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Qui sont les écologistes d’extrême droite ?

Source : oeuvre de Kris Kuksi.

Première parution : Stéphane François, « L’écologie est devenue un enjeu de l’extrême droite occidentale depuis les années 2000 », Le Monde, 28 août 2019.

Patrick Crusius, le tueur d’El Paso, aux Etats-Unis, qui a fait 20 morts le 3 août, ainsi que Brenton Tarrant, l’auteur du massacre de Christchurch en Nouvelle-Zélande, qui a tué 51 personnes le 15 mars, ont tous deux justifié leurs actes par une référence à l’écologie. Tarrant est allé jusqu’à promouvoir un « écofascisme » dans son manifeste. De fait, il existe une écologie d’extrême droite depuis la fin du XIXe siècle, notamment en Allemagne. Cette forme d’écologie est donc plus ancienne que le national-socialisme. Certains nazis, Adolf Hitler lui-même, le ministre de l’agriculture et général SS Richard Walther Darré, ou le numéro deux du régime, Rudolf Hess, s’inquiétaient de préserver la nature.

Cette forme d’écologie n’a pas disparu avec la fin du nazisme, bien au contraire : certains cadres dénazifiés, comme le pasteur Werner Georg Haverbeck et Renate Riemeck, médiéviste et ancienne secrétaire du SS Johann von Leers, en firent de nouveau la promotion dans les années 1970. A la même époque, en France, un ancien SS, Robert Dun (de son vrai nom Maurice Martin), a été l’un des pionniers de cette forme d’écologie. En 1995, le vieux militant antisémite et rescapé de la collaboration Henry Coston publie à son compte un libelle intitulé Non ! L’écologie n’est pas de gauche.

Nous pourrions multiplier les exemples français, européens ou même américains. Pourtant, l’écologie ne devient réellement un enjeu majeur de l’extrême droite occidentale qu’au début des années 2000. Durant longtemps, elle fut considérée dans ces milieux comme une idéologie de « gauchistes » ou de « hippies ». Les écologistes étaient parfois qualifiés du doux qualificatif de « pastèques », c’est-à-dire vert à l’extérieur et rouge à l’intérieur…

Ecologie des populations

Pourtant, les thématiques écologistes devinrent plus nombreuses dans les années 1990, où elles fusionnèrent avec des thématiques classiques de l’extrême droite, dont celle du racisme. Cela se retrouve chez Brenton Tarrant ou chez le tueur d’El Paso. Les deux reprennent l’idée que l’écologie est surtout une écologie des populations : les groupes ethniques sont perçus comme des gentités essentialisées se partageant des territoires qui leur seraient propres, eux-mêmes issus des écosystèmes. En ce sens, leur écologie est régie par une « mixophobie », un rejet de l’Autre, de l’Etranger qui doit rester dans son environnement naturel, de la même façon que les espèces animales et végétales ont leur biotope.

Cette vision de l’écologie cache souvent un système de pensée ségrégationniste, tout mélange ou contact entraînant une perte de la différence. Elle implique une politique anti-immigrationniste, les immigrés extra-européens devant retourner « chez eux » pour retrouver « leurs racines » voire, pour les plus racistes de ces ethnodifférentialistes, leur « environnement naturel ». Cette écologie des populations postule logiquement l’incompatibilité des cultures entre elles.

On trouve également dans cette vision une promotion de l’écologie radicale et de l’antispécisme, qu’on constate également dans d’autres formes d’écologie. Là encore, il s’agit d’une vieille tradition de l’extrême droite. L’une de ses théoriciennes fut la militante néonazie française d’origine grecque et convertie à l’hindouisme Maximiani Portas, plus connue sous le nom de Savitri Devi. Ardente néonazie, elle fut également une militante écologiste radicale, publiant plusieurs ouvrages sur le sujet, dont Impeachment of Man, traduit récemment en français sous le titre La Mise en accusation de l’homme (Ars Magna, 2010), qui fait la promotion du malthusianisme et de la réduction de la population mondiale.

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