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Un Occultisme postmoderne : la Magie du Chaos

Sorcier, peinture d'Austin Osman Spare (1905)Par Stéphane François

Comme son titre l’indique, nous allons nous pencher dans cet article sur un mouvement magique. Mais avant toute chose, il est nécessaire d’expliquer au lecteur, souvent novice sur ce sujet, ce qu’est la magie. Selon Massimo Introvigne, qui a consacré un ouvrage à cette question, la magie peut être définie de la façon suivante : elle peut être vue comme une pratique immémoriale et amorale qui cherche la reconquête de pouvoirs perdus, permettant à l’homme de devenir l’égal des dieux (kracophanie). Il s’agit donc, pour les magiciens, de retrouver la part divine que l’homme a perdue en chutant. La magie noire est donc une tentative de manipulation prométhéenne du sacré au service du sujet agissant désirant s’emparer des pouvoirs mêmes de Dieu, à commencer par le pouvoir sur la vie et la mort

[i]. Globalement donc, il s’agit d’une quête de puissance. Mais il peut s’agir aussi d’une volonté d’assouvir un désir matériel voire dans certains cas d’une volonté d’élargir sa conscience ou de l’ouvrir à d’autres plans (physique, comme d’autres dimensions, ou métaphysique). Cela dit, il s’agit maintenant de présenter l’objet d’étude : la Magie du Chaos. Celle-ci est un courant très peu connu de la magie contemporaine, pourtant très intéressante pour le scientifique. Très présente dans les milieux subculturels anglo-saxons (« underground »), elle reste très peu étudiée en France : elle ne l’est que dans le cercle de l’« occultiste révolutionnaire » — nous reviendrons ultérieurement sur ce concept — Philippe Pissier et dans une revue en ligne qui semble lui être liée, Hermesia[ii] , fondée par « Spartakus Freeman », pour laquelle il a traduit un certain nombre de textes. Tandis que les milieux universitaires l’ignorent complètement. Ainsi, Massimo Introvigne n’y a consacré aucune notice dans son livre sur la magie bien qu’il en ait écrit une sur le Temple de la Jeunesse Psychique (Temple Of Psychic Youth ou TOPY)[iii], une autre émanation magique subculturelle – ce que nous verrons ultérieurement – , elle-même issue de l’OTO, l’une des grandes structures occultistes anglaises du début du XXe siècle avec la Golden Dawn Society.

Du fait de cette confidentialité, nous n’avons que très peu de renseignements sur les fondateurs de cette forme de magie, Peter Carroll et Ray Sherwin. Par contre, plusieurs sites Internet, principalement anglo-saxons, ont consacré des études à ce mouvement tant au niveau magique qu’à ses conséquences politiques, c’est-à-dire à son anarchisme intrinsèque. Nous essaierons donc dans cette étude de montrer au lecteur français en quoi consiste la Magie du Chaos, c’est-à-dire de mettre en évidence les principales filiations occultistes et d’expliciter les principaux concepts de cette forme de magie.

L’ancêtre : Aleister Crowley

Avant d’étudier en profondeur la Magie du Chaos, et afin de rendre compréhensible cette étude au plus grand nombre, il est nécessaire de revenir, succinctement, sur le personnage qui a le plus influencé la magie contemporaine, Aleister Crowley (1875-1947), une personne que nous retrouverons en filigrane tout au long de ce texte.

Edward Alexander, Aleister étant la version celtisée d’Alexander, Crowley, fut un poète, un écrivain, un alpiniste reconnu et surtout le magicien le plus célèbre du XXe siècle. Crowley est né dans une riche famille de brasseur darbyste, un milieu puritain qu’il tentera très tôt de s’échapper. Après avoir fait des études à Cambridge, il rejoignit l’Église celtique en 1896 puis fut initié, l’année suivante, au sein de la célèbre Golden Dawn Society qui eut comme membres les écrivains William Butler Yeats (1865-1939), Arthur Machen (1863-1947), Algernon Blackwood (1869-1951), Bram Stocker (Abraham Stocker 1847-1912), Sax Rohmer (Arthur Henry Ward 1883-1959), Moina Bergson (1865-1928), la sœur du philosophe ou l’actrice Florence Farr (1860-1917). Il y découvrit l’usage rituel des stupéfiants. Il en devint vite un grand maître. Il se fit finalement exclure pour avoir publié des textes « secrets » sur l’existence de « Maîtres cachés ». Il se détacha alors de la Golden Dawn et entreprit un tour du monde, à la recherche de nouvelles pratiques magiques. Lors d’un séjour en Égypte en 1904, il écrivit son texte majeur, Le Livre de la Loi[iv], un texte aux accents nietzschéens dicté par son ange gardien Aiwass, et dédié à la mémoire de Caïn, de Judas ainsi qu’aux hérétiques, aux sorcières, aux blasphémateurs et aux disciples de Lucifer. À son retour, il fonda l’Astrum Argentinum (Étoile d’argent), qui mélange ésotérisme de l’ancienne Égypte (en fait des rites issus de la franc-maçonnerie dite égyptienne) et de cultes sexuels de traditions celtique et indienne.

Aleister Crowley était aussi membre de l’Ordo Templis Orientis ou OTO depuis 1911. Cet ordre magique a été fondée par un journaliste allemand, Theodor Reuss (1855-1922). Reuss s’intéresse très tôt aux théories sexuelles, yoga et tantrisme en particulier. Il rencontre vers 1890 Karl Kellner (1850-1905), un riche industriel autrichien, lui aussi passionné par l’ésotérisme et par l’Orient. Reuss et Kellner fondent l’OTO vers 1896. À la mort de Kellner en 1905, Reuss le réorganise sur des bases nouvelles, en particulier sur la magie sexuelle. Aleister Crowley implante l’ordre en Angleterre en 1912. À partir des années vingt, il est impossible de distinguer l’OTO de la « religion de Thélème » de Crowley, les deux fusionnant.

