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Mémoires des fascistes français: l’Epuration

Installation Chiharu Shiota – Silence ; photographe inconnu.

Cet article de Jonathan Preda est le premier d’une série sur « Les « réprouvés »: le fascisme français, du vécu au souvenir« 

En 1969, Jean-Marie Le Pen comparaît devant la 17ème chambre du tribunal de grande instance de Paris en tant que dirigeant de la SERP. Il est reproché à cette entreprise d’avoir publié le disque « Le IIIème Reich. Voix et chants de la révolution allemande ». Sans jamais parler des violences nazies et de ses crimes, les photos choisies montrent au contraire « l’apothéose » du régime accompagné de ce texte de présentation : « La montée vers le pouvoir d’Adolf Hitler et du parti national-socialiste fut caractérisé par un puissant mouvement de masse, somme toute populaire et démocratique, puisqu’il triompha à la suite de consultations électorales régulières, circonstances généralement oubliée »[1].

Ces lignes, on ne peut plus complaisantes, pourraient être interprétées comme autant de preuves d’une adhésion, ou au moins, une proximité idéologique vis-à-vis de l’idéologie nazie. Pourtant, le catalogue de cette entreprise balaie large, de l’anarchisme au fascisme, du royalisme aux discours du général De Gaulle et de Lénine[2].

Au-delà d’une simple lecture idéologique qui ne verrait que dissimulation de velléités profascistes sous des paravents œcuméniques, la réponse se trouve certainement du côté de l’histoire politique renouvelée par l’approche culturelle, notamment à travers le concept de culture politique qui intègre l’enjeu mémoriel[3]. Comment expliquer qu’une mémoire aussi complaisante envers le nazisme ait pu s’intégrer, perdurer et coexister avec d’autres dans la culture politique des extrêmes-droites après 1945 ?

La fin de la Seconde Guerre mondiale est l’une des clés de compréhension que nous nous proposons d’explorer. Cette période est pour les extrêmes-droites dans leur ensemble un choc synonyme pour eux d’Epuration. C’est cette « violence fondatrice » au sens de Paul Ricœur[4] qui va à la fois façonner le passage du vécu à la mémoire du vécu des fascistes français (au sens de collaborationnistes) et permettre son intégration dans la culture politique des extrêmes droites au sens large, même celles éloignées idéologiquement du fascisme au sens strict du terme. Comme l’écrivait Daniel Bensaïd : « Les vaincus ont la mémoire longue. Souvent, ils n’ont plus que ça »[5].

Le passage du vécu à la mémoire du fascisme pour ses thuriféraires français s’est fait sous le sceau de la défaite, une défaite complète. Exécrés par leurs concitoyens, symboles de ces « quatre ans à rayer de notre histoire » comme l’a déclaré le procureur général Mornet ou réduit à une « poignée de misérables » pour le général De Gaulle, le souvenir de ces anciens fascistes français va, par nécessité, naître et se développer à l’abri du regard de la société, dans l’entre-soi.

En 1951, le journal d’extrême droite Rivarol publie un article au titre tout à fait évocateur, « la solidarité des victimes, ce sont les bourreaux qui la créent ! »[6]. Cette frange politique, et non les seuls fascistes, se vivent comme des victimes dans le contexte de l’Epuration et de l’après-Libération qui les a fait passer de la lumière du pouvoir à l’ombre de l’exil. Cette violence fondatrice vécue a forgé cette nouvelle communauté de mémoire et lui a donné l’un de ses traits distinctifs, celui d’une mémoire de « réprouvés »[7].

