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Naissance de l’Observatoire des radicalités politiques

ORAP 2Il n’existait pas en France de structure de recherche spécifiquement consacrée à l’extrémisme politique. Cela n’était pas sans poser de problèmes en termes de mutualisation des données et des analyses scientifiques permettant d’aboutir à une meilleure évaluation du phénomène. Pourtant, depuis plusieurs années, des relations de profonde coopération s’étaient instaurées entre divers spécialistes du champ.

L’Observatoire des radicalités politiques (ORAP) se donne pour mission de rationaliser l’analyse des dynamiques radicales qui travaillent les sociétés européennes et mettent à mal le paradigme de l’humanisme égalitaire. Ces radicalités sont politiques, religieuses, théologico-politiques.Le premier champ d’investigation entrepris a trait aux extrêmes droites françaises.

L’espace des droites est en mutation accélérée en France depuis une décennie. Le triptyque des droites décrit par René Rémond ne correspond pas à la réalité factuelle, marquée par une évaporation du centre, une normalisation de l’extrême droite électoraliste, une radicalisation des droites institutionnelles, une cristallisation de l’extrême droite radicale, et une porosité lexico-idéologique globale entre droites de gouvernement et nationale-populiste.

À cela, il faut ajouter l’impact de l’usage par la mouvance extrême droitière de thématiques issues de la gauche (laïcité, politiques sociales, droit à la différence, etc.).

Cette reconfiguration de l’espace extrême droitier entraîne une nécessaire redéfinition de la tripartition du marché politique français, FN/UMP/PS, dont on ne maîtrise pas encore les conséquences.

Les troubles des manifestations anti « mariage pour tous » ont par ailleurs démontré la capacité de mobilisation des mouvements nationaux catholiques que l’on croyait définitivement marginalisés et la performance de leur communication. Ils posent la question de la stabilisation des éléments qui s’y sont radicalisés, de l’éventuelle capitalisation d’une offre idéologique nouvelle, à la fois sous une forme partisane conventionnelle et par une stratégie d’influence sociétale.

Le succès populaire des vidéos d’Alain Soral et des spectacles de Dieudonné aussi bien que des discours islamophobes mainstream témoigne de l’ampleur des crispations d’une société française où le commun se fabrique par rejet identitaire.

En 2012, l’apparente stabilité sociologique et géographique du conglomérat électoral frontiste cache une polarisation, sociale et territoriale, plus forte que jamais. Sa progression – modérée – repose ainsi sur une pénétration plus profonde au sein des groupes sociaux qui lui sont les plus favorables, et une extension de ceux-ci à mesure que les effets de la mondialisation se font sentir plus vivement. Ainsi doit se poser la question de l’adaptation de la nouvelle offre discursive, voire sémiotique, du FN de Marine Le Pen à cette pérennité d’une part et ce renouveau d’autre part.

Cette situation s’explique par des dynamiques socio-culturelles au long cours, mais peut entraîner le surgissement d’événements inédits à court et moyen termes.

Il reste que la prospective, déjà gênée par la structure historique de l’extrême droite radicale française, depuis toujours constituée en nébuleuse instable, se heurte depuis plusieurs mois à une reconfiguration complexe qu’illustrent aussi bien des dynamiques électorales (Front national) que contre-culturelles (mouvance identitaire) ou activistes (mouvance identitaire, mouvements nationalistes-révolutionnaires, nationaux-catholiques), voire para-insurrectionnelles ou en tout cas niant au gouvernement toute légitimité.

L’objectif premier de l’Observatoire des radicalités politiques est d’aboutir à une cartographie dynamique de la mouvance extrême droitière dans ses dimensions électorales, idéologiques et activistes. Il s’agit par ailleurs d’inscrire les événements récents qui lui sont relatifs dans leur temps long et leurs dynamiques structurelles, entres autres à des fins de prospective efficiente.

Il faut pour ce faire s’attacher à recenser et étudier les principaux mouvements de la mouvance.

Il faut également se donner les moyens de cerner les passerelles, tant personnelles qu’idéologiques, entre les différents mouvements, et entre ces mouvements et l’ensemble du champ politique français.

Il faut être en mesure de saisir très précisément les évolutions socio-géographiques de l’électorat frontiste et leur lien avec la stratégie politique du Front national et le discrédit dont souffrent les partis de gouvernement.

Il importe enfin de cerner les thématiques sociologiques à partir desquelles cette mouvance capitalise ses succès : immigration, identité nationale, insécurité, religion (islam), laïcité, « danger communautariste », mœurs, etc.

Cela revient in fine à mesurer si le « combat culturel » penche actuellement en faveur de l’extrême droite, comme cela est fréquemment affirmé, et selon quelles logiques.

Ceux qui lisent régulièrement Fragments sur les Temps Présents retrouveront au sein de l’ORAP nombre de ses contributeurs (ce qui n’est pas fortuit comme expliqué ici).

L’équipe de recherche est composée de :

Joseph Beauregard, auteur et documentariste, est le co-auteur avec Nicolas Lebourg du webdocumentaire « François Duprat, une histoire de l’extrême droite » produit par Le Monde.fr et l’INA ainsi que des ouvrages François Duprat, l’homme qui inventa le Front national (Denoël, 2012) et Dans l’ombre des le Pen, une histoire des N°2 du Fn (Nouveau Monde, 2012).

Gaël Brustier, docteur en sciences politiques, est chercheur au CEVIPOL (Université libre de Bruxelles). Spécialiste des droites et des dimensions culturelles de la politique, il a récemment publié La Guerre culturelle aura bien lieu. L’occidentalisme ou l’idéologie de la crise (Mille et une nuits, 2013), et avec Jean-Philippe Huelin : Voyage au bout de la droite (Mille et une nuits, 2011) ainsi que Recherche le peuple désespérément (Bourin, 2009).

Jean-Yves Camus, diplômé de l’IEP de Paris est chercheur rattaché à l’IRIS (Institut des relations internationales et stratégiques). Auteur de nombreux travaux sur l’extrême droite européenne et les mouvements théologico-politiques, il a, entre autres, publié : avec René Monzat : Les droites nationales et radicales en France (PUL, 1992) ; Le Front national, histoire et analyse (O. Laurens, 1996). Il publie cette année Les Nationaux-populismes en Europe (Le Seuil, 2014).

Sylvain Crépon est docteur en sociologie et rattaché au laboratoire SOPHIAPOL (Université Paris Ouest, Nanterre). Auteurs de travaux sur l’extrême droite et le Front national ainsi que sur les nouvelles minorités religieuses en France et en Europe, il a dernièrement publié : Enquête au cœur du nouveau Front national (Nouveau monde éditions, 2012). Il a dirigé avec Alexandre Dézé le colloque « 1972-2012. Retour sur quarante ans de Front national” (20 et 21 juin 2013, Université Paris Ouest).

Alexandre Dézé est maître de conférences en science politique à l’Université Montpellier 1 et chercheur au CEPEL (UMR 5112). Il est l’auteur de plusieurs travaux sur le Front national et l’extrême droite et a récemment publié : Le Front national : à la conquête du pouvoir ? (Armand Colin, 2012). Il a dirigé avec Sylvain Crépon le colloque « 1972-2012. Retour sur quarante ans de Front national” (20 et 21 juin 2013, Université Paris Ouest).

Delphine Espagno est maître de conférences en droit public et membre du Laboratoire des Sciences Sociales du Politique (LaSSP/EA4175) à Sciences Po Toulouse. Elle est par ailleurs membre du Collectif pour l’Unité du droit et membre du directoire du Laboratoire Méditerranéen du Droit Public. Elle a récemment publié Léon Duguit. De la sociologie et du droit (Epitoge, 2013).

Stéphane François est docteur en science politique et maître de conférences en histoire contemporaine à l’université de Valenciennes. Chercheur à l’IDP dans cette université, il participe également au Groupe Sociétés Religions Laïcité (EPHE/CNRS). Il a récemment publié : L’écologie politique : une vision du monde réactionnaire ? (Cerf, 2012) et La Modernité en procès : Eléments d’un refus du monde moderne (PUV, 2013). Il publie cette année, L’Occultisme nazi (PUF, 2014), Au-delà des vents du Nord (PUL, 2014), Le Retour de Pan (Arché), et avec Nicolas Lebourg : Mutations et diffusions de l’altérophobie (PUP, 2014). Il participe au programme IDREA (Internationalisation des Droites Radicales Europe Amériques) de la Maison des Sciences de l’Homme-Lorraine.

Joël Gombin achève actuellement à l’Université de Picardie-Jules Verne (CURAPP) une thèse de science politique intitulée : Éléments pour une sociologie configurationnelle des votes. Le cas des votes pour le Front national en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Il a codirigé avec Pierre Mayance : Droit(es) aux urnes en PACA ! L’élection présidentielle de 2007 en région Provence-Alpes-Côte d’Azur (L’Harmattan, 2009) et rédigé le chapitre consacré à la région PACA dans l’ouvrage Le Front national. Mutations de l’extrême droite française dirigé par Pascal Delwit (Éditions de l’Université de Bruxelles, 2012).

Nicolas Lebourg, docteur en histoire, est chercheur rattaché au CRHiSM (Centre de Recherches Historiques sur les Sociétés Méditerranéennes) à l’Université de Perpignan Via Domitia. Auteur de nombreux travaux sur les extrêmes droites, il a récemment publié avec Joseph Beauregard : Dans l’Ombre des Le Pen (Nouveau monde, 2012) ainsi que François Duprat, l’homme qui inventa le Front National (Denoël, 2012). Il anime le site Fragments sur les temps présents  consacré aux radicalités et marges politiques. Il publie cette année avec Stéphane François : Mutations et diffusions de l’altérophobie (PUP, 2014), et avec Abderahmen Moumen : L’Histoire du camp de Rivesaltes (Trabucaire, 2014). Il participe au programme IDREA (Internationalisation des Droites Radicales Europe Amériques) de la Maison des Sciences de l’Homme-Lorraine.

Rudy Reichstadt, diplômé de l’IEP d’Aix-en-Provence, est le fondateur du site ConspiracyWatch.info, observatoire du conspirationnisme et des théories du complot, qui déconstruit la diffusion des thèses conspirationnistes de tous bords politiques.

Dominique Sistach docteur en droit public, sociologue et maître de conférences en droit public à l’Université de Perpignan Via Domitia, est chercheur au Centre de Recherche sur les transformations de l’action publique (CERTAP/UPVD). Il collabore au programme MIGRINTER (UMR CNRS Poitier). Il a notamment codirigé avec Antigone Mouchtouris, l’ouvrage Discrimination et Modernité (PUP, 2007).

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