La doctrine magique de Crowley pourrait être définie comme une gnose, une forme de mysticisme ou une technique de réalisation spirituelle. Elle se caractérise, en effet, par un but ultime qui est l’atteinte d’un état où l’homme et Dieu ne sont plus qu’un. Sans expliquer ou développer cette idée, Aleister Crowley affirmait que l’homme est un dieu qui s’ignore, et que seul le travail magique (il s’agit de magie cérémonielle avec rites, incantations…) peut lui permettre de découvrir cet état[v]. L’anti-christianisme est le réel fondement de sa pensée. Cependant, il ne croyait pas du tout qu’un personnage appelé Satan ou Lucifer existe ou ait jamais existé, ni comme créature douée d’une individualité autonome, ni comme hypostase d’un « esprit du monde » immanent ou encore comme hypostase de la conscience collective de l’humanité. Sa doctrine magique était plutôt fondée sur un ultra-individualisme, incompatible avec l’idée d’un dieu bon ou mauvais.

La pensée de Crowley est donc essentiellement athée. Toutefois, l’homme est inséré dans le cosmos et peut appeler « dieu » le centre du cosmos, le Soleil, et le centre du microcosme qu’est l’homme, le « Phallus[vi] ». Un type particulier d’homme — parfaitement inséré dans le cosmos et en contact avec le Phallus à travers la magie sexuelle — le Mage peut également communiquer avec toute une série d’« esprits ». Ceux-ci, en réalité, ne sont que des formes de son « Soi supérieur », défini par Crowley, qui avait une bonne connaissance de la psychanalyse, comme « pratiquement l’inconscient de Freud ». Après Freud, Crowley lira Jung et se convaincra que les « esprits », en tant que formes de l’inconscient collectif et non pas seulement individuel, peuvent être expérimentés de la même façon par plusieurs personnes. De cette nature est l’esprit Aiwass, l’ange de la révélation. La pensée de Crowley se caractérise aussi par un darwinisme social assumé. De fait, Crowley était un réactionnaire radical, assez partisan de ce Marx a appelé le « socialisme féodal ». Après le premier conflit mondial, Crowley eut des sympathies pour le fascisme italien et pour la « révolution par le haut » prôné par ce régime. Dans les années vingt, il fondera d’ailleurs à Cefalu en Sicile une abbaye de Thélème (par extension le mot « thélémisme » renvoie à la pensée de Crowley), inspirée de celle décrite par Rabelais dans Gargantua. Après la mort suspecte de l’un de ses disciples, Mussolini ordonna à Crowley de quitter l’Italie. S’ensuivit un périple européen et américain. Puis, il s’installa de nouveau en Grande-Bretagne où il mourut dans la pauvreté en 1947.

Le précurseur : Austin Osman Spare

Les origines de la Magie du Chaos sont à chercher chez un peintre, écrivain et théosophe[vii] britannique méconnu, Austin Osman Spare (1886-1956), considéré par beaucoup de magiciens du chaos comme leur « grand-père ». Son œuvre picturale et ses poèmes sont fortement symbolistes, influencés par William Blake (1757-1827), et marqués par l’érotisme violent. En effet, ses dessins, qui choqueront les critiques, mêlent visages torturés, sous-entendus sexuels et références occultistes (c’était un lecteur d’Éliphas Lévy, pseudonyme de Louis Alphonse Constant 1810-1875, l’un des grands occultistes français du XIXe siècle). Ces dessins attirèrent à la fois l’avant-garde artistique et les occultistes anglais, notamment Aleister Crowley qui l’incitera à devenir membre de l’Astrum Argentinum. Celui-ci l’initia en 1909 au grade de Probationer[viii]. Mais Austin Osman Spare ne dépassa jamais ce grade même s’il participa activement à The Equinox, la revue de Crowley. Plus tard, Crowley s’éloignera de Spare, qu’il qualifiera de « frère noir », l’insulte suprême chez Crowley. À la même époque, Spare se passionna pour le vaudou et la sorcellerie. Il dira d’ailleurs ultérieurement qu’il fut initié à celle-ci par une vieille femme, madame Patterson, qui affirmait être une descendante des sorcières de Salem et qui avait surtout, selon lui, la capacité de se changer en une jolie jeune femme sensuelle[ix]. Comme beaucoup d’occultistes de cette époque, il affirmait aussi avoir été en contact avec des entités extraterrestres.

En 1920-1921, il connaîtra un succès éphémère en tant qu’artiste puis il sombrera dans l’oubli. Toutefois, il continuera de publier ses textes, qui sont d’une violence inouïe, dont L’Anathème de Zos (un exemple d’écriture automatique au service de la magie) en 1927[x]. De cette date jusqu’à sa mort en 1956, Spare vivra pauvrement, à la limite de la clochardisation, fréquentant clochards et prostituées, « en dépit de quelques expositions importantes, dont une à la Archer Gallery en 1947[xi]. » Ses textes ne seront réédités qu’après sa mort par son légataire testamentaire Kenneth Grant[xii], le responsable d’une dissidence de l’OTO.