A l’ombre des geôles

Si le processus est largement amorcé au cours de l’épisode de Sigmaringen où le pouvoir n’est plus qu’une réalité de plus en plus lointaine, la transition vers la mémoire s’est largement déroulée derrière les barreaux de la République renaissante. De septembre 1944 à avril 1945, 126.020 personnes ont été internées[8] tandis qu’en 1946, le nombre de détenus pour faits de collaboration s’élève à 29.179[9]. Les seuls murs de la prison de Fresnes ont vu défiler en trois ans à partir de l’été 1944 environ 18.000 inculpés[10]. Difficile de quantifier exactement combien de collaborationnistes parmi eux. On sait tout de même que ceux incarcérés ont évoqué entre eux ce passé tout proche, un passé qui les a conduits en ces lieux. A Fresnes, lieu de convergence pour les cas relevant de la région parisienne ou revêtant une portée nationale, Bénédicte Vergez-Chaignon a montré que les communications entre détenus étaient monnaie courante, reconstituant parfois même la solidarité passée d’institutions ou de partis. Ainsi, une annexe de la prison est devenue le lieu de rendez-vous du Parti populaire français (PPF) tandis que dans une autre, ont souvent retenti chants et cris en souvenir de la division Waffen SS française Charlemagne[11].

Les épurés ne constituent pas un bloc. Deux grandes familles se distinguent : vichyssois et collaborationnistes fascistes, deux mondes qui se sont ignorés très largement et fortement détestés durant l’Occupation. A l’ombre des geôles va s’effectuer un rapprochement décisif. Cette séparation ne va certes pas disparaître totalement dans les mémoires mais s’estomper.

Se croisant à la prison de Clairvaux, Charles Maurras, chantre de la « France seule », et son ancien disciple Lucien Rebatet thuriféraire de l’Allemagne nazie ne se saluent pas[12] tandis que les cercles de hauts collaborateurs, au sens mondain du terme, se démarquent autant que possible des collaborationnistes et stipendiés des Allemands[13]. Mais à Fresnes, les dignitaires de Vichy, pour se persuader qu’ils ne vivent pas au milieu de « salauds » car partageant leur sort, en viennent à relativiser leurs divergences avec leurs co-détenus. Ainsi, pour le docteur Ménétrel proche de Pétain, Paul Ferdonnet, ancien de la Waffen SS, n’est plus qu’une tête folle entraînée un peu loin par anticommunisme, de même pour ces jeunes vétérans du Front de l’Est ou de la Milice qui deviennent de simples gosses ayant mal tournés[14].

Les souvenirs circulent au sein des prisons tout comme se nouent les relations. C’est ainsi durant son séjour en la prison du Struthof que l’une des principales figures d’après-guerre du nationalisme, Pierre Sidos[15], y côtoie entre autres Pierre Louis, ancien SS, Marcel Bibé, autonomiste breton passé à la Gestapo ainsi qu’à la Bezen Perrot, milice collaborationniste. Il y apprend les chants de la Wehrmacht et de la Waffen SS[16]. Racontant son après-guerre au cœur des milieux d’extrême droite, François Brigneau, ancien locataire d’une cellule à Fresnes, laisse entrevoir les séquelles des querelles nées durant la Seconde Guerre mondiale entre vichyssois, maurrassiens et fascistes. Mais comme il le rappelle : « Malgré nos querelles, nos souvenirs nous tiennent chaud »[17], ces hommes ayant été « mêlés, dans les mêmes prisons, et frappés par les mêmes adversaires contre lesquels il nous faut faire la chaîne et le front »[18].

Une sociabilité d’épurés

Cet amalgame forgé dans les prisons perdure et se retrouve au sein de réunions d’ « épurés » qui n’ont laissés que peu de traces pour l’historien. Certes, des regroupements strictement composés d’anciens fascistes, notamment des « collaborateurs casqués » anciens de la LVF ou la Waffen SS française[19] ont existé. Mais à côté de ces associations, toute une sociabilité née de l’Epuration a vu le jour. Des dîners sont organisés autour d’anciennes personnalités collaborationnistes ou collaboratrices. Aux côtés de la fille de Pierre Laval se forme ainsi une sociabilité mondaine rassemblée autour du souvenir de l’ancien chef du gouvernement de Vichy comme le montrent les carnets intimes de Josée de Chambrun. Ainsi, le 2 février 1953, elle reçoit entre autres à dîner Paul Marion[20] en compagnie notamment de l’ancien commissaire général aux questions juives Xavier Vallat et de l’épouse de l’ancien médecin du Maréchal Pétain, Mme Ménétrel. De même, le 10 janvier 1952, elle reçoit à sa table l’ancien dirigeant de la British Union of Fascists Mosley et son épouse, ainsi que la sœur de Robert Brasillach et son mari, Suzanne et Maurice Bardèche. Le 13 décembre 1950 se déroule même un « goûter des anciens collaborateurs » réunissant plus d’une centaine de personnes, dont les écrivains collaborationnistes Paul Morand et Marcel Jouhandeau[21].

Ces quelques exemples significatifs témoignent de rencontres entre collaborateurs et collaborationnistes pendant lesquelles ce passé tout proche tout proche est l’un des sujets évoqué. Dans son roman autobiographique le journaliste et écrivain Dominique Jamet raconte ses souvenirs de jeunesse touchant notamment son père, Claude. Ayant largement collaboré avec l’occupant allemand, notamment au sein des feuilles collaborationnistes Notre combat et Germinal[22], ilest interdit de publication en tant que journaliste et écrivain aux lendemains de la Libération et organise des réunions chez lui.  

Des noms et des visages nouveaux apparurent. Maréchalistes scrogneugneu, détenus tout juste libérés, parents, amis de détenus, femmes enturbannées par bravade ou par nécessité, anciens miliciens passés par miracle au travers des mailles du filet, légionnaires aux pieds gelés sur le front de l’Est, fonctionnaires révoqués, journalistes mis au ban de la profession, jeunes gens qui regrettaient de n’avoir pu à temps s’engager dans les Waffen SS et rêvaient déjà d’une revanche, tous informés par le téléphone arabe que la porte était ouverte rue Vavin à toute personne disposant du sésame »[23].  Parmi eux, Emmanuel Allot alias François Brigneau[24], amène dans ces réunions des jeunes anciens combattants de l’Ordre Européen, qui « proclamaient leur fidélité à la cause pour laquelle ils avaient combattu, pour laquelle ils étaient toujours prêts à se battre. Ils donnaient d’ailleurs l’impression de n’être pas pleinement convaincus de la défaite de l’Allemagne. Tout au plus concédaient-ils qu’ils avaient perdu un round […..]… Nous savions tout cela par cœur. Nous vivions au milieu de ces fantômes et de leurs nostalgies dans l’orgueil hautain des exils intérieurs »[25].

C’est là toute une sociabilité qui s’est mise en place autour du souvenir de l’Epuration. Claude Jamet a alors pour habitude de se rendre aux conférences et séances dédicaces de l’Union des Intellectuels indépendants[26], aux banquet de la pétainiste France réelle, chez Corcellet qui accueille chez lui nombre d’anciens « collabos » ou encore d’aller aux cocktail anniversaires du Rivarol[27].

Les messes anniversaires

Cette sociabilité née de la tourmente a ses moments forts et ses rituels : les messes anniversaires. Organisées aussi bien en la mémoire d’anciens fascistes que de réactionnaires vichyssois, elles mêlent largement anciens collaborateurs et collaborationnistes. Les plus importantes sont certainement celles organisées le 6 février pour la mort de l’écrivain fasciste Robert Brasillach[28] et ce, depuis 1946[29]. Durant la commémoration de 1954, se côtoient à la fois des membres du mouvement fascisant Jeune Nation avec leur leader Pierre Sidos, les membres des amis de la très éclectique Rivarol ainsi que l’ancien ministre de Vichy Tixier-Vignancour[30]. De même, un an plus tard, le souvenir de l’ancien promoteur du « fascisme immense et rouge » réunit les maurrassiens Henri Massis et Xavier Vallat, le pétainiste Michel Trécourt ainsi que l’ancien chantre de l’ « « Europe nouvelle » version nationale-socialiste » Fabre-Luce[31] et l’ancien PPF germanophile, acteur des tentatives de collaboration diplomatique et militaire entre Vichy et Allemagne nazie Benoist-Méchin[32].

