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13 novembre, et après

silence

Source inconnue

Par Nicolas Lebourg

Il y a dorénavant, tout au long de l’année, de nouveaux jours de commémorations. Le «11 septembre», le «13 novembre» sont devenus des noms d’événements. Ces deux dates ont en commun que nous savons tous ce que nous faisions lorsque les massacres qu’elles recouvrent sont survenus.

Mais cette expérience intime devient un phénomène social puisque nous la partageons. Il y a même subversion de notre calendrier national, puisque notre prochain 14 juillet aura son sens traditionnel autant que celui de la commémoration du massacre de Nice. Conséquemment, ce nouvel agenda implique aussi des modifications de notre représentation du monde, et donc de notre avenir politique.

Le présent avale le peuple

Après la chute du Mur de Berlin, les sociétés occidentales ont basculé dans ce que l’historien François Hartog a nommé le «présentisme»: le passé est jugé depuis le présent, le futur conditionné à celui-ci. Ce n’est plus le temps de l’Occident chrétien, tendu entre le passé (la Crucifixion) et l’avenir (le Jugement dernier). Ce n’est plus le temps de l’Europe de la modernité, tendu vers le futur. Le présent avale désormais tout.

Le philosophe Patrick Savidan ajoute diverses observations, en y liant celles d’Harmut Rosa sur l’accélération. Selon celles-ci, l’accélération technologique et financière provoque une désynchronisation entre la société et l’action publique. Or, par principe, les processus démocratiques sont longs, permettant une tempérance des décisions finalement appliquées. Résultat, ce présent en flux constant a induit une demande d’immédiateté de l’action politique. Le présentisme social construit une accélération du politique qui débouche sur une dévitalisation et une démonétisation des procédures démocratiques. Chaque événement doit être traité par une nouvelle idée, priée de s’appliquer immédiatement.

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