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Extrême droite : l’enjeu de la définition

occident-tt-width-600-height-404Par Nicolas Lebourg

La définition de "l'extrême droite" a engendré un vif débat durant les vingt dernières années, nombre d'intellectuels allant jusqu'à récuser toute pertinence heuristique au terme. Cas Mudde avait recensé en 2004 pas moins de 26 grandes définitions existantes avec 58 critères. Idéologiquement, on peut onsidérer que l'extrême droite a pris forme à la fin du XIXe siècle. Dès lors,  l'extrême droite » ne saurait être une expression polémique démonologisante inutilisable scientifiquement : elle est une réalité structurelle de l'histoire politique et l'expression n'a aucune plus-value morale. Elle correspond simplement à une réalité continue de cette histoire. L'idée que cette désignation soit une péjoration relève davantage de la polémique que de l'analyse.

Pour ma part, je considère comme valable la définition ci-après :

Les mouvements des extrêmes droites disposent d’une conception organiciste de la communauté qu’ils désirent constituer (que celle-ci repose sur l’ethnie, la nationalité ou la race ne changeant rien à l’affaire), qu’ils affirment vouloir reconstituer.
Cet organicisme est concomitant d’un rejet du libéralisme, du marxisme, du cosmopolitisme, de tout universalisme (y compris celui induit par les déclarations des Droits de l’Homme), au bénéfice de l’hétérophobie et/ou de l’autophilie. Ils absolutisent ainsi les différences et divergences (entre nations, races, individus, cultures). Ils tendent à assimiler celles-ci à des inégalités, ce qui crée chez eux un climat anxiogène quant à leur volonté d’organiser de manière homogène et sécurisée leur communauté (l’utopie étant celle d’une « société fermée »).
Ils récusent le système politique en vigueur, dans ses institutions, jugées soit foncièrement néfastes soit détournées jusqu’à la «démoploutocratie », et dans ses valeurs (paradigme républicano-libéral et humanisme égalitaire).
La société leur paraît en décadence et l’Etat aggraver ce fait : ils jouissent en conséquence d’une mission perçue comme salvatrice. Ils se constituent en contre-société et se présentent en tant qu’élite de rechange.
Leur fonctionnement interne ne repose pas sur des règles démocratiques mais sur le dégagement des « élites véritables ».
Leur imaginaire renvoie l’histoire et la société à de grandes figures archétypales (âge d’or, sauveur, décadence, complot, etc.) et exalte des valeurs irrationnelles (la jeunesse comme valeur politique et métaphore de la civilisation, le culte des morts, etc.).
Ils ne déjugent pas et valorisent l’action violente de leurs militants mais ne considèrent positivement l’idée de Révolution qu’en tant qu’elle renvoie à l’idée d’un retour à l’Ordre qui est aussi une palingénésie communautaire.
Enfin, ils rejettent l’ordre géopolitique en état.

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