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Le Style du Front national à Marseille et Perpignan

Source : œuvre d’Alexandre Guillaume, Flickr.

Sylvain Crépon et Nicolas Lebourg, « La présence immigrée dans les stratégies et les discours de campagne du Front national à Marseille et Perpignan », dans Jérôme Fourquet dir., Jérôme Fourquet dir., Karim vote à gauche et son voisin FN. Sociologie électorale de « l’immigration », préface de Gilles Finchelstein, Fondation Jean Jaurès, Paris, L’Aube, La Tour d’Aigues, 2015, pp. 169-178.

Comme on vient de le voir, la cartographie des résultats électoraux contredit certaines idées reçues concernant le vote FN à Marseille et Perpignan, deux villes emblématiques de l’ancrage frontiste dans le sud. Si cet ancrage est une réalité auprès d’un électorat populaire établi à proximité de quartiers où vivent d’importantes populations d’origine immigrée, comme la plupart des observateurs l’ont jusqu’ici montré, le vote FN peut aussi être puissant dans des zones où le foncier est élevé et sans contact multiculturel1.

C’est donc que le discours sur l’immigration n’est pas simple-ment un item programmatique, mais mobilise un objet qui est une mythologie, au sens sorélien du terme. Parler des conséquences des phénomènes migratoires permettrait de mobiliser et de légitimer le vote FN auprès d’un électorat qui ne côtoie pas directement ces populations comme auprès de celui qui réside à proximité des quartiers à forte proportion de population arabo-musulmane. Néanmoins, entre les cas perpignanais et marseillais, le propos des candidats Front national aux municipales varie selon la démographie urbaine et le profil de la tête de liste – nonobstant le fait que les deux ont fait une campagne modeste, au premier chef le Marseillais. Stéphane Ravier assume une conception ethno-culturelle de l’identité, et use d’un discours radicalisé de dénonciation de l’immigration et de la classe politique s’inscrivant ainsi dans la tradition d’agitation contestataire du Front national. Louis Aliot tient quant à lui un discours assimilationniste et plus consensuel, qu’on pourrait rapprocher de la campagne de 2007 de Nicolas Sarkozy.

De ce point de vue, la comparaison des affiches utilisées ne souffre pas d’équivoque. À Perpignan, une seule affiche a été éditée. Elle représente Louis Aliot dans un visuel qui est un clin d’œil à l’affiche de « La force tranquille » de François Mitterrand, et précise la profession d’avocat de la tête de liste (profession qui est aussi celle du maire sortant UMP Jean-Marc Pujol). À Marseille, des affiches Front national présentent un faux diplôme de « grand architecte de l’islamisation » décerné au maire UMP sortant, Jean-Claude Gaudin, ou une autre : « Pas de racailles dans nos quartiers.Pas de quartier pour les racailles », correspondant à la coutumière rétorsion de l’agit-prop des extrêmes gauches pratiquée par l’extrême droite radicale2.

.L’approche de la question migratoire par ces deux candidats n’est pas univoque. Quoique d’importance très inégale, quatre éléments peuvent être dégagés : a) l’usage de la mémoire de la guerre d’Algérie ; b) la question tzigane ;c) la problématique immigration-présence de populations originaires des mondes arabo-musulmans qui engendre-rait l’insécurité et l’islamisme ; et d) découlant de cela, la dénonciation de la collusion entre immigration et clientélisme. Les deux dernières sont, à l’évidence, essentielles,mais, dans la construction de leur offre politique, les candidats n’ont pas mésestimé les deux premières. Se dessine alors une guerre de tous contre tous (guerre des mémoires,des communautés, du peuple et des élites) que seul l’avènement du Front national serait censé pouvoir stopper.

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2La version originale est la slogan d’ultra gauche : « Pas de fascistes dans les quartiers. Pas de quartier pour les fascistes ».

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