste comme l’OLP l’affirme ensuite, comme le démontre une feuille que produit la section nantaise d’ON et où elle annonce son éviction (Avant-garde nationale, n°1, s.d.).

[29] Le Monde, 16 septembre 1970 ; P.Péninque, La Politique à coups de poing ou l’extrême droite extraparlementaire de 1968 à 1975, mémoire de diplôme, I.E.P. de Paris, 1976, p.17 (il s’agit d’un cadre du GUD). Le principal responsable de PJE rejoint ensuite le RPR puis le FN.

[30] F. Freda, La Désintégration du système, Ars, Nantes, s.d. (1969).

[31] Nous n’entrerons pas ici dans la question de la stratégie de la tension.

[32] OLP, Code du militant Lutte du peuple, s.d., document interne ; Drieu cité in P. Ory, Les Collaborateurs 1940-1945, Le Seuil, Paris, 1976, p.212.

[33] Cf. Camus et Monzat, Les Droites nationales et radicales en France, P.U.L., Lyon, 1992, p. 288 ; Le Partisan européen, prairial-messidor 1986 et pluviose 1987 (sic). Le modèle économique donné est le strasserisme mais la base doctrinale est l’édification d’empires raciaux autarciques (Manifeste du Partisan européen, Ars, Nantes, s.d.). L’intérêt pour le modèle maoïste peut s’expliquer par l’ethnicisme de la revue : c’est bien la paysannerie qui, dans les nationalisme-révolutionnaires de Weimar, permet de réaliser la Nation en lui apportant les valeurs völkisch.

[34] Les mouvements NR qui ont loué durant les années 90 la Corée du Nord (Parti Communautaire National-européen et Nouvelle Résistance, se donnant entres autres pour références Thiriart, l’OLP, et Le Partisan européen) ne l’ont toutefois pas fait en raison du caractère autarcique ou ethniciste de la doctrine nord-coréenne (la juche) mais par anti-américanisme : la question économico-sociale est bel et bien subordonnée a celle de l’ennemi principal elle-même traduite en une visée géopolitique.

[35] Le Monde, 30-31 octobre 1949 ; F. Duprat, Les Mouvements d’extrême droite en France de 1944 à 1971, L’Homme libre, Paris, 1998 (1971), p.39 et p.54.

[36] Le Combattant européen, mars, avril, juillet et août 1946. L’intitulé fait référence au journal de la LVF.

[37] Editorial, Socialisme européen, mars-avril et mai-juin 1968.

[38] Camus et Monzat, 1992, p.51 ; Y. Sauveur, Jean Thiriart et le national communautarisme européen, Revue d’Histoire du nationalisme révolutionnaire, Ars, Nantes, s.d. (1978), p.47 ; F. Duprat, 1998, pp.160-161. Les éléments racialistes sont nettement plus importants que l’antisémitisme ; les Juifs sont ici les élites politico-financières des USA (cf. Réalités Socialistes européennes, deuxième trimestre 1969 ; il s’agit de l’organe de la FGE-RSE). Selon nos informations, la FGE participa à la campagne des Comités Tixier-Vignancour (1965). C’est dire que la présentation faite postérieurement par des NR de Socialisme européen et de la FGE comme des témoignages du  » nationalisme de gauche  » sont des reconstructions propagandistes.

[39] Socialiste belge passé à la Collaboration.

[40] G. Gravot, « Introduction à l’Europe », Réalités Socialistes européennes, décembre 1968 ; R. Lambert, « Les Deux points fondamentaux de la Révolution », ibid., février 1969. Il est à noter que le mot « mondialisme » n’apparaît que trente ans plus tard dans les dictionnaires, ceux-ci étant précédés par le FN qui édite une brochure à son sujet dès 1992.

[41] Pour une jeune Europe, avril-mai 1969. Quelques rares membres d’Occident participèrent aux barricades « juste pour le plaisir de la cogne contre les flics » (e-mail d’un responsable d’alors à l’auteur).  Proches de PJE, les néo-nazis de la FANE y ont été, disent-ils, et en ont déduit qu’il fallait réaliser la jonction avec l’extrême gauche (Notre Europe, juin et août 1968, mai 1970). Au sein des GNR, ils sont proches du groupe lyonnais de Peuple et Nation ayant scissionnés du NOE. P&N se revendique de F. Freda, des programmes fascistes de 1919 et de 1943, du personnalisme, dénonce les Jaunes du Service d’Action Civique (1958), et reprend les revendications de Strasser (cf. Peuple et Nation, juin, septembre et novembre 1977).

[42] Manifeste, Pour une Jeune Europe, novembre 1969, pp.7-10.