La doctrine magique de Spare se structure autour du Culte de Zos Kia. « Kia » est, chez Spare, le « principe fondamental de la vie, le “Moi atmosphérique” qui se manifeste à travers Zos, le flux de sensations qui constitue l’homme[xiii] ». Zos peut aussi être vu comme la couche la plus profonde de l’inconscient. Chez l’individu, « Zos » et « Kia » sont séparés par la raison. La puissance magique naît de la réunion de ces deux principes. Contrairement à Crowley qui insistait sur le rôle de la magie sexuelle, Austin Osman Spare cherchait à acquérir la puissance magique au travers des « sceaux ». Cela ne signifie pas pour autant qu’il déniait à la magie sexuelle l’importance que lui attribuaient les occultistes, il lui donnait simplement un rôle différent. Une fois « le sceau dessiné, il fallait le visualiser dans sa tête dans la position du cadavre (savasana), sans penser à rien d’autre. Spare, influencé par Jung et Freud, croyait qu’on avait plusieurs inconscients superposés, ceux de nos vies antérieures et celui de notre vie actuelle. Si un sceau symbolisant un désir particulier était refoulé au plus profond de ces inconscients, une énergie psychique venue du fond des âges rendait ce désir réalisable[xiv]. »

Spare fut donc l’un des créateurs de l’utilisation à des fins magiques des sceaux. Selon Christian Bouchet, « Le sceau est un programme envoyé à l’inconscient. Il utilise les lettres de l’alphabet simplifiées et entremêlées afin de créer une figure symbolique. Les lettres utilisées étant celles du mot définissant le désir à réaliser[xv]. » Il mit au point une technique basée sur l’intention magique et la création d’un sceau dans lequel l’intention est projetée par la volonté du magicien afin de produire des effets dans le monde réel. Selon Spare, « il serait possible de concentrer n’importe quels désir ou projet de l’homme dans un signe ou symbole, partie d’un “alphabet du désir” dont chaque lettre est rapportée à un principe sexuel[xvi]. » Cette école magique très individualiste se concentre donc sur l’univers personnel de l’individu et sur l’influence de la volonté du magicien sur celui-ci.

L’amoralisme de Spare se retrouve dans certaines pratiques de son culte, qui, il est vrai, est assez proche de la magie noire. En effet, selon lui, il est nécessaire de surmonter les rapports sexuels « normaux » avec une femme attirante pour privilégier des compagnes âgées ou repoussantes, des incubes créés magiquement. Spare prônait aussi une magie « autosexuelle[xvii] », inspirée des pratiques thélémites, en particulier du huitième degré de l’OTO[xviii]. Spare développera ses idées concernant la magie sexuelle ainsi que son concept de « position du cadavre » dans un livre, Le livre du plaisir publié en 1913[xix]. En effet, la « Nouvelle Sexualité », selon Spare, n’est pas la voie positive du dépassement des dualités, mais l’acceptation de son côté négatif en tant qu’aspect positif. La sexualité est aussi appelée par Spare « la manifestation de la non-manifestation ».

La naissance de la Magie du Chaos

Vingt ans après la mort de Spare apparaît la Magie du Chaos qui le sortira de l’oubli. La Magie du Chaos naît dans la mouvance punk, vers 1975, sous l’impulsion de deux Britanniques, Peter Carroll (né en 1953) et Ray Sherwin, les fondateurs des Illuminés de Thanateros (The Illuminates of Thanateros ou IOT), le principal mouvement magique « chaotique ». Avant la naissance de l’IOT, ceux-ci créent dans les années soixante-dix une revue, The New Equinox, une référence explicite à la revue de Crowley The Equinox. En 1978, Sherwin et Carroll publient dans leur revue un article qui annonce l’émergence d’un nouvel ordre magique fondé sur la méritocratie magique : c’est l’acte de naissance de l’IOT. Son recrutement se fera surtout dans les milieux subculturels, en particulier musicaux. Selon le Webzine Hermesia, William Burroughs (1914-1997) et Timothy Leary (1920-1996) ont été des membres, honoraires semblerait-il, de l’IOT[xx].

La diffusion de la Magie du Chaos resta confidentielle durant encore une période assez longue, confinée dans les milieux avant-gardistes. En effet, l’intérêt pour la Magie du Chaos ne décollera qu’au début des années quatre-vingt-dix avec l’essor d’Internet. Son principal théoricien, Peter Carroll (qui écrit sous divers pseudonymes, dont celui de Stokastikos), est l’auteur des textes fondateurs de la magie du Chaos : Liber Null (1978), Psychonaut (1982)[xxi], Liber Kaos (1992)[xxii] et Psybermagic[xxiii] (1995). L’IOT publiait une revue, Chaos International, dirigée par Ian Read. En 1995, Carroll, lassé par les dissensions existant au sein de l’IOT, ce qui est paradoxal pour un mouvement qui se réclame du chaos, abandonne celle-ci pour se consacrer à la théorie de la pluridimensionalité du temps, pour y revenir en 2005. En effet, l’IOT a connu plusieurs schismes au milieu des années quatre-vingt-dix. C’est la période des « Ice Magick Wars » qui a vu, semblerait-il, une dérive d’une tendance de l’IOT vers l’extrême droite, notamment Ian Read qui deviendra le leader de l’IOT après le départ de Carroll[xxiv]. Malgré cette dérive, le discours des magiciens du chaos est fondamentalement anarchiste : « Il faut tout tenter pour générer le Chaos et la confusion, aider à l’abolition et à l’écroulement du vieil ordre afin d’accélérer l’avènement du nouvel Éon[xxv]. »

Les magiciens du Chaos réfutent significativement la possibilité d’un repos éternel, ou d’un ordre éternel et sont persuadés d’évoluer dans un milieu en permanence en mouvement. Sur ce point, les magiciens du chaos sont tributaires de la théorie mathématique du chaos. Cette théorie permet d’appréhender comment de toutes petites fluctuations sont capables de provoquer des changements considérables à l’autre bout de la chaîne. L’exemple le plus fréquemment cité est celui du battement d’ailes du papillon à Melbourne qui provoque une tempête au Japon.

