Nouveau

Hyperion #3 – CRISE : un think tank dont l’influence a été surévaluée

Cet article de Guillaume Origoni est le troisième d’une série qu’il consacre à Hypérion, école de langues parisienne soupçonnée d’être liée aux Brigades Rouges, et d’avoir ainsi joué un rôle central dans la transnationalisation terroriste des années 1970. Le deuxiéme épisode est disponible ici, la série complète là.

S’appuyant sur l’effervescence du milieu intellectuel de la gauche parisienne, certaines structