Nouveau

Où va le Parti communiste ?

image-1

Source inconnue

Première parution : propos de Romain Ducoulombier recueillis par Lauriane Clément, « « Une candidature communiste serait aujourd’hui suicidaire » », La Croix, 6 novembre 2016.

Il est peu habituel pour les cadres du Parti communiste de ne pas suivre la position de leur secrétaire national. Que s’est-il passé ?

Romain Ducoulombier : C’est une situation que l’on peut qualifier d’inédite mais ce n’est pas un vote historique. J’y vois une péripétie de plus dans les rapports compliqués qu’entretient le PCF avec Jean-Luc Mélenchon. Le PCF est tiraillé depuis très longtemps entre le choix « pluriel » de l’unité à gauche et la candidature communiste pure et dure. Les uns craignent de devoir rompre avec le PS, ce que Mélenchon n’a cessé de leur réclamer, en particulier aux municipales récentes. Les autres craignent de devenir invisibles et souhaitent donc une candidature d’identité.

Ce vote est le reflet des confusions et divisions au sein du parti. Les « anti »-ralliement à Mélenchon sont à la fois ceux qui souhaitent une candidature communiste autonome et ceux qui spéculent sur une candidature socialiste, issue des primaires à venir, et à laquelle il serait possible de se rallier. Entre ces deux stratégies, le parti tangue. Les atermoiements de Pierre Laurent s’expliquent largement par cette situation et par la candidature « surprise » de Mélenchon. Ce dernier ayant ratifié l’échec du Front de gauche, l’heure n’est plus au dialogue mais au siphonnage du PCF par La France insoumise (NDLR : le mouvement créé par Jean-Luc Mélenchon). Il peut s’appuyer pour cela sur une partie des militants communistes qui lui reconnaissent sa cohérence et font le choix de la raison, comme Marie-George Buffet.

D’autres alliances sont-elles envisageables ?

R.D. : C’est ce qu’a laissé entendre Pierre Laurent, oui. Il a dit qu’il serait favorable à Jean-Luc Mélenchon mais la candidature d’Arnaud Montebourg pourrait changer la donne. Une partie des communistes lorgnent vers une candidature frondeuse à la primaire socialiste. Arnaud Montebourg a lui aussi fait un appel du pied au PCF.

Le parti essaie avant tout de se survivre à lui-même. Et pour cela il doit conserver ses élus. Il y a un jeu de louvoiement entre la présence idéologique critique qu’il veut incarner à la gauche du PS et son obligation de préserver sa présence sur les territoires. Malgré les succès temporaires du Front de gauche, l’effritement militant ne s’est pas interrompu. Le PCF est dans une situation de tension extrême et le recul de ses effectifs, bien réel, favorise sans doute les positionnements idéologiques plus durs.

Un candidat communiste pourrait-il pour autant se présenter ?

R.D : Le score de 1,93 % des voix à la présidentielle de 2007 de Marie-George Buffet a été une catastrophe. Une candidature communiste serait aujourd’hui suicidaire, il y aurait un énorme risque de figuration, et moralement, s’opposer à Mélenchon serait très coûteux. Les mêmes problèmes qu’à l’époque du Front de gauche se posent à nouveau, de surcroît dans un contexte d’impopularité de François Hollande. Beaucoup pensent donc qu’il faut encore attendre un peu avant de se positionner. En effet, en l’absence d’un candidat socialiste acceptable et désigné clairement, toute décision est difficile à prendre. Nous verrons si les adhérents du parti (NDLR, à qui revient le dernier mot) décident quand même de privilégier la piste Mélenchon lorsqu’ils seront appelés à se prononcer les 24, 25 et 26 novembre. Cela montre toutefois le pouvoir perturbateur de cette primaire, dont on ne sait si elle doit être « celle de la gauche » ou interne à chaque parti, et qui accentue les micro-clivages.

Publicités
About romainducoulombier (21 Articles)
Docteur et agrégé d'histoire ; Post-doctorant à l'université de Bourgogne depuis le premier septembre 2013, où il assure la direction scientifique du projet Paprik@2F financé par l'ANR (sous la dir. du prof. J. Vigreux) Commissaire de l'exposition Jaurès 1914-2014 aux Archives nationales (mars-juillet 2014) Enseigne à l'Université du Littoral Côte-d'-Opale (ULCO) et à l'IEP de Paris Thèse de doctorat d'histoire : "Régénérer le socialisme. Aux origines du communisme en France, 1905-1925", sous la direction de Marc Lazar, IEP de Paris, 2007 Parue en version remaniée : Camarades ! La naissance du Parti communiste en France, Perrin, 2010. Il a publié Vive les Soviets, un siècle d'affiches communistes aux éditions les Echappés en 2012, puis récemment Histoire du communisme, PUF, "Que-Sais-Je", 2014