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Le Camp de Rivesaltes : 70 ans de répression et d’indifférence [1938-2008]

baraque-taggee-du-campPar Nicolas Lebourg

La France de l'entre-deux-guerres est le premier pays d'immigration au monde. Toutefois, durant les années 1930, se répand dans les élites l'idée d'une sélection des migrants, fondée sur leur assimilabilité économique et ethno-culturelle, tandis que les masses se raidissent face aux influx de réfugiés, perçus comme une concurrence sur le marché du travail. En 1938, est instauré pour la première fois un sous-secrétariat d'Etat en charge de l'immigration et des étrangers. En 1938 également, à quelques kilomètres de Perpignan, aux quatre cinquièmes sur la commune de Rivesaltes et au un cinquième sur celle de Salses, est construit le camp militaire « Camp Joffre ». Outre sa mission initiale de transit pour les troupes coloniales, de dépôt et d'instruction, ce lieu n'a cessé de recevoir des populations civiles et des soldats vaincus.

Au fil de sept décennies, y sont regroupés et immobilisés des réfugiés accusés de présenter un risque économique et politique (Espagnols fuyant le franquisme ; Européens du Centre et de l’Est, souvent juifs, chassés par les avancées nazies, mais considérés comme ressortissants de puissances ennemies), des populations mises en cause sur une base raciste (Gitans et juifs), des prisonniers de guerre de l’Axe, des collaborateurs, des supplétifs coloniaux de l’armée française et des populations civiles fuyant les nations post-coloniales, des immigrés clandestins… La succession des occupations correspond à des adaptations conjoncturelles. Cependant, loin d’être un inventaire à la Prévert, l’histoire du camp de Rivesaltes dessine en creux celle de la gestion technique des flux humains par l’Etat.

Le texte à télécharger est celui d’une conférence faite en 2007 sur le site même du camp. L’accueil du public m’avait mené à le placer en ligne sur le site de mon laboratoire de rattachement – une sympathique rencontre sur le web avait également mené à ce que le texte soit repris sur un blog personnel. Si je le place en lien ici aujourd’hui c’est car a) ce lundi 8 décembre 2008 le camp de Rivesaltes aura soixante-dix ans d’Histoire ; b) j’ai lu hier dans la presse que le centre de rétention administrative de Rivesaltes, dernier avatar de cette longue histoire, comptait actuellement des réfugiés kurdes en grève de la faim.

Télécharger le texte de la conférence : Nicolas Lebourg,  « Histoire générale du Camp de Rivesaltes », Journées du Patrimoine, Camp de Rivesaltes, 15 et 16 septembre 2007.

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