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Pauvres en migration, globalisation des économies et affaiblissement des modèles intégrateurs

L’intégration autre

Le second événement source de transformation des identités de ces collectifs, concerne l’apparition concomitante d’individus, isolés ou regroupés, souvent étrangers aux nations qui les hébergent, qui bricolent, précisément à partir de leurs expériences circulatoires, des identités métisses entre univers proches et lointains, transnationaux souvent, imposant à la classique opposition entre les nôtres et les leurs, entre être d’ici ou de là-bas, une autre forme, triadique, c’est à dire hautement processuelle : l’être d’ici, l’être de là-bas, l’être d’ici et de là-bas à la fois (L.Missaoui 2005). Les générosités constitutionnelles intégratives de nos Etats-nations, édifiées au cours de deux ou trois siècles de rapports à l’étranger, envers celui qui vient et à qui on offre le choix de  «  devenir nôtre » ou de repartir, portent de plus en plus à faux : bien des parcours actuels de l’intégration ne sont plus conformes aux modèles historiques ainsi définis.

Des métissages momentanés, partiels

Robert Ezra Park, en parlant de l’homme marginal insistait sur le rôle de ces individus, ni d’ici, ni de là-bas, quittant peu à peu leurs appartenances à des collectifs identitaires localement bien spatialisés pour essayer d’en adopter d’autres dans des voisinages urbains : ce sont eux qui, éclaireurs et passeurs, anticipaient les cohésions générales entre populations d’origines différentes. Cette conception du parcours de …. vers…., qualifié d’intégration, d’insertion, d’acculturation, etc.., est très répandue et fait généralement consensus dans les milieux politiques et administratifs, de la ville à la nation. Ce n’est plus ainsi que nous décrivons ces personnes, soumises aux terribles pressions de leurs positions incertaines, intermédiaires entre Etats différents, présents dans des lieux sans désignation locale. Nous rencontrons plutôt des individus capables d’être d’ici et de là-bas à la fois, contrairement aux descriptions de Park, capables d’entrer-sortir momentanément ou durablement dans des univers de normes qui leur sont étrangers sans pour autant quitter les leurs. L’acte marchand, de haute sociabilité, se décline immédiatement, avec toutes les autres personnes, de la ville ou d’ailleurs, clients locaux ou membres des réseaux.

Ainsi des Marocains de la région de Montpellier, arrivés dans les années 70 comme ouvriers agricoles, nous ont dit comment, en quelques jours, ils ont « enfin connu » les « Français », à l’occasion de ces transactions commerciales nouvelles11, alors qu’ils avaient vécu des dizaines d’années victimes d’incommensurables distances ségrégatives locales. « Les deux Belges et le Français qui me livrent les tapis, ils se sont mis à me parler comme ils se parlent entre eux, entre Français et à m’appeler par mon vrai nom. (…). J’avais jamais vu ça en France. Avant, à Lunel, on m’appelait ‘Aroua’ ou ‘melon’,… » nous dit un de ces Marocains, passé, en 1999, aux activités commerciales entre Perpignan et des villes du Rharb, au Maroc, après quinze années de travail comme manœuvre du bâtiment dans un village proche de Montpellier. Nous abordons une sociologie ou une anthropologie des allers-retours, des entrées-sorties, des métissages partiels et momentanés, qui signale l’apparition de sociabilités autres que celles suggérées par les problématiques des lentes et longues insertions. Les jeunes filles, peu présentes lors des circulations, réalisent avec intensité ces profils de capacités de sociabilités plurielles. Souvent élevées à l’intérieur de la cellule familiale, dans l’intimité féminine, dans une sorte de reproduction des normes des cultures d’origine, elles sont scolarisées jusqu’à des niveaux élevés et deviennent très proches des institutions sociales, économiques, etc. .., des nations d’accueil, celles-la même qui permettent l’insertion, à partir d’accompagnements des leurs à la Poste, aux bureaux du chômage, de rédactions de demandes et de formulaires divers pour leurs proches analphabètes.

