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«Le FN fait le pari de la crédibilité»

noeud cravatePropos de Sylvain Crépon recueillis par Jim Jarrasé, Le Figaro, 14 septembre 2013.

Le Figaro - En quoi consistent ces ateliers de formation?

Sylvain Crépon : Pour les municipales, le FN, qui n'a pas de culture de gouvernement et compte en son sein peu de technocrates,

a choisi de faire le pari de la crédibilité. Ce qui passe d’abord par la formation de ses candidats. Dans ces ateliers, on leur apprend d’abord à éviter les pièges lors d’une campagne: comment répondre à la presse, comment se présenter lors d’une rencontre publique, comment constituer une liste… On leur enseigne également un minimum le programme du FN. Le but est d’éviter les candidatures loufoques qui ont par exemple fleuri lors des dernières élections cantonales.

Ces formations s’adressent en priorité aux jeunes, que le FN a massivement investis…

Le parti a clairement fait le choix de la jeunesse. Ces jeunes ayant peu d’expérience, il faut donc les former. Mais cette stratégie permet au FN de marquer une rupture avec l’UMP et le PS, accusés d’empêcher le renouvellement du personnel politique, et de tourner la page de l’époque Jean-Marie Le Pen. Autre avantage pour le parti: assurer la formation de jeunes qui ont un capital politique limité, donc peu de revendications, permet de créer une armée disciplinée qui sera en ordre de marche pour aider le parti à prendre le pouvoir dans les années à venir.

Les performances du FN aux élections semblent plus souvent indexées sur la capacité de protestation du parti que sur les qualités individuelles d’un candidat. Pourquoi, dans ce cas, faire cet effort de formation?

Les élections municipales sont un cas à part. Il ne s’agit pas d‘un vote défouloir, mais d’un vote d’adhésion. On vote pour quelqu’un qui est implanté et donne l’impression de pouvoir bien gérer la municipalité. Marine Le Pen a voulu rompre avec les erreurs commises entre 1995 et 2001, lorsque le FN dirigeait quatre communes. Les maires frontistes avaient voulu appliquer le programme national du parti dans leur ville: à Vitrolles, par exemple, les Mégret avaient mis en place une prime pour les enfants nés de parents européens, qui avait logiquement été retoquée par le tribunal administratif. Les conséquences avaient été désastreuses pour l’image et la crédibilité du parti. Aujourd’hui, les candidats frontistes sont invités à se concentrer sur le local, la gestion pragmatique, et moins sur l’idéologie. Le travail mené par Steeve Briois à Hénin-Beaumont est révélateur: il va faire campagne sur les places de crèches, la stimulation de l’emploi local, le soutien aux entreprises du coin… En le nommant au secrétariat général du FN, Marine Le Pen l’a d’ailleurs chargé d’appliquer à l’ensemble du parti ce qu’il a fait sur ses terres.

Malgré ce virage stratégique, le FN est-il prêt à diriger un nombre important de communes?

En privé, plusieurs cadres estiment que si le parti prend trop de villes, il se retrouvera en difficulté, notamment par manque de personnel ayant une culture de gouvernement. Le FN préfère avancer progressivement en conquérant quelques petites communes emblématiques – comme Hénin-Beaumont – qui deviendraient des vitrines. L’objectif reste d’abord de placer un maximum de conseiller municipaux d’opposition, qui pourront ensuite se former «sur le tas» à la politique, se notabiliser et gagner en visibilité. A moyen terme, ce maillage territorial et cette professionnalisation du personnel politique doit servir le parti dans sa quête du pouvoir.

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