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Les Anciens astronautes sur une chaîne historique

prometheus_and_god_based_on_michela_1223356809.1024x0Par Stéphane François

Une chaîne télévisée qui prétend à la rigueur historique, History Channel, a diffusé une série de documentaires (« Ancient Aliens ») qui a fait la part belle aux thèses soutenant la véracité des « anciens astronautes ». La série a depuis été reprise par RMC Découverte. Pour la déconstruire ? Que nenni ! Le problème est bien là. Mais avant toute chose, il faut répondre à deux questions : Qu’est-ce que la théorie des « anciens astronautes » ? Et pourquoi cela pose-t-il problème ?

Selon Erich von Däniken (né en 1935), un auteur autodidacte et principal promoteur de cette thèse dans les années 1960, qui publia plusieurs best-sellers dans ce domaine (en particulier Présence des extraterrestres, paru en 1968 chez Robert Laffont), les récits religieux ne seraient que des retranscriptions écrites de ce dont les hommes de l’Antiquité, ou de la préhistoire, auraient été témoins : simplement des descriptions de rencontres du « troisième type », des « paléovisites » d’extraterrestres que les hommes de la préhistoire et de l’Antiquité ont pris pour des dieux.

C’est ce qu’on appelle le « néo-évhémérisme », un néologisme tiré du nom d’Évhémère, ce penseur de la Grèce antique qui soutenait que tous les dieux du Panthéon n’étaient que des personnes admirables ayant laissé une trace dans la mémoire des hommes. Däniken fait aussi des fondateurs de religions soit des extraterrestres, soit des « contactés ». Pourtant, paradoxalement, Erich von Däniken, n’est pas un ufologue à proprement parler : il ne traite jamais des ovnis dans ses textes. Et ses extraterrestres sont souvent des grands blonds, et non des « non-humains » (il ne faut pas effrayer le lecteur quand même…).

Selon lui, tous les textes sacrés relatent des contacts avec des extraterrestres et nos religions ne seraient que des souvenirs lacunaires de leurs passages sur Terre. Il affirme par exemple que les extraterrestres ont laissé une trace dans l’Histoire, à travers certains mythes et certains sites archéologiques. Ce type de théorie permet d’expliquer ce qui semble mystérieux dans l’état actuel de nos connaissances : les terrasses cyclopéennes de Baalbek au Liban, la construction des pyramides égyptiennes, les lignes ou géoglyphes de Nazca au Pérou, etc. Toutefois, ce discours peut avoir une connotation ouvertement raciste en déniant la capacité de ces différents peuples à bâtir les vestiges cités. Enfin, le genre humain serait, selon lui, né d’une manipulation génétique d’extraterrestres sur des hominidés. Ce serait le fameux « chaînon manquant » de l’évolution humaine. Pour défendre ses positions, il a fondé en 1973 l’Ancient Astronaut Society, qui compterait des membres dans 76 pays ( !).

Cette idée, il l’a reprise en partie au best-seller de Jacques Bergier et Louis Pauwels, Le Matin des magiciens, paru en 1960. Bergier et Pauwels y affirmaient que les vestiges cyclopéens des civilisations amérindiennes étaient dus à des extraterrestres géants et de race blanche (les « Fils du Soleil »). Par la suite, Ce thème a été développé dans la revue née de ce succès, Planète, une revue pas franchement scientifique, voire même plutôt anti-scientifique, mais qui tirait parfois à 100 000 exemplaires.

Outre Däniken, ces théories ont servi de fonds de commerce à un grand nombre d’auteurs, souvent plus mauvais les uns que les autres, dans les années 1960 et 1970. Durant cette période, le moindre inconnu publiant dans ce domaine pouvait espérer voir son livre dépasser les soixante-dix mille exemplaires. C’est ce que l’anthropologue Français Wiktor Stoczkowski appelle la « dänikenite ». Et le plus atteint de cette « dänikenite » est le gourou Claude Vorilhon, plus connu sous le nom de Raël : il attend depuis les années 1970 le retour des « anciens astronautes » et défend l’idée selon laquelle le genre humain est né de manipulations génétiques.

Évidemment, les thèses de Däniken ont été condamnées par des archéologues, en particulier par Jean-Pierre Adam et Jean-Loïc Le Quellec ; dès le début des années 1970 pour le premier (L’Archéologie devant l’imposture, Robert Laffont, 1975 ; Le Passé recomposé. Chroniques d’archéologie fantasque, Seuil, 1988), au début des années 2000 pour le second (Des Martiens au Sahara. Chroniques d’archéologie romantique, Errance, 2009). Ce qui montre quand même une sacrée persistance de ces thèses. Wiktor Stoczkowski les a même étudiées et a tiré un livre de ses recherches : Des hommes, des dieux et des extraterrestres (Flammarion, 1999).

Qu’une chaîne de télévision qui se prétend sérieuse passe une telle série de documentaires, qui valide ce genre de théories, ça ne fait pas trop sérieux, non ? On en est quand même à la sixième saison ! Les deux archéologues précités ont montré, de manière magistrale, que les principaux arguments « scientifiques », mettons des guillemets, ne tenaient pas la route le moins du monde… Bref, ces thèses sont sympathiques pour faires des scénarios (de films, de bédés, de jeux, etc.), mais de là à les prendre pour argent comptant…

Cela montre néanmoins deux choses : premièrement, les occidentaux ne sont plus capables de comprendre leurs mythes et leurs symboliques religieuses ; deuxièmement, que ce type de discours n’est en rien scientifique mais relève plutôt du discours occultiste… Un occultisme qui est dorénavant inscrit dans la popculture et dans le flux médiatique constant.

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