Elles sont généralement les comptables, pour la part de « black » comme pour celle d’officialité, des transactions commerciales des parents. Ces dispositions leur ouvrent des perspectives contrastées : pour certaines, une « sortie » rapide des milieux familiaux et une « entrée » non moins rapide dans les sociétés d’accueil, – « sauve qui peut » me disait l’une d’elles- pour d’autres de grandes réussites dans les économies souterraines internationales, non dans la circulation mais dans la gestion des dépôts, commerces, et autres lieux de transaction, d’interface avec les institutions, les commerçants et divers partenaires professionnels locaux.

Des statuts sociaux autres

Ces diversités et contrastes de trajectoires individuelles concernent aussi les collectifs. Le savoir-être d’ici et de là-bas et l’arrivée massive de « petits migrants » mobilisés par la généralisation de cette forme migratoire nomade, produit des comportements collectifs favorables à la juxtaposition de statuts sociaux contrastés. « Petit ici et notable là-bas » écrivait Lamia Missaoui en 1995 : ces dispositions nous les rencontrons désormais très fréquemment. Les revenus tirés des allers-retours fréquents sont réinvestis dans la région d’origine, et gérés tout aussi familialement que le sont aujourd’hui les dispersions dans l’espace européen. Le projet qui, généralement, justifiait en son temps le départ en migration de tel homme ou de tel couple, est re-élaboré et passe au statut d’une réalité autre que celle de la construction au pays d’une maison, jamais achevée, et occupée par d’autres. Des exploitations agricoles sont réaménagées autour d’un outillage qui permet une irrigation plus rationnelle et un entretien des sols fréquent, mais aussi par l’usage de semences sélectionnées, en provenance surtout des Pays-Bas et accessoirement diffusées dans les réseaux. De l’outillage pour le bâtiment et les travaux publics, acheté d’occasion en Europe provoque l’apparition d’autant d’entreprises villageoises contribuant à l’aménagement local.

Des camions à plate-forme passent souvent les frontières et permettent, dans l’ensemble du Maghreb, de véhiculer de la paille ou du foin de Nord en Sud. Des ateliers artisanaux nombreux se sont ouverts afin de produire par exemple des contrefaçons vestimentaires, réimportées lors des remontées. Les micro-investissements productifs se sont généralisés et renforcent le rôle des circulations en les densifiant. Ces mêmes personnes, installées dans diverses nations européennes, qui développent ces initiatives et se notabilisent dans leur quartier ou village d’origine, vivent dans les régions d’accueil des statuts précaires, attributaires de revenus minimum, ouvriers occasionnels du bâtiment, ou de diverses activités aux statuts aléatoires gérés par des sociétés d’intérim ; ils gardent leurs droits de séjour et libèrent le temps nécessaire à leurs allers-retours.

Nouvelles hiérarchies sociales

L’affirmation des valeurs attachées aux réussites dans les commerces transnationaux, mêlant respect de la parole donnée, notoriété généralisée à l’ensemble des parcours, sens des opportunités, désigne des individus qui bénéficient de possibilités de réussite peu communes : responsabilités morales et commerciales sur tel ou tel produit, dans tel ou tel espace support aux réseaux de circulation, puis parfois installation commerciale de grande ampleur ; au fur et à mesure de cette ascension les responsabilités quittent les seuls échanges marchands pour investir des secteurs du religieux dans les villes d’accueil, pour prendre en charge les destins des familiers du village ou du quartier d’origine à l’échelle européenne et au-delà même. Pour ce qui est des Marocains, et aussi des Africains subsahariens, ces nouvelles possibilités contribuent à la transformation des cheminements classiques de l’intégration définis et offerts par les Etats-nations européens. Les contrastes constitutionnels entre les divers modèles nationaux, communautaires, « jacobins », ethniques, qui caractérisent l’Europe, les singularités différenciatrices des diverses histoires ne s’imposent plus comme des préalables incontournables au maintien résidentiel de ces populations ni à leur circulation.

