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Vaucluse : « Marion Maréchal-Le Pen réorganise la droite locale autour d’elle »

Mondrian_Pier_Ocean_1915-1Propos de Joël Gombin recueillis par Abel Mestre, "Vaucluse : « Marion Maréchal-Le Pen réorganise la droite locale autour d'elle »", Le Monde, 14 janvier 2014.

Pourquoi le FN est-il implanté dans le Vaucluse et le Gard ?

 Joël Gombin : Il y a des raisons sociologiques à ce poids de l'extrême droite. Ce sont des départements d'arrière-pays méditerranéen et avec une vallée du Rhône qui est historiquement un haut lieu d'activités économiques – expédition agricole et transformation agroalimentaire – mais aussi d'urbanisation de petites et moyennes villes. La structure sociale est donc à la fois populaire et dominée par le poids des indépendants, agriculteurs et petits entrepreneurs. D'ailleurs, en 1956, le Vaucluse est déjà le département dans lequel les listes Poujade obtiennent leurs meilleurs scores au niveau national.

L’agriculture étant essentiellement maraîchère et fruitière, le tissu économique a été extrêmement fragilisé par l’ouverture du marché. Il y a aussi une forte population rapatriée d’Algérie.

Quels sont les facteurs de vote pour l’extrême droite ?

Beaucoup d’électeurs du Front national traduisent les difficultés économiques par une hostilité de principe à l’égard de l’immigration. Ce qui n’est pas sans ironie car toute l’agriculture locale fonctionne grâce au recours à la main-d’œuvre immigrée d’Afrique du Nord. Le discours d’hostilité à l’immigration est extrêmement net et récurrent. C’est une sorte de métaphore.

L’UMP porte-t-elle une responsabilité dans les scores de l’extrême droite ?

Dans le Vaucluse, l’UMP est totalement délitée, on le voit avec l’élimination de toute une génération qui a tenu le RPR pendant des années. Je pense à Thierry Mariani, qui est parti dans une autre circonscription ; ou Jean-Michel Ferrand, qui a été battu en 2012 ; ou enfin Marie-Josée Roig, la maire d’Avignon, qui, elle, est en fin de règne. Et quand il y a une relève, comme Julien Aubert, elle est accueillie à la kalachnikov par les notables locaux. M. Aubert est d’ailleurs sur une ligne idéologique et stratégique assez ambiguë : d’un côté, il dit qu’il est gaulliste et de l’autre, il est très radical.

Y a-t-il des contacts entre droite et extrême droite ?

Il y a énormément de mouvements entre l’UMP et l’extrême droite. La fédération UMP n’étant plus tenue, son étiquette est dévalorisée. L’UMP disparaît totalement à la fois par la base, qui est très attirée par les thèmes de l’extrême droite, et par le haut, avec des élus qui disparaissent. Le vide politique est alors rempli en partie par le FN et le parti de Jacques Bompard, député et maire d’Orange .

Dans un département comme le Vaucluse, on va voir une recomposition qui se joue au niveau des militants et des petits cadres. Ce qui est important, c’est le travail que Marion Maréchal-Le Pen fait depuis son élection à l’Assemblée et son arrivée à la tête de la fédération du Vaucluse. Elle réorganise la droite locale autour d’elle, en bonne entente avec Jacques Bompard. Ils ont en ligne de mire l’élection d’un sénateur.

Il ne faut pas oublier les élections départementales de 2015. Le département est aujourd’hui à gauche, mais il y a peu de chances que cela demeure ainsi. Se pose donc la question d’une éventuelle cogestion droite-extrême droite.

Cette situation est-elle spécifique au Vaucluse ?

Non, les dynamiques sont les mêmes que dans le Var, les Bouches-du-Rhône ou les Alpes-Maritimes, mais le processus est plus avancé dans le Vaucluse, où il n’y a pas de Jean-Claude Gaudin ni de Christian Estrosi. Cela joue.

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