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De Sectes en hérésies

Oeuvre de Martin de Pasquale

Par Stéphane François

Jean-Pierre Chantin, spécialiste de la question religieuse, nous offre avec De sectes en hérésies. Étapes d’une réflexion sur la dissidence religieuse à travers les âges, une réflexion percutante et pertinente sur les notions d’hérésie et de secte. L’auteur adopte une approche chronologique, questionnant ces concepts depuis leur formulation originelle. L’ouvrage est composé d’onze chapitres chrono thématiques, encadrés par une « Introduction » et une « Conclusion » : « Les sectes juives au temps de Jésus » ; « Quand l’Église n’est plus une secte » ; « À la recherche de la secte musulmane des Assassins » ; « Le mythe cathare » ; « Le protestantisme : un entrelacs de sectes » ; « Les convulsionnaires de Saint-Médard : une dissidence catholique au temps des Lumières » ; « L’apocalypse malgré Rome au XIXe siècle : l’affaire du prophète Vintras » ; « Les États-Unis : le pays aux cent sectes » ; « Quand les médias définissent la secte : l’affaire du Christ de Montfavet » ; « Des sectes définies en France par des parlementaires laïques » ; et enfin « Chine : une vision très politique de la secte ».

Chaque chapitre est accompagné d’une brève bibliographie. L’« Introduction », sous-titrée « De l’importance des mots », est particulièrement importante car elle définit les termes.

L’ouvrage est court – il ne fait que 252 pages en petit format – et très érudit. Il se lit très bien. L’auteur montre comment les mots « sectes » et « hérésies » ont évolué dans le temps, en lien avec l’hégémonie grandissante de l’Église catholique. De termes entérinant un simple constat d’une diversité religieuse dans l’Antiquité, ils sont devenus péjoratifs et synonymes de « déviants », puis de « dangereux ».

En effet, être qualifié d’« hérétique », comme le furent les Cathares au Moyen Âge, provoquait la mort sociale, voire la mort tout court, tandis que « la secte » – à l’origine mot définissant un courant minoritaire – renvoie dans l’opinion publique à un groupe dangereux pour la société. À ce titre, l’auteur revient avec pertinence, dans le chapitre intitulé « Des sectes définies en France par des parlementaires laïques » sur le catastrophique premier rapport parlementaire antisecte de 1995, Les Sectes en France, aux vues partielles et partiales, associant dans un même mouvement des mouvements ésotériques, des mouvements alternatifs, etc., et de vraies sectes, comme l’Ordre du Temple Solaire, sans expliquer comment le choix avait été établi.

Surtout, il montre que le phénomène sectaire ne touche que 0,53% de la population et que 80 % de ces 0,53% concernent les Témoins de Jéhovah. Quant aux critères définissant la secte l’auteur fait remarquer avec une ironie assumée que certains, comme la rupture avec l’environnement d’origine ou l’embrigadement des enfants, peuvent concerner l’Église : les ordres monastiques cloitrés vivent hors du monde et le catéchisme est une sorte d’embrigadement…

L’opinion publique et surtout l’ordre politique jouent un rôle important dans la constitution de la définition de la secte : ce fut le cas des Cathares, terme générique qui recouvre d’ailleurs des réalités différentes de contestataires chrétiens ; des mouvements apocalyptiques et prophétiques catholiques jugés déviants, voire, des protestants lors de l’apparition de la Réforme. Pourtant, s’il en existe, la secte reste très difficile à la définir. Ce livre y parvient aisément. Sa parution est salutaire à un moment où la méconnaissance historique, la confusion et la perte du sens des mots sont devenus banals, y compris jusqu’au sommet de la représentation politique et à une époque où un amateur d’astrologie devient à coup de forceps et de sondage biaisé un quasi-conspirationniste.

Jean-Pierre Chantin, De sectes en hérésies. Étapes d’une réflexion sur la dissidence religieuse à travers les âges, Lyon, Presses Universitaires de Lyon, 2018.

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