L’invention des « beurs », ces jeunes français originaires du Maghreb et vivant des trajectoires sociales et économiques ségrégatives, en France dans les années 80, définis comme « orphelins » de pères inassimilables, et donc relevant d’un grand dessein d’intégration, apparaît aujourd’hui à ces populations comme un subterfuge développé par des autorités désemparées de ne pouvoir façonner les destins de ces jeunes : leurs pères, soi-disant absents, créaient alors toutes les conditions nécessaires au déploiement actuel. Ils provoquaient le basculement du modèle d’intégration des diasporas, fidèles à leurs origines certes, mais rapidement assimilées par la vie économique -sur le mode de la complémentarité (Alain Médam, 1993)- , sociale et politique, vers un nouveau modèle de collectifs migratoires.

C’est encore le cas pour les transmigrants afghans, qui se délestent d’une grande partie des produits électroniques qu’ils transportent auprès d’une population migrante –relais à Sofia, les Syriens, anciens étudiants, fils de bazaris de Damas, demeurés en Bulgarie après 1990. Les revenus des reventes des produits électroniques, à Sofia et bien ailleurs en Europe, sont réinvestis dans des réhabilitations de quartiers de centre-ville longtemps délaissés par l’urbanisme socialiste. Ces logements sont loués à des loyers abordables (60 à 80 euros) à des Bulgares de Sofia expulsés de leurs logements de banlieue par les mafias locales12.

Habiter

Résidences uniques pour les uns, résidences d’étape pour les autres, des formes communautaires d’habitat se manifestent de plus en plus nettement à Arles, à Nîmes, à Avignon, à Montpellier, à Perpignan, pour ne parler que du Midi français, mais aussi à Barcelone, à Valencia, à Alicante, Grenade et Almeria, pour ne parler que du Levant espagnol. Dans telle cité de Perpignan, quatre-vingt seize familles sur cent neuf sont marocaines et quarante sept d’entre elles possèdent, stationnés sur les parkings, au bas des appartements, les véhicules aménagés pour les aller-retours bi-mensuels, cependant qu’un quartier du centre de cette ville voit depuis cinq années l’ouverture de commerces et d’entrepôts liés à Marseille : cinq en 1995, huit en 1997, seize en 2001. A Montpellier les quartiers de La Paillade et du Petit Bard évoluent de la même façon. Lors des grandes émeutes de 2005, dans les banlieues françaises, les cités d’habitat social du midi méditerranéen ne bougent pas : chaque nuit parents et adolescents veillent au calme auprès de leurs fourgons de transport de marchandises… A Crévillente, près d’Alicante il devient difficile d’arrêter un chiffre, tant le dynamisme des ouvertures d’établissements est manifeste, quarante cinq commerces depuis 1997 pour cette seule petite ville, assortis de boucheries traditionnelles, boulangeries, épiceries, barbiers et coiffeurs, restaurants, tenus par des Marocains et des Algériens, car Alicante toute proche est un carrefour vers le Maroc, par l’autoroute, et vers l’Algérie, par la voie maritime vers Oran.

Dans les concentrations résidentielles, les normes cultuelles, culturelles et sociales des sociétés d’origine sont particulièrement présentes et soumettent les sociabilités des enfants, des adolescents et des adultes à de strictes règles de cohabitation. Un fort effet de contraste concerne donc les sociabilités développées par les mêmes collectifs dans leurs étapes résidentielles et lors de leurs circulations et transactions commerciales : l’affirmation forte des valeurs religieuses et des divers marquages ethniques dans les zones résidentielles, disparaît de l’espace des transactions commerciales où la parole donnée, qui fait contrat et solidarité s’exprime quelles que soient les origines, où les barrières des affirmations identitaires locales font place à une grande porosité des altérités.

