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Le Multiculturalisme, faux coupable de l’affaire de Cologne

Cologne, pont des cadenas, photographie Alexey Steklov, flickr

Par Nicolas Lebourg

Les faits qui se sont déroulés la nuit du 31 décembre 2015 à Cologne n’ont pas encore trouvé leur vérité judiciaire, encore moins leur sens dans l’espace public. Il y a assaut d’interprétations, avec leur cohorte de billevesées.

Sous diverses formes, l’angle généralement choisi est celui de la remise en question de la société multiculturelle, puis de la politique migratoire et enfin celui de la qualification d’actes de masse. Quoique l’on soit fort respectueux par principe des avis de nos contemporains, ce ciblage est moins adapté aux faits qu’à leur représentation depuis Paris. Surtout, ces représentations oblitèrent les vrais enjeux démocratiques que désignent les faits. Nous sommes dans le jeu de Magritte, lorsqu’il écrit sur un tableau représentant une pipe «Ceci n’est pas une pipe»: nous confondons Cologne en tant que phénomène et sa représentation.

Qualifier la violence sexuelle

Les violences sexuelles de Cologne seraient des actes de guerre, interprètent certains: ainsi, pour le magazine Causeur, l’absence de réactivité des autorités allemandes serait la faute de l’antiracisme qui eût fait que «depuis les invasions barbares jusqu’aux soldats de l’Armée rouge, les Allemands avaient un peu perdu l’habitude que des mâles allogènes en bandes organisées se jettent sur des femmes seules indigènes». Le raisonnement est plus explicite dans Boulevard Voltaire, où la présidente des Antigones (association d’extrême droite qui se veut féministe anti-Femen) qualifie les faits de «guerre des ventres» que le féminisme de gauche se refuserait à voir.

Plus subtilement, mais avec la même volonté d’opposer féminisme et immigration, Marine Le Pen, dans une tribune publiée par L’Opinion, lie le«crime contre la sûreté des peuples» que serait l’accueil migratoire et le fait qu’à Cologne des réfugiés «agissent comme des criminels (viol et tentative de viol sont des crimes, ne l’oublions pas)». Enfin, le parallèle belliciste va jusqu’à l’autre bord politique, Clémentine Autain, du Front de gauche, ayant tweeté «Entre avril et septembre 1945, deux millions d’Allemandes violées par des soldats. La faute à l’Islam?», pour exposer en un raccourci obscur qu’il ne fallait pas amalgamer la question de l’islam et celle de la violence sexuelle de masse.

Essayons de mettre un peu d’ordre. Tout d’abord, il faut noter que le droit allemand n’est pas le français: il est nettement moins coercitif, comme l’explique cet article. Le drame de Cologne a enfin permis de faire avancer la proposition des Verts allemands faisant valoir qu’une relation sexuelle non désirée mais qui n’a pas été obtenue par la force, la violence ou sous la menace constitue un viol, ou que le fait pour quelqu’un de mettre sa main par surprise sous la jupe d’une femme constitue un délit d’agression sexuelle.

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