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Black M., lieu de mémoire et horizon d’attente

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Source inconnue

Par Nicolas Lebourg

Comme de coutume, la polémique vire au tragi-comique. Après quelques jours d’agitation autour de l’annonce d’un concert de Black M en vue de commémorer la bataille de Verdun, voici celle quant à son annulation. Le Front national s’en attribue le mérite, alors qu’il a suivi le mouvement. Le secrétaire d’État aux Anciens combattants, Jean-Marc Todeschini, s’est quant à lui ému en estimant que cette déprogrammation constituait «un premier pas vers le totalitarisme, vers le fascisme».

Pourtant, par-delà les réactions épidermiques, se joue quelque chose de plus profond, qui a à voir avec le rapport de la France a son histoire et l’incompréhension qu’en ont les gouvernants.

Certes, il y a d’abord la question de la nature ou non raciste de la bronca suscitée. Si cet aspect fut souvent manifeste sur les réseaux sociaux, le FN a quant à lui affirmé que c’était au nom de la solennité et du respect dû aux morts pour la patrie qu’il s’opposait à un concert de «rap» (terme peu heureux pour désigner Black M, qui est à Public Enemy ce que Jean-Marie Le Guen est à Jean Jaurès).

Le fait de choisir un artiste noir pour une commémoration nationale et populaire n’est pas une première. Lors du bicentenaire de la Révolution française, en 1989, l’un des moments forts du spectacle fut l’interprétation de La Marseillaise par la cantatrice américaine Jessye Norman, habillée d’un drapeau français.

Bruno Mégret, numéro 2 du FN de cette époque, s’était ouvertement ému de la problématique raciale:

«Le 14 juillet, c’est la fête de la nation française et […] la France n’est pas noire. [Le choix] systématique des figurants noirs [ou le fait que soit] noire la cantatrice pour interpréter la Marseillaise [est la preuve de la] volonté de déracinement ethnique, volonté de métissage culturel […], les Noirs ont rendu le monde plus perméable, [ils ont été] mis à l’honneur (…) comme agents privilégiés du cosmopolitisme.»

Il n’est pas impossible que ce raisonnement soit le non-dit d’aujourd’hui pour ceux qui fantasment sur «le grand remplacement». Néanmoins, on ne saurait de bonne foi limiter à cette seule raison l’opposition qui s’est manifestée.

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