La doctrine chaotique

Ce nouvel ordre magique mélange donc le culte de Zos Kia d’Austin Osman Spare, le relativisme magique de Crowley[xxvi] (d’ailleurs, certains adeptes de la Magie du Chaos viennent de l’OTO comme les Français Philippe Pissier et ses amis), le shamanisme, le tantrisme et le taoïsme, les techniques du Cut Up élaboré par William Burroughs, mais aussi « les thèses déconstructionnistes de Derrida, l’intérêt pour le hasard et le minimalisme de John Cage et l’humour de Dada, afin de créer des espaces rituels pour les actes magiques[xxvii]. » En revanche, assez curieusement seul un magicien du chaos, Stephen Grasso[xxviii], fait référence aux situationnistes ou à Guy Debord (1931-1994). Concernant Spare, John Balance, un musicien ayant été influencé par la Magie du Chaos, affirmait, d’une façon presque hagiographique, que « cet homme a voyagé dans des régions psychiques rarement explorées de façon brillante et systématique, pour ensuite en rendre compte dans de fabuleux documents[xxix] ». Par contre, les magiciens du chaos ne font pas de la magie sexuelle, même si elle est présente chez eux, un point fondamental de leurs pratiques comme le firent leurs prédécesseurs occultistes, en particulier Crowley et Spare.

Ce patchwork est présent à tous les niveaux de la Magie du chaos. Ainsi, son symbole, la « Chaosphère », est inspiré du cycle Elrik le nécromancien de Michael Moorcock, tandis que des rituels sont créés à partir de l’œuvre de Lovecraft, en particulier du cycle de Cthulhu (les « Grands Anciens » lovecraftiens figurent d’ailleurs en bonne place parmi les esprits invoqués par les magiciens du chaos). Peter Carroll propose même de créer des rituels avec un vieux langage informatique, le Cobol. Enfin, les magiciens du chaos reprennent le credo attribué à Hassan ibn al Sabah, le cheikh ismaélien fondateur de la secte des Assassins[xxx], « Rien n’est vrai, tout est permis », un précepte reformulé dans les années soixante par William Burroughs, l’une de leurs grandes références intellectuelles, puis par le poète et peintre Beat Brion Gysin (mort en 1986) : « Nothing is true – Everything is permuted[xxxi] » (rien n’est vrai – tout est permuté).

Les magiciens du chaos, contrairement à leurs prédécesseurs, mais fidèles à leur relativisme magique, se moquent de la notion de filiation. Cette notion est pourtant des plus importantes pour les magiciens comme l’écrit Massimo Introvigne : « La magie initiatique se soucie de l’origine et de la régularité des groupes : “d’où vient l’initiation ?”, “Qui a accordé les ‘patentes’ pour créer le groupe ?” Ce sont là des questions fondamentales pour vérifier la légitimité de telle ou telle initiative[xxxii]. » En effet, « Pour les magiciens du chaos, les croyances sont de simples outils, qu’on est libre d’adopter en vue de la réalisation d’un but, sans qu’on s’intéresse à la question de leur valeur intrinsèque ou de leur adéquation à la réalité. Les magiciens du chaos n’hésitent donc pas à invoquer des dieux, des esprits issus d’œuvres de fiction (Star Trek, Harry Potter, etc.), voire même à les inventer à coup de procédés aléatoires[xxxiii]. » En conséquence de quoi, certains disciples du chaos, John Balance du groupe Coil[xxxiv] en l’occurrence[xxxv], ont pu écrire que le Chaos était « une idée sans fin et sans limites d’aucune sorte, aucun point de repère, aucun dogme. Superbe !!… et stupide !![xxxvi] »

De fait, nos magiciens reprennent une longue tradition religieuse faisant du chaos un ordre. Une tradition que nous retrouvons, par exemple, dans la mythologie grecque, notamment dans la théogonie d’Hésiode, l’une des premières mises en forme des mythes primitifs grecs. À l’instar de ces mythes fondateurs, le chaos des magiciens du chaos est un chaos « positif », capable de générer constamment de nouvelles structures, de donner naissance à de l’ordre sans pour autant qu’il soit possible de lui assigner un. Il n’existe donc pas de théorie précise derrière la magie du chaos, « par essence réticente à tout dogmatisme, mais l’on peut dégager un consensus : l’homme est programmé pour vivre à l’intérieur d’une réalité fixe dans laquelle il se trouve emprisonné[xxxvii]. » Par conséquent, il n’est pas possible de voir dans la magie du chaos une reformulation de la magie « traditionnelle » même si le but magique de nos magiciens est similaire : il s’agit soit de réaliser un désir matériel (argent, amour, etc.), soit une quête de la puissance, soit d’atteindre des plans psychiques ou spirituels supérieurs.

Cette tentative de déconstruction de la magie doit plutôt être analysée comme une volonté de s’émanciper des structures normatives de la croyance. Pour s’en libérer, il faut se déprogrammer en atteignant un état mental limite où la conscience cède le pas à l’inconscient. « C’est l’état de “gnosis”. Il devient alors possible d’envoyer à l’inconscient des messages plus ou moins codés, les “sigils” concernant un désir à réaliser. À charge alors pour l’inconscient de réunir les conditions de l’accomplissement du vœu[xxxviii]. » Selon Rémi Sussan, l’état de « gnosis » peut être atteint par le sexe, la drogue ou plus simplement en regardant la télévision des nuits entières.

