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Ultragauche : la carte et les territoires

Source : »Walk the dog », Peter De Mulder.

L’Observatoire des radicalités politiques publie une nouvelle note de Guillaume Origoni :

Toutes les familles de la gauche sont entrées dans l’inconnu dès lors que fut entendu l’impact de la chute du mur de Berlin. L’effondrement de l’URSS n’a pas eu comme seule conséquence la victoire du modèle capitaliste, il a aussi rendu illégitime et inintelligible la contestation dans le camp des victorieux, en érigeant la démocratie de marché comme modèle universel.

Initialement, ce sont les sociaux-démocrates qui sont les moins touchés par l’onde de choc de cet effondrement car l’affaiblissement puis la disparition des partis communistes ont permis temporairement qu’ils ne soient peu ou pas débordés par leur gauche.

Cependant, la disparition totale ou partielle des partis communistes occidentaux a propulsé la gauche dans une situation inédite. En l’absence du PC, la gauche perd son outil pour la propagation de la culture politique populaire qui assurait la continuité historique et territoriale des idées anticapitalistes. Mais elle perd également un instrument de centralité autour duquel se structure l’adhésion ou le rejet. « Être de gauche » ou « être à gauche » depuis 1917 relevait d’un positionnement dont la balise était le PC. Lorsque les libertaires ou les autonomes exprimaient ne rien avoir en commun avec le PC, il était aisé de comprendre en quoi cette fonction de repoussoir permettait de construire une situation claire sur l’échiquier politique national.

Cette clarification est devenue complexe voire impossible et plonge la radicalité de gauche dans la confusion, tant elle compile dans ses franges les plus actives l’héritage du passé sans toujours en maîtriser les contours.

Il s’agit donc de saisir que la « radicalité de gauche » ne correspond pas à la « gauche radicale » mais à une « ultragauche » dont il faut éclairer formes et fonds.

Comment définir la gauche, l’extrême gauche ou l’ultragauche ? Quels sont les points de convergences et les césures ? Les militants d’ultragauche sont-ils en mesure de subvertir l’ordre démocratique comme l’avait suggéré dans la presse l’ancien directeur de la police nationale en déclarant qu’il existe en France un danger pré-terroriste[1] ?

Gauche, extrême gauche, ultragauche : essais de délimitations

Il est peu aisé de trouver un militant qui se définirait comme « d’extrême gauche ». Nous n’en trouverions quasiment aucun qui accepte que son activisme soit englobé dans l’appellation « ultragauche ». Dans la France de 2017, force est de constater que ceux que le sens commun classe à « gauche » soit récusent ce terme pour eux, soit rejettent son application à d’autres.

De prime abord, la gauche regrouperait les forces politiques égalitaires, ce principe impliquant la validation du suffrage universel, alors que l’extrême gauche s’incarnerait dans l’ensemble des groupes défendant une vision alternative de la société exogène au légalisme (« leur morale et la nôtre » selon la formule trotskiste) ; l’ultragauche resterait ancrée dans une volonté de transformation des règles sociales, de ses rapports de pouvoir, tout en s’affranchissant d’une organisation centralisée.

Une telle représentation est toutefois porteuse de nombreuses contradictions. En premier lieu, lorsqu’il est fait référence à la pratique extraparlementaire comme élément validant la désignation d’extrême gauche. En effet, s’il fallait accepter cet aspect comme discriminant, alors cela placerait de facto Lutte ouvrière ou le Nouveau Parti anticapitaliste comme ne relevant pas de l’extrême gauche puisqu’ils exercent leurs activités dans le cadre de l’article 4 de la Constitution. Or, si leurs objectifs et programmes sont bien porteurs d’un projet particulier et d’une vision alternative de la société, ces deux partis se soumettent régulièrement aux scrutins et ne pratiquent plus la violence politique – même s’ils ne demeurent pas convaincus par « les principes de la souveraineté nationale et de la démocratie » exprimés par l’article 4.

 

Lire la suite sur le site de la Fondation Jean Jaurès

Lire la version courte « L’état de décomposition théorique et culturel de la radicalité de gauche », sur Slate

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