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Une Autre mélancolie française…

Par Joseph Beauregard

L’hôpital psychiatrique est une « mythologie » du XXe siècle, au sens que Barthes donnait à ce terme. De Shock Corridor à Shutter Island, des pages de Lovecraft à celles d’Antonin Artaud, sa représentation a à voir avec l’horreur, la disparition, la contagion de la folie. L’insistance sur le crime de l’aliéné dans ces exemples n’est pas fortuit : la prison est aujourd’hui le premier hôpital psychiatrique de France. Alors que la charge de Michel Onfray contre la psychiatrie connaît un puissant succès de librairie, on omet que la réorganisation de la politique de santé mentale (terme ayant officiellement remplacé celui de psychiatrie) a mis en place un dispositif qui fait de la personne souffrante un consommateur de soins, de la détresse et des gouffres intimes un objet à quantifier.

Les déterminants sociaux sont malheureusement omis dans ce débat, puisque « 60 % de la population accueillie par le Centre d’Accueil Thérapeutique à Temps Partiel de la Maison Antonin Artaud est constituée de gens sans emploi, infirmes, alcooliques, ou vivant du RMI. La majorité sont des hommes entre 30 et 50 ans, célibataires ou vivant seuls » [1]. Les lieux d’hospitalisation ont ainsi à voir avec les marges, comme en continuité de ces premiers hôpitaux psychiatriques du XVIIIe  siècle toujours établis en lisière des cités. L’hôpital psychiatrique ne souhaite plus recevoir pour une longue durée, le séjour étant en moyenne de 55 jours en France. Les formules d’externalisation sont recherchées. Des démarches comme l’organisation de création d’« art brut » par les patients ont cherché à renouveler le traitement des cas lourds, tels que ceux des schizophrènes. Les patients peuvent ainsi développer un rapport ambivalent avec leur lieu d’hospitalisation, à la fois perçu comme un espace de protection face à l’altérité du monde et comme un lieu d’éventuel arbitraire [2].

Quand, comme Barbara dans l’entretien ci-dessous, la souffrance psychique a conduit au désespoir intégral, ce sont d’étranges voies qui peuvent mener pour la première fois à l’hôpital psychiatrique.

Ecouter

Extrait en avant-première de Joseph Beauregard, « Ma première nuit en hôpital psychiatrique / Ma dernière nuit en hôpital psychiatrique », sur Radio Nova du lundi 14 juin au vendredi 18 juin 2010, diffusion de la première nuit à 8h20 et de la dernière à 17h20 sur 101.5

[1] Izabel Friche Passos « Les défis de la desinstitutionalisation en psychiatrie : l’exemple d’un secteur », Revue internationale de Psychosociologie 1/2004 (Volume X), p. 64-75.

[2] Patricia Janody « Où va l’hôpital psychiatrique ? », Essaim 2/2007 (n° 19), p. 169-182. 

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