Le sigil de la Magie du Chaos est un héritage direct de Zos Kia. Ce sceau peut être dessiné à partir de lettre de la phrase exprimant le souhait, « une incantation de la même manière, par combinaison des caractères, ou en fait n’importe quoi d’autre présentant un lien avec le souhait à réaliser [comme un logo de marque] sans pour autant que son apparence soit spécialement significative. Une fois l’opération terminée, le magicien doit prendre garde à ne plus penser à son objectif : l’ensemble du processus devant se dérouler en dessous du niveau conscient[xxxix]. » Ce dernier point est là encore un héritage de Spare. N’affirmait-il pas qu’il vaut mieux dormir que prier ? La Magie du Chaos peut donc aussi être perçue comme la possibilité de créer un lien particulièrement fort avec la création artistique.

L’anarchisme chaotique

Beaucoup de magiciens du Chaos se définissent comme des ésotéristes révolutionnaires[xl], pour reprendre une expression forgée par l’occultiste français Philippe Pissier pour se définir[xli], et font la promotion d’idées alternatives radicales, comme l’écologie profonde, l’anarchisme ou le piratage informatique, le hacking. « [L’ésotérisme] doit être aussi l’agent révolutionnaire qui hâtera la fin du règne de l’argent – préparera celui de l’Or[xlii]. » Politiquement, ces magiciens radicaux refusent tout compromis avec la société et préfèrent se situer volontairement aux marges de la société et de l’imaginaire, fuyant toute tentative de récupérations ainsi que les essais pour la répertorier. À la suite de Burroughs, les magiciens du chaos sont persuadés que nos contemporains sont constamment contrôlés par la société au moyen de la culture, de la politique et des médias. En conséquence de quoi, les magiciens du chaos insistent sur la nécessaire déprogrammation de l’individu afin qu’il retrouve sa liberté[xliii].

En ce sens, ils reprennent la seule loi de Spare, qui affirmait la nécessité de violer toutes les lois (« Trespass all laws »). Ils vont même plus loin en prônant le paradigm shifting, c’est-à-dire la possibilité de changer sa weltanschauung en fonction de ses envies. Peter Carroll associe même dans l’un de ses premiers textes[xliv] les différentes possibilités métaphysiques (nihilisme, athéisme, monothéisme, polythéisme, etc.) aux différentes facettes d’un dè. Nous sommes donc en face d’un anarchisme total qui se nourrit d’un relativisme tout aussi total. Comme l’écrit Mark Defrates, un magicien du chaos, « La Magie du chaos est un assaut contre les structures normatives de la croyance, une attaque contre le statu quo de l’esprit, une guerre contre les visions frileuses de la conscience[xlv]. » Chez les plus radicaux, la Magie du Chaos doit permettre le changement des mentalités par une action magique à un niveau des sociétés occidentales. Ce changement de « paradigme », pour reprendre leur expression, est une condition primordiale à l’avènement du Chaos. Ainsi, Grant Morrisson, dont nous allons reparler ultérieurement, affirme, contrairement aux discours anarchistes conventionnels, que les grandes entreprises ne sont pas des adversaires, mais des terrains de jeux, sachant pertinemment que le magicien du chaos peut changer les règles de ce jeu comme il l’entend et lorsqu’il le veut. L’activiste devient donc par cette action imprévisible et rend impossible toutes tentatives de ces grandes entreprises pour les combattre.

Le principal théoricien de cette forme d’anarchisme reste Hakim Bey (pseudonyme de l’universitaire Américain Peter Lamborn Wilson), théoricien et activiste de premier plan de la contre-culture. En effet, Hakim Bey a appliqué la Magie du Chaos aux dynamiques sociales et aux théories médiatiques de la communication, dont Internet. C’est ce qu’il appelle l’« anarchisme ontologique », un concept qu’il s’applique. En effet, celui-ci publie des articles et des livres, aux contenus parfois contradictoires, libres de droits, semés sur Internet. Cet auteur développe ses théories dans un court essai, devenu culte dans la contre-culture, TAZ[xlvi]. TAZ est l’acronyme de « zone autonome temporaire ». Ce concept ne peut être explicité pour la simple raison que cet auteur ne l’a pas défini : « En fait, je me suis délibérément interdit de définir la TAZ – je me contente autour du sujet en lançant des sondes exploratoires. En fin de compte, la TAZ est quasiment auto-explicite[xlvii]. » Au travers de ce texte, Hakim Bey tente d’appliquer au Web les tactiques de la piraterie du XVIIIe siècle, c’est-à-dire de permettre l’émergence de communautés alternatives, hors la loi, cachées et éphémères sur Internet. Son « anarchisme ontologique » peut donc être vu comme un anarchisme postmoderne.

Ce discours est des plus intéressants. En effet, à l’opposé de la contre-culture qui cherchait à combattre frontalement les valeurs dominantes des sociétés occidentales, les magiciens du chaos préfèrent saper ces valeurs par un détournement subversif de leur sens. Ce qu’ils font au travers de leurs productions artistiques ou culturelles (œuvres artistiques, musiques, bandes dessinées, films, essais, jeux vidéo, etc.). Cependant, beaucoup de ces magiciens radicalisent tellement leur discours qu’ils trouvent illusoire tout engagement, voire considèrent cet engagement comme une nouvelle forme de programmation normative.

Un milieu subculturel

Outre les milieux informatiques où ils sont surreprésentés, les adeptes de la Magie du Chaos sont surtout présents dans les subcultures artistiques, en particulier celles de la bande dessinée et de la musique indépendante. Cette composition sociologique particulière est liée à son milieu d’origine. En effet, comme nous l’avons dit précédemment, la Magie du Chaos est née au sein de la scène punk. Ensuite, l’âge de ses fondateurs a aussi joué : nous savons que Peter Carroll a lancé la Magie du Chaos à l’âge de 22 ans (il est né en 1953 et la Magie du Chaos vers 1975).