Nous avons, en France et en Espagne, rencontré de nombreuses situations où un troisième lieu, l’espace public des rues des centres-villes, prolonge ces porosités des altérités parmi les jeunes hommes. Ainsi se nouent, de Grenade à Marseille, des amitiés entre Marocains, Algériens, Tsiganes, jeunes « autochtones » sans emploi, et personnes d’origines diverses sans domiciles, routards, néo-ruraux de la pauvreté, …, qui aboutissent à la mise en commun de connaissances acquises dans les circulations pour trouver, en équipe, des travaux saisonniers le long des espaces méditerranéens, pour saisir l’opportunité de telle ou telle manifestation, pour faire circuler des produits interdits ou non, etc. .. .Les jeunes Marocains jouent un rôle de premier plan dans ces décloisonnements. Lors des remontées du Maroc, il leur arrive souvent de faire étape dans une ville du littoral méditerranéen et d’y nouer des relations d’amitié dans divers milieux ; de retour dans leur ville de résidence, ils font profiter d’autres jeunes des opportunités créées par ces rencontres.

Réseaux de produits d’usages licites et réseaux de produits d’usages illicites

L’amalgame, entretenu par les médias et certains politiciens, selon lequel les réseaux hébergeant des commerces de produits d’usage licite, tapis, électroménagers, électronique, vêtements, pièces de rechange automobile, et ceux véhiculant divers psychotropes, ou encore des armes, formeraient un unique dispositif est largement erroné. La confusion repose sur le caractère souterrain de ces économies, sur le fait que parmi les produits d’usage licite bon nombre sont des contrefaçons ou sont acquis en dehors des règles fiscales propres à chaque pays, et enfin sur la présence rare mais réelle de grands délinquants dans les lieux de commerce des migrants. Mais tous les membres de ces réseaux savent parfaitement distinguer les risques de criminalité des simples délits attachés à leurs activités. La « frontière » passe bien par le caractère licite ou non de l’usage du produit ; c’est ainsi que, lors des remontées certains n’hésitent pas, sans transgresser la parole donnée, à transporter puis commercialiser des contrefaçons de vêtements cousus en Algérie ou au Maroc, généralement griffés en Espagne, en France ou en Italie; délit certes, mais de nature non criminelle.

L’enrichissement lié à ces trafics est produit par le savoir circuler et faire circuler des marchandises entre pays riches et pays pauvres ; communes ici, rares là-bas, les marchandises sont revendues avec des bénéfices excèdant des diverses taxes fiscales impayées les marges obtenues par les commerçants qui, dans les pays de destination, arrivent à les proposer à la vente. Le savoir passer les frontières et contourner les dispositifs fiscaux des différents Etats est ainsi productif de forts bénéfices pour ces migrants qui ne peuvent envisager immédiatement l’ouverture d’un commerce « officiel ». Ces commerces internationaux sont à l’abri des effets des situations de crise : lorsque l’économie se dégrade dans un pays riche, elle subit des contrecoups bien plus graves dans les pays pauvres et dépendants : l’écart se creuse alors, comme les bénéfices réalisés par ces migrants commerçants. Lors des voyages aller, les « vraies-fausses » pièces de rechange de voitures, toutes marques européennes confondues, fabriquées artisanalement dans le Piémont italien, abonde. Parfois même, avec l’accord d’un « notaire informel » afin d’obtenir des papiers, des véhicules passent illégalement les frontières, mais les grands trafics de voitures, même si leur destination est l’Afrique, le Moyen-Orient ou l’Europe de l’Est, sont dans les mains d’autochtones de chaque pays européen, oeuvrant avec des groupes de délinquants, et concernent très peu les migrants commerçants.

Les réseaux de migrants passent plutôt un véhicule de temps à autre en obtenant des attestations de présence sur le territoire de durée suffisante pour ne pas payer de droits de douane ou de taxes à l’arrivée. La caractéristique même de ces réseaux est leur grande lisibilité, du ou des lieux de chargement aux lieux de livraison ou de vente. Le problème commercial de chacun est de fidéliser une population dans le quartier ou le village d’origine et de la livrer dans les meilleures conditions afin de pérenniser ces activités. Les « notaires informels » veillent à éviter des chevauchements d’influence et des concurrences trop conflictuelles. Par contre la caractéristique première de l’organisation des réseaux de produits d’usage illicite réside dans l’opacité, la fermeture rapide et à courte distance des identifications en cas de risque. Il s’agit de deux formes de réseaux incompatibles. Toutefois, très momentanément, nous le verrons plus loin, lorsque les notaires informels ne tiennent pas leurs rôles, des confusions entre réseaux ont pu se produire.