[43] J. Mabire (E-A, GRECE, proche de Terre et Peuple) et Y. Fouéré participent en 1969 à la création d’une Internationale Fédéraliste Européenne adepte de l’autogestion (H. Coston, Dictionnaire de la politique française, La Librairie française, Paris, 1972, p.563).

[44] Le communisme de guerre s’inspire lui-même de l’économie de guerre allemande planifiée, en particulier de l’organisation de la Planswirtschaft par von Moellendorf (A. Stanziani, L’Economie en révolution : le cas russe, 1870-1930, Albin Michel, Paris, 1998).

[45] Jeune Révolution est le titre de l’organe clandestin de l’OAS-Métro-Jeunes, qui fournit ainsi le nom du MJR ; il fut aussi antérieurement le nom d’un journal du MSE. Métro-Jeunes, Mouvement Jeune Révolution, MNR : les proximités des consonances renvoient aux filiations. Les références sont d’autant plus explicites que la tendance créa un Conseil Solidariste de la Révolution, pendant du Conseil National de la Révolution de la fin de l’OAS.

[46] F. Backman, Le Mouvement Jeune Révolution (1966-1971), de l’OAS au « Solidarisme », DEA d’Histoire, IEP de Paris, 1993 ;  F. Solchaga (pseudonyme de Duprat), « Une Nouvelle Guépou : Le NST (sic), police secrète soviétique », Défense de l’Occident, février 1968, pp.47-54. Les autres groupes qui, en Europe, choisirent de se qualifier de « solidaristes » le firent aussi suite à leurs contacts avec le NTS.

[47] Cf. D. Cologne, ex-GNR et nazi-maoïste, dans Cahiers du Solidarisme, automne 1978 et J-G. Malliarakis dans Jeune Nation solidariste, décembre 1984. Le logotype solidariste évoque également celui du Groupe de Protection des Jeunes de l’Europe Nouvelle. Si cela ne saurait pour autant désigner une tradition politique auto-référencée, on peut cependant, par ces nombreuses ambiguïtés de signes, s’interroger sur une tradition esthétique qui ressortirait des schèmes idéologiques et participerait ainsi à la définition du champ politique.

[48] Entretien, Paris, 30 septembre 2002. Diplômé d’économie, M. Malliarakis a un goût pour la question qui a marqué toutes ses publications et constitue ainsi un cas singulier dans cette mouvance. La chute de l’URSS l’a vu évoluer vers le néo-libéralisme en matière économique, ce qu’il considère être un « patriotisme libertarien ».

[49] Cahiers du CDPU, Principes de l’action fasciste, Ars Magna, Nantes, 1997 (1974).

[50] Cahiers du Solidarisme, n°3, 1976.

[51] Dans Le Quotidien de Paris, 18 août 1980. Comme la propagande produit de l’idéologie, on vit parfois des militants néo-fascistes revendiquer Bourgeois comme un des leurs…

[52] Auto-définition donnée par M. Collinot cité par D. Mazucchetti, Le Front National et « les Années Noires », mémoire de diplôme, I.E.P. de Paris, 1991, p.12 (M. Collinot a rejoint ensuite la direction du FN). L’anarchisme de droite n’existe pas : il n’est qu’une sous-tendance comportementaliste de l’extrême droite. Cf. Cahiers du CDPU, décembre 1974 ; enquête sur les nationalistes dans Charlie Hebdo, juin et juillet 1977 ;  Bergeron et Vilgier, De Le Pen à Le Pen, Morin, Grez-en-Brouère, 1985, pp.98-104. Il est à souligner que l’aspect spiritualiste du solidarisme du MJR n’est peut être pas étranger au fait que nombre de ses membres aient ensuite évolué vers le national-catholicisme, au contraire des NR, plus influencés par le néo-paganisme et laïques.

[53] Cf. Jeune Garde solidariste, août-septembre et octobre-novembre 1975, octobre 1976. On trouve les habituels référents : Rossel, Drumont, Saint-Simon, etc.

[54] Révélateur est le débat dans l’organe du MNR où J-P Varèse rejette le sous-texte économique des 19 points (le bon capitalisme national contre le mauvais international), et avec lui le slogan « ni droite, ni gauche » (« Car, il faut choisir le camp auquel on appartient : les forces populaires ou l’Etat et ses flics ? les syndicats ou les patrons ? la Gauche ou la Droite ? Moi, j’ai choisi : on ne peut être réellement anticapitaliste et être catalogué à droite »), ce à quoi L. Bergès répond vigoureusement : « nous sommes la troisième voie, la troisième position » (Jeune Nation solidariste, 12 juillet 1979 et 26 juillet 1979).

[55] J-G. Malliarakis, « De La Tour du Pin à la Troisième voie », Troisième Voie, septembre-octobre 1987, pp.37-43 ; il s’agit du numéro un de la revue de recherche doctrinale, dédié à L’Economie indépendante. L’évolution taxinomique est aussi européenne ; les Cahiers du Solidarisme de l’été 1979 définissaient le solidarisme comme « une troisième voie » . La transformation du MNR en TV se fait suite aux rapprochements avec le PFN et le GRECE. Ce dernier avait consacrée son colloque de 1985 à La Troisième voie et avait tenu meeting commun avec le MNR  à l’invitation du Cercle Proudhon (cf. Article 31, avril 1985 ; on voit ici l’influence des travaux de Zeev Sternhell sur les nationalistes).  Le MNR s’était déjà enflammé au colloque du GRECE de 1978  pour l’exposé de G. Faye « critiquant la société marchande et le capitalisme, danger plus grave et plus réel que le marxisme » (dans Jeune Nation solidariste, 14 décembre 1978). Les années 80 ont vu les divers nationalistes être influencés par les thèses de M. Faye, chantre des empires autarciques.

[56] P.Milza, « Les Cultures politiques du nationalisme français », dans Les Cultures politiques en France, S. Berstein (dir.), Le Seuil, Paris, 2003, p.374. En ce qui concerne la Révolution conservatrice allemande son courant néo-conservateur se référait explicitement au « solidarisme » en tant que socialisme organique (L. Dupeux, National-bolchevisme. Stratégie communiste et dynamique conservatrice, H. Champion, Paris, 1979, p.75).

[57] Si les néo-droitiers s’échinèrent à se présenter comme gramscistes nés de Mai 1968, les formes adoptées par cette mouvance relèvent plutôt de l’histoire des think tanks néo-libéraux.

[58] Leroy et Blot, La Bataille des mots. Pour un nouveau langage politique de l’opposition, Lettre d’information, quatrième trimestre 1982. Non seulement M. Mégret ne cesse d’appliquer cette plaquette lorsqu’il est à la tête du FN mais toute la stratégie de son parti autonome en découle également. Lorsqu’il produit le programme frontiste on peut y lire que « les entreprises étatisées [doivent être] rendues aux Français », pour signifier que les entreprises nationales doivent être privatisées  (FN, 300 Mesures pour la renaissance de la France, B. Mégret (dir.), Editions Nationales, Paris, 1993, p.417). Lorsque les élections de 1995 engendrent le phénomène du « gaucho-lepénisme », le programme ne se transforme pas mais le discours est altéré (slogan « ni droite, ni gauche » et anti-américanisme faisant office de socialisme), et le titre du nouvel ouvrage de M. Mégret (1997) est révélateur : La Troisième voie (cf. P-A Taguieff, « De l’anti-socialisme au national-racisme », Raison présente, quatrième trimestre 1988, pp.15-55 ; P. Perrineau, Le Symptôme Le Pen, Fayard, Paris, 1997 ; S. Bastow, « The radicalization of Front National discourse : a politics of the  » third way  » ? », Patterns of prejudice, juillet 1998, pp.55-68).

[59] Cf. P. Ignazi, « Les Partis d’extrême droite : les fruits inachevés de la société postindustrielle », Les Croisés de la Société fermée, P. Perrineau (dir.), L’Aube, La Tour d’Aigues, 2001, pp.369-384 ; R. Griffin, « Interregnum or Endgame ? Radical right thought in the “post-fascist” era », The Journal of political ideologies, vol 5, n°2, 2000, pp.163-178 et Vandendriessche et Villalba (dir.), Le Front national au regard du droit, Presses Universitaires du Septentrion, Villeneuve d’Ascq, 2001.

[60] L. Dupeux, 1979, p.542.

[61] P. Ory, Du Fascisme, Perrin, Paris, 2003, p.287.

[62] J. Thiriart définissait d’ailleurs son groupe comme « l’avant-garde du Centre » (J. Thiriart, La Grande Nation. L’Europe unitaire de Brest à Bucarest, Ars, Nantes, 1998 (1965), s.p.). Le PCN a repris la formule à la fin du siècle, tandis que les Anglais de Third Way se désignent tel « the radical center ».

[63] Cf. meeting d’ON dans Le Monde, 24 mars 1972. L’œuvre du nationaliste, c’est donc ici la violence antigauchiste, anticommuniste, non avant toute chose la mise à bas de la « démoploutocratie » – mais on a là une base du fascisme : l’addition  du verbalisme révolutionnaire à la pratique contre-révolutionnaire. Le slogan SA est repris par Binet et les solidaristes.


Première parution : « « Ni droite, ni gauche : en avant ! » : en quête d’une « Troisième voie », les théorisations économiques des néo-fascismes (1949-1989) », Acteurs, tendances et contestations de l’économie contemporaine en Méditerranée occidentale (XIX-XX siècles), Nicolas Marty dir., Domitia, Presses Universitaires de Perpignan, Perpignan, n°5, octobre 2004, pp.109-124.

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