Deux scénaristes anglais de bandes dessinées sont connus pour leur intérêt pour la Magie du Chaos : Alan Moore et Grant Morrisson. Le premier est connu pour les scénarii de V pour Vendetta, From Hell, Swamp Thing, Miracleman, Batman (pour le volume « Rire et mourir »), Promethea, Tom Strong, La Ligue des Gentlemen Extraordinaires, etc. C’est aussi un romancier et un musicien aux convictions écologistes et anarchistes. Ainsi, il dépeint dans V pour Vendetta une Grande-Bretagne post thatchérienne ayant sombré dans le fascisme. Le second est célèbre pour avoir adapté Chapeau melon et Bottes de cuir en bande dessinée et surtout pour avoir créé Les Invisibles dont le héros a ses traits. En effet, Morrison considère cette série comme un hypersigil. Selon Rémi Sussan, « Il s’agit donc d’une véritable technique de transformation personnelle, et toujours d’après Morrison, de l’environnement[xlviii]. »

La Magie du Chaos a aussi beaucoup influencé certains groupes musicaux, évoluant pour la plupart au sein de la « musique industrielle », une scène expérimentale et radicale[xlix]. Ce registre musical, qui est apparu dans les années soixante-dix, est une appellation générique regroupant une multitude de formations musicales aux styles parfois très différents les uns des autres : cela va de la musique électronique rythmique proche de la « techno » au « néo-folk » influencé par la culture et les mythes européens, en passant par les musiques expérimentale, dadaïste, futuriste, concrète, contemporaine, etc. Cependant, des points communs peuvent être dégagés de cette mosaïque de genres : tous les sous-registres tendent vers l’atonalité et/ou l’expérimentation. La musique industrielle est souvent instrumentale, le chant ne se prêtant pas à ce genre musical, mais il existe aussi des chansons de « forme traditionnelle ». L’une des principales caractéristiques de cette scène musicale est une profonde imprégnation des thèmes et des thèses occultistes. Nous pouvons d’ailleurs distinguer quatre grandes tendances ésotériques dans cette scène : premièrement, les références à Crowley, à l’OTO, à Austin Osman Spare, à Kenneth Grant et à la magie du chaos ; deuxièmement à Julius Evola et aux traditionalistes, Guénon ne venant qu’au second plan ; troisièmement au néo-paganisme sous ses différentes variantes odinisme, chamanisme, néo-sorcellerie, etc. ; et enfin au satanisme « laveyen »[l].

Nous pouvons citer au moins un groupe : Coil qui a repris le symbole de la magie du Chaos, la « chaosphère » comme logo de son groupe. Les membres de cette formation ont une longue histoire avec les mouvements magiques. En effet, ceux-ci viennent de Psychic TV, qu’ils ont quitté lors de l’évolution « pop » de celui-ci pour fonder Coil en 1983[li]. Cette nouvelle formation eut pour objectif dès sa fondation d’accentuer l’aspect magique de Psychic TV en insistant sur l’aspect rituel de leur musique. Cependant, Psychic TV a longtemps été la façade du Temple of Psychic Youth, dont nous avons parlé en introduction, un ordre magique fondé au début des années quatre-vingt par le musicien et artiste Genesis P. Orridge. Genesis P. Orridge reprend la démarche relativiste de Crowley en lui adjoignant celle de Burroughs. En effet, Genesis P. Orridge est le « meilleur interprète de la magie burroughsienne[lii] ». Le but de cette personne était de fonder une anti-religion libertaire permettant la déprogrammation de l’individu. Un grand nombre de musiciens de la mouvance industrielle, dont ceux de Coil, ont fréquenté ce temple jusqu’à sa fermeture au début des années quatre-vingt-dix, sous la pression de ligues de vertu londoniennes.

En outre, il faut garder à l’esprit que le rédacteur en chef de la revue de l’IOT, Chaos International, Ian Read est un musicien dont les cds ont été publiés par le label de la branche américaine de l’IOT, « asafoetida » dans les années quatre-vingt-dix. Ce même label sortira en 1996 une compilation de groupes formés par des membres de l’IOT ou de sympathisants (The pact)[liii], ce qui montre la proximité de l’IOT avec les subcultures. Ce cd comprend en outre un livret faisant la promotion de la magie du chaos. Cependant, une majorité de ces groupes est proche des milieux europaïens[liv].

Ces exemples ne doivent pas nous faire oublier que la contre-culture et l’occultisme ont une longue histoire d’échange et de fécondation mutuelle. En effet, il est notoirement connu qu’Aleister Crowley, pour ne prendre que cet exemple, a influencé assez profondément des groupes importants de cette époque comme les Beatles (il figure sur la pochette de Sergeant Pepper’s Lonely Hearts Club Band[lv]), les Rolling Stones, Led Zeppelin (son guitariste Jimmy Page est un grand collectionneur d’objets thélémites[lvi]), Ozzy Osbourne, le premier chanteur de Black Sabbath, David Bowie ou plus récemment Sting. Tous se disaient influencés par le magicien. Crowley est aussi le principal inspirateur du cinéaste expérimental Kenneth Anger (pseudonyme de Kenneth W. Anglemyer), spécialiste de Crowley et occultiste notoire. Dès lors, Crowley devient une figure importante de la contre-culture, une situation favorisée par l’apparition d’une « branche noire », pour reprendre l’expression de Massimo Introvigne[lvii], en son sein.