Les écarts aux règles régissant les activités des migrants commerçants concernent surtout deux types de compromission : en premier lieu une association trop étroite avec certains fournisseurs indélicats, tels des  voleurs de chargement de camions, qui opèrent dans les diverses nations européennes et essaient de vendre rapidement à des commerçants circulants -nos migrants ou encore des professionnels de marchés publics- les marchandises dérobées. Ensuite, et en particulier pour les Marocains, la remontée de cannabis. Il s’agit toujours de petites quantités, quelques centaines de grammes, qui servent de monnaie d’échange aux jeunes lors de séjours dans des villes espagnoles pendant les remontées, ou de trafics de voisinage dans les lieux de résidence. « Tu restes debout place del Pi ou Place Réal à Barcelone, et sans avoir à faire un seul geste, à dire un seul mot, tu es abordé toutes les deux minutes par un espagnol ou un touriste qui cherche du H. Tu vends un peu, pour vivre quelques jours, tu te fais des amis et tu gardes un peu du reste, quelques grammes pour pas être trop embêté à la douane, pour les copains de Nîmes » nous dit un adolescent marocain accompagnateur habituel de son oncle. Des écarts rares ont pu être observés : telles familles en région parisienne et lyonnaise s’étaient spécialisées dans le passage et la revente de psychotropes ; leurs appartenances aux réseaux commerciaux les ont perdues, des concurrents ayant rapidement averti les « notaires informels » du changement de destination et d’activité, des marchés urbains vers de petites exploitations agricoles du Rif. Les dénonciations sont alors rapides.

Ce fonctionnement des réseaux correspond aux observations que nous avons pu faire dans nos enquêtes entre 1985 et 1997 ; depuis cette dernière date toutefois des phénomènes nouveaux se manifestent, apparemment liés à la conjonction entre l’ouverture de l’espace communautaire -dit espace Schengen- et l’installation des réseaux en Espagne et en Italie, qui ne sont plus seulement désormais des pays de traversée.

Mes travaux récents sur les transmigrations d’Afghans, des Baloutches surtout, jusqu’en Europe balkanique, via l’Iran et la Turquie, par Trébizonde (Trabzon) ou bien l’Azerbaïdjan et la Géorgie, via Poti, nuancent un peu les observations faites auprès des Marocains : ces Afghans, au cours de tournées qui durent de six à douze mois, se chargent, dans les ports de Trabzon ou de Poti, de produits électroniques fabriqués dans le Sud Est asiatique et commercialisés, hors règles OMC, par Dubaï ou Koweït City. L’irrégularité de leurs rythmes de circulation, au regard des demandes constantes des marchés qu’ils desservent (Turcs transitant vers l’Allemagne, Polonais, Syriens, Albanais,…) m’a longtemps intrigué, jusqu’à ce que je découvre que ces déplacements sont rythmés par les étapes culturales des plantations de pavot à opium, qui se développent tout au long de leurs espaces migratoires13. Par groupes de six à huit les Afghans se louent auprès des cultivateurs locaux afin de planter les graines en poquet, sélectionner et repiquer les pousses quatre mois plus tard, surveiller la maturité des bulbes, trois mois après, puis les inciser, récolter la laitance et effectuer le premier conditionnement de la pâte d’opium ainsi obtenue.

Ces migrants se louent comme ouvriers agricoles et gagnent ainsi quelques très modestes salaires qui remboursent leurs déplacements et permettent quelques envois de liquidités à leurs familles. Avec deux plantations annuelles, de printemps et d’automne, et les décalages liés aux expositions différentes, cela désigne une douzaine de dates possibles pour la migration. Les transmigrants Afghans ne participent pas à la transformation en morphine et en héroïne ni à la commercialisation de ces psychotropes, prises en main par des mafias turco-italiennes ou turco-russes. Par contre l’argent du blanchiment des reventes de ces produits permettent de baiser encore des prix très avantageux des produits électroniques transportés par les Afghans à partir de Turquie ou de Géorgie vers la Bulgarie.

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