L’ampleur moindre, les célébrations en la mémoire de Fernand de Brinon montrent un même amalgame au sein d’une large extrême-droite, alors même que la figure de l’ancien président de la Commission gouvernementale à Sigmaringen est pourtant unanimement méprisée et honnie, même par nombre de justiciables, aux lendemains de la Libération. Celles-ci se tiennent le jour anniversaire de sa mort, le 15 mai, à Paris en l’Église Notre-Dame des Victoires le plus souvent ou à Saint-Germain-des-Prés. D’après les divers coupons d’invitation et la correspondance conservés[33], on sait qu’elles se sont tenues au minimum en 1947, 1948, 1949, 1953, 1956, 1959 et 1967. Datée certainement des années 1950, nous disposons même une liste des personnes à inviter aux messes anniversaires tapée et annotée de la main de l’organisatrice, Simone Mittre[34].

Aux côtés de l’un des journalistes vedettes de Je suis partout Pierre-Antoine Cousteau, se trouvent invités à cette cérémonie les vichyssois François Lehideux et Tixier-Vignancour. Tous les invités ne sont pas identifiables, mais c’est bien là une extrême-droite au sens large qui est présente, représentée au travers de certaines étapes de la vie de Brinon structurant cette liste : « France-Allemagne », « Presse » (avec notamment Maurice Bardèche, Claude Jeantet….), « LVF », « Vichy », « Délégation » er « Sigmaringen ». Cette liste est la preuve même d’un regroupement dépassant les antagonismes idéologiques.

L’Epuration est véritablement le creuset de cette micro-société qui se structure autour du martyr, fasciste ou pas, pourvu qu’il soit victime de la Libération. La lettre de Georges Prade envoyée à Simone Mittre en 1948 est à ce regard particulièrement éloquente. S’excusant de ne pas avoir pu se rendre à la cérémonie du souvenir, il met en parallèle Fernand de Brinon et Laval. Selon lui, si les deux ont eu des réactions différentes durant l’Occupation, on ne peut les opposer : tous deux ont été tués de la même façon, tous deux ont eu un destin de martyr[35].

Cette mémoire de vaincus, fascistes ou pas, partage la violence fondatrice qui a forgée cette nouvelle communauté. Nous sommes au-delà de la simple idéologie, dans un système de représentations forgé sous le double sceau du stigmate et de la défaite qu’un article d’une revue solidariste résume plus de vingt ans plus tard : « Et qu’on ne vienne pas s’étonner que ces hommes [les épurés] épousent encore la cause défaite qui n’était pas la leur et pour laquelle pourtant ils ont [été] mis au ban de la société […]. Fascistes, ils ne l’étaient pas, ils le sont devenus par haine de leurs bourreaux, démocrates populaires ou pas ». Ou pour reprendre la formule de Céline, tous ceux ayant comme point commun « l’article soixante-quinze au cul ».

Cette relecture de l’histoire et de leur histoire a même été largement léguée aux générations suivantes. Dominique Jamet a appris de son père à être du côté des vaincus, avec les Communards contre le roi, avec la LVF contre les FTP. Ainsi  devient compréhensible ce livre au titre explicite d’un auteur influent au sein de l’extrême droite : Les Vaincus de la Libération. Le regard de Paul Sérant embrasse non seulement tous les « épurés » français mais tous les vaincus de l’Epuration en Europe. Le but de cette étude est de montrer que, nonobstant les divergences de nations et de l’idéologies, tous ont subi des souffrances et des drames analogues qui, finalement, peuvent contribuer à créer une communauté de destin, une « Europe des vaincus » . C’est sur cette base que vont pouvoir s’agréger à cette communauté de mémoire les souvenirs de fascistes européens d’un Degrelle à un Primo de Rivera en passant par un Codréanu. Tous victimes, tous frères de malheur.

Notes

[1] Voir l’audience du 18 décembre 1968 17ème chambre du tribunal de grande instance de Paris, Archives de Paris, 33W 553.

[2] Voir Thomas Jonathan, « ‪Jean-Marie Le Pen et la SERP : le disque de musique au service d’une pratique politique‪ », Volume, 2017/2 (14:1), p. 85-101.

[3] Pour Serge Bestein, ce concept permet « De comprendre pour quelles raisons des groupes d’hommes se sentent plus proches d’une force politique plutôt que d’une autre, votent en tel sens ou de manière différente, ont, quasi spontanément, en face d’évènements présents ou passés, la même grille de lecture », Serge Berstein, (dir.), Les Cultures politiques en France, (1999), Paris, Éditions du Seuil, 2003, p12

[4] Paul Ricœur, La Mémoire, l’histoire, l’oubli, Paris, Seuil, 2000

[5] Cité in Jean Birnbaum, Leur Jeunesse et la nôtre, Paris, Stock, 2005, p120.

[6] B.Borval, 18 janvier 1951

[7] Ce terme renvoie à un roman très diffusé dans les milieux d’extrême droite après 1945, les Réprouvés d’E von Salomon qui raconte en 1930 son après-guerre au sein des corps-francs allemands.

[8] Jean-Pierre Rioux, La France de la Quatrième République. 1. L’ardeur et la nécessité (1944-1950), Paris, Seuil, 1980, p55.

[9] Henry Rousso, Vichy l’évènement, la mémoire, l’histoire, op. cit., p529.

[10] Bénédicte Vergez-Chaignon, Vichy en prison. Les épurés à Fresnes après la Libération, Paris, Gallimard, 2006.

[11] Idem.

[12] Robert Belot, « a la recherche de l’imaginaire des épurés », in Pierre-Antoine Cousteau et Lucien Rebatet, Dialogue de « vaincus », Paris, Berg, 1999.

[13] Bénédicte Vergez-Chaignon, Vichy en prison. Les épurés à Fresnes après la Libération, op. cit.

[14] Idem.

[15] Né en 1927, Pierre Sidos vient d’une famille marquée par l’engagement nationaliste. Son père François, ancien dirigeant des Jeunesses patriotes en Charente-Maritime puis inspecteur général adjoint du Maintient de l’ordre, est fusillé à la Libération. Pierre, ancien « cadet du francisme », est lui emprisonné. Avec son frère François, il fonde en 1949 le mouvement Jeune Nation puis le Parti Nationaliste après la dissolution du premier en 1958. Engagé dans le combat pour l’Algérie française, il retourne en prison de juillet 1962 à juin 1963. Un temps proche d’Europe-Action puis d’Occident, il fonde en 1968 le groupuscule antisémite l’Oeuvre Française qu’il préside jusqu’en février 2012.

[16] Frédéric Charpier, Génération Occident : de l’extrême droite à la droite, Paris, Seuil, 2005, p22.

[17] François Brigneau, Mon après-Guerre, Paris, Editions du Clan, 1966., p75.

[18] Idem., p38.

[19] Voir N.Lebourg, Les nazis ont-ils survécus ?, Paris, Seuil, 2019

[20] Cet ancien communiste est l’un des fondateurs du PPF avec Jacques Doriot. Il devient en 1941 secrétaire général adjoint à la vice-présidence du Conseil en charge de l’Information puis de la Propagande et du Ravitaillement. Remplacé par Philippe Henriot en 1944, ministre sans fonction, il suit Vichy en exil jusqu’à Sigmaringen et préside même une Association des amis de la Waffen SS. Il est condamné aux travaux forcés à perpétuité.

[21] Yves Pourcher, Pierre Laval vu par sa fille, Paris, le Cherche Midi, 2002, p452.

[22] Pascal Ory, Les collaborateurs 1940-1945, Paris, Seuil, 1976, pp204-5.

[23] Dominique Jamet, Notre après-guerre. Comment notre père nous a tués, Paris, Flammarion, 2003., p39.

[24] Né en 1919 et décédé très récemment le 8 avril 2012, cet ancien socialiste va progressivement entamer une « dérive fasciste », rejoignant en 1939 La Flèche de Gaston Bergery pour adhérer par la suite au RNP de Marcel Déat et enfin entrer dans la Milice à la fin de la guerre. Après un passage à la prison de Fresnes où il rencontre et se lie d’amitié avec Robert Brasillach, il entame une carrière journalistique dans des journaux d’extrême droite où son style polémique fait merveille. Il collabore à de nombreux journaux dont le Rivarol, la Fronde ou encore Paroles françaises. Il devient même rédacteur en chef à Semaine du monde et à l’influent Minute. A cela s’ajoute un engagement politique en faveur de l’Algérie française aux côtés de Jean-Marie Le Pen au FNAF, puis au sein d’Ordre Nouveau, du PFN puis du FN.

[25] Dominique Jamet, op. cit., p42.

[26] Il s’agit là d’un regroupement d’intellectuels victimes de l’épuration, largement acquise au pétainisme mais accueillant toutefois dans ses rangs des hommes tels que l’ancien ubiquiste Pierre-Antoine Cousteau, Maurice Bardèche, l’ancien Waffen SS Christian de la Mazière ou encore l’ancien franciste et doriotiste Aimot, organisant des réunions littéraires, repas, etc. Voir notamment Jérôme Cotillon, Ce qu’il reste de Vichy, Paris, Colin, 2003.

[27] Ce journal, fondé en janvier 1951, se veut la voix des épurés, mêlant collaborateurs et collaborationnistes cimentés par  leur opposition à l’Epuration. Voir notamment Jeannine Verdès-Leroux, Refus et violences. Politique et littérature à l’extrême droite des années trente aux retombées de la Libération, Paris, Gallimard, 1996.

[28] Né en 1909, Robert Brasillach est un écrivain et journaliste français dans un premier temps sympathisant de l’Action française dont il tient dès 1931 le feuilleton littéraire. Avec la guerre d’Espagne et le Front populaire, il s’engage véritablement dans le combat politique. Rédacteur en chef de la principale revue fasciste d’avant-guerre Je suis partout jusqu’en 1943, il devient l’une des principales figures du collaborationnisme littéraire. Il est jugé puis exécuté le 6 février 1945.

[29] Jacques Isorni, Jusqu’au bout de notre peine, Paris, Editions de la Table Ronde, 1963.

[30] « La commémoration du 6 février », Défense de l’Occident, numéro 11, février 1954.

[31] Daniel Lindenberg, « Fabre-Luce (Alfred), « Jacques Julliard et Michel Winock (dir.), Dictionnaire des intellectuels français, Paris, Seuil, (1996), 2002., p556.

[32] « La soirée du 28 février à Chopin-Pleyel », Défense de l’Occident, numéro 22, mars 1955.

[33] 411 AP, CARAN.

[34] Simone Mittre a passé une grande partie de sa vie à défendre la mémoire de Fernand de Brinon et fait une importante donation d’archives au CARAN. Née en 1897 à Laval en Mayenne, c’est une proche depuis leur rencontre au début des années 1920 au Journal des débats. Celle qui a été sa secrétaire particulière a également tissé avec lui un lien amoureux, jusqu’à le suivre en exil à Sigmaringen et demeurer quelques temps en prison à la Libération. Lorsque l’ancien collaborationniste établit son testament, elle reçoit tous ses biens mobiliers au détriment de Lisette Franck, sa « femme devant la Loi ». La mort de son amant le 15 avril 1947 marque le début d’une exceptionnelle fidélité à sa mémoire. 411 AP8, CARAN. Voir les deux documents photographiés.

[35] Lettre de Georges Prade à Simone Mittre, 411 AP7, fonds De Brinon, Archives nationales.