Ces exemples subculturels situent donc les adeptes de la Magie du Chaos dans la modernité, voire la postmodernité. Cependant, contrairement à ce que pourrait faire penser son contenu radical, la Magie du Chaos n’est pas une complète nouveauté. Premièrement, les occultistes du XIXe siècle avaient déjà des liens très forts avec le monde bohème des artistes, en particulier ceux qui se considérés comme « maudits ». Quelque part, ces artistes étaient les ancêtres de la contre-culture. Deuxièmement, Jean-Pierre Laurant a montré que l’occultisme du XIXe siècle était marqué par les idées de gauche[lviii], la « droitisation » de l’occultisme se faisant à partir de l’Affaire Dreyfus. À un autre niveau d’analyse, nous avons vu que, dans le maelström de références des magiciens du Chaos, surnagent des noms d’occultistes contemporains comme Crowley ou Spare. Ce qui montre implicitement une filiation théorique. La nouveauté vient surtout du relativisme culturel manifeste des Magiciens du Chaos.

En effet, aucun occultiste n’avait songé jusqu’alors à créer des rituels magiques à partir de séries télévisées ou à partir de logo de grandes marques. Bien au contraire, les occultistes ont toujours cherché à s’inscrire dans une filiation souvent mythique, mais ayant l’avantage de donner un aspect respectable à des mouvements issus de leur époque. L’autre grande nouveauté, c’est qu’avec la Magie du Chaos, nous sommes en présence d’une nouvelle « nébuleuse des hétérodoxies[lix] », pour reprendre un concept forgé par Jacques Maître, c’est-à-dire une recombinaison complètement originale de cultures marginales, d’intérêts ésotériques et de thèses politiques radicales.

[Cet article est une version revue et augmentée de Stéphane François, « La Magie du Chaos. Analyse d’une doctrine occultiste anarchiste« , Religioscope, juillet 2008]


Notes

[i] Massimo Introvigne, La magie. Les nouveaux mouvements magiques, Paris, Droguet et Ardant, 1993, p. 19.

[ii] http : //webzine.hermesia.org.

[iii] Introvigne, La magie, op. cit., pp. 263-266.

[iv] Aleister Crowley, Liber Al vel Legis, Montpeyroux, Les Gouttelettes de Rosée, 1997.

[v] Christian Bouchet, Crowley, Puiseaux, Pardès, 1999, p. 32.

[vi] Dans les milieux occultistes, l’organe sexuel a un double rôle, celui inférieur de la procréation et celui supérieur par lequel il est un moyen de contact avec l’état divin. La sexualité peut donc être considérée comme une forme d’initiation, notamment dans le tantrisme. Selon Alain Daniélou, la sexualité est une initiation à part entière, reprenant ainsi les thèses de certains historiens des religions comme Mircea Eliade.

[vii] Sarane Alexandrian, La magie sexuelle, Paris, La Musardine, 2000, p. 216.

[viii] Chez Crowley, le grade de Probationer est un grade de postulant.

[ix] M. Introvigne, La magie, op. cit., p. 260.

[x] Anathema of Zos a été traduit par Philippe Pissier mais n’a pas été publié.

[xi] M. Introvigne, La magie, op. cit., p. 261.

[xii] Kenneth Grant (né en 1924) est l’un des principaux divulgateurs de Crowley. Membre de l’OTO, il n’y resta que 4 ans, de 1951 à 1954, date à laquelle il fut expulsé par le responsable de l’époque, Karl Germer (1885-1962), un Allemand vivant en Californie. Celui-ci a rebaptisé sa dissidence OTO Ordo of Typhonian Outerones après qu’il fût entré en contact avec des entités transplutoniennes, une référence à Lovecraft dont il s’inspire aussi grandement, lorsqu’il officiait au sein de la loge Nu-Isis. La tendance OTO de Grant publie la revue Starfire.

[xiii] M. Introvigne, La magie, op. cit., p. 261.

[xiv] S. Alexandrian, La magie sexuelle, op. cit., p. 107.

[xv] Cité in S. Alexandrian, La magie sexuelle, op. cit., p. 107.

[xvi] Introvigne, La magie, op. cit., p. 261.

[xvii] La magie autosexuelle n’est en fait que des pratiques masturbatoires utilisées à des fins magiques. Cette forme de magie est relativement récente. Elle a été vulgarisée par Eugène Vintras. Cf. S. Alexandrian, La magie sexuelle, op. cit., p. 208 et suivantes.

[xviii] Crowley recommandait à ses disciples de se masturber en s’imaginant qu’ils étaient le partenaire d’un dieu ou d’une déesse.

[xix] Le Livre du plaisir a été traduit en 2002 par Philippe Pissier et Jean-Luc Colnot en 2002 et est disponible sur le site du webzine Hermesia (webzine.hermesia.org).

[xx] http : //webzine.hermesia.org/+Les-Illuminates-of-Thanatheros+

[xxi] Ces deux textes seront réédités en un volume en 1987. ISBN 0-877-28639-6.

[xxii] ISBN 0-87728-742-2.

[xxiii] Peter Carroll, Psybermagic. Advanced Ideas in Chaos Magic, New falcon Publications, 1995. Cependant, le texte le plus lu dans ces milieux est une anthologie sur les rapports entre la démonologie et la Magie du Chaos compilée par Stephen Mace, « Stealing the Fire from Heaven », disponible sur le Web.

[xxiv] Cependant, il y a un problème de dates concernant cette période chaotique permettant d’établir les événements avec précision.

[xxv] « Entretien avec John Balance », Offrande, n° 2, s.d. et sans pagination. Offrande était un fanzine dirigé par Philippe Pissier portant sur les subcultures ésotérico-érotiques.

[xxvi] Selon Rémi Sussan, le relativisme religieux et mystique de Crowley apparut vers 1909 lorsque celui-ci testa « toutes les pratiques susceptibles d’altérer le fonctionnement normal de l’esprit, et enregistrer les résultats avec précision sans tirer aucun conclusion philosophique des visions ou des états mentaux expérimentés. Un sang-froid bien loin des préoccupations des mystiques qui, s’ils usent volontiers de méthodes comme la méditation, prennent garde à ne pas les soumettre à un examen approfondi. » Rémi Sussan, Les utopies posthumaines. Contre-culture, cyberculture, culture du chaos, Sophia-Antipolis, Omniscience, 2005, pp. 235-236.

[xxvii] R. Sussan, Les utopies posthumaines, op. cit., p. 240.

[xxviii] Selon Rémi Sussan, Grasso désire utiliser le concept situationniste de « dérive », comme le fait de marcher dans une ville sans but, à des fins magiques. Je remercie Rémi Sussan pour cette information. Cf. Stephen Grasso, « Beneath the Pavement, the Beast », in Jason Louv (ed.), Generation Hex, New York, Disinformation Compagny, 2006, pp. 149-156.

[xxix] Cité in L’Originel, n° 5, printemps 1995, p. 88.

[xxx] Les Haschischin (fumeurs de haschisch) étaient une secte chiite fondée au XIe siècle par le Vieux de la montagne et qui était structurée autour de la place forte Al Alamut.

[xxxi] Bärn Balta, « Genesis P. Orridge. Le grand masturbateur », Life without sex, Special issue, avril-mai 2002, p. 6. L’auteur de cet essai fait d’ailleurs remarquer que Burroughs admirait Hassani Sabah.

[xxxii] M. Introvigne, La magie, op. cit., p. 193.

[xxxiii] R. Sussan, Les utopies posthumaines, op. cit., p. 274.

[xxxiv] Coil, a été fondé par John Balance et Christopherson, lors de leur départ, en 1983, de Psychic TV. Ce second groupe a accentué l’aspect magique de Psychic TV.

[xxxv] Cf. les remerciements pour l’IOT dans le livret de Black Light District, A thousand Light in a Darkened Room, un projet annexe de Coil sorti en 1995.

[xxxvi] « Entretien avec Balance », Omega, n°6, hiver 1995, sans pagination.

[xxxvii] R. Sussan, Les utopies posthumaines, op. cit., p. 241.

[xxxviii] Ibid., p. 241.

[xxxix] Ibid., p. 241.

[xl] Cf. le sous-titre d’Hermesia : « Ésotérisme révolutionnaire. Magie du Chaos. Chaos Magick ».

[xli] Voir le manifeste d’un proche de Pissier, A. R. Königstein, L’ésotérisme révolutionnaire suivi de L’erreur fasciste, Montpeyroux, Les gouttelettes de rosées, 1999.

[xlii] Ibid., quatrième de couverture.

[xliii] Ce thème a surtout été développé par le Temple de la Jeunesse psychique au début des années quatre-vingt. Cf. Introvigne, La magie, op. cit., pp. 263-266.

[xliv] Cf. la réédition de Liber Null/Psychonaut précédemment cité.

[xlv] « Chaos Magick, Magical Terrorism », http://www.chaosmatrix.org/~esr/writings/dancing.html.

[xlvi] Cf. Hakim Bey, TAZ. Zone autonome temporaire, Paris, Éditions de l’éclat, 1997.

[xlvii] Ibid., p. 10.

[xlviii] R. Sussan, Les utopies posthumaines, op. cit., p. 243.

[xlix] Cf. Vales et Juno, Industrial Culture Handboock, San Francisco, Research Publishing, 1983.

[l] Le lecteur peut trouver un certain nombre de renseignements sur cette scène dans l’article de Stéphane Duval, « Occultisme, magie et nouvelles musiques », L’Originel, nº 3, Automne 1995, pp. 84-96 et dans Olivier Steing, « Dark-Folk. Des antiques brumes païennes au renouveau urbain des traditions », in Carnets Noirs. Musiques, Attitudes, Cultures Gothiques, électroniques & industrielles, Paris, Esprits livres, 2003, pp. 150-165. Cependant, il faut prendre le contenu de cet article avec beaucoup de précautions, son auteur ayant visiblement une culture succincte dans ce domaine et surtout une absence totale de recul.

[li] Sur Coil, nous renvoyons le lecteur vers l’excellente étude de David Keenan, England’s Hidden Reverse, Londres, SAF Publishing, 2003.

[lii] R. Sussan, Les utopies posthumaines, op. cit., p. 239.

[liii] Stéphane Duval, « Chroniques des nouvelles musiques », L’Originel, nº 4, hiver 1995-1996, p. 83.

[liv] Cf. mon étude La musique europaïenne : ethnographie politique d’une subculture de droite, Paris, L’Harmattan, 2006.

[lv] Première ligne en haut à gauche, deuxième visage.

[lvi] Le thélémisme renvoie au système crowleyen.

[lvii] Massimo Introvigne, Enquête sur le satanisme, Paris, Dervy, 1997, p. 15.

[lviii] Jean-Pierre Laurant, « Occultisme » et « Politique » in Jean Servier (dir.), Dictionnaire critique de l’ésotérisme, Paris, PUF, 1998, p. 966 et p. 1062. Sur l’« occultisme-socialiste » Voir Philippe Muray, Le XIXe siècle à travers les âges, Paris, Gallimard-Tel, 1999.

[lix] C’est-à-dire un « Ensemble d’éléments disparates ne présentant aucune cohérence systématique entre eux, mais formant toutefois un conglomérat dans une protestation commune contre les savoirs “officiels”. » Jacques Maître, « Ésotérisme et instances officielles de régulation des savoirs », in Jean-Pierre Brach et Jérôme Rousse-Lacordaire (dir.), Études d’histoire de l’ésotérisme, Paris, Cerf, 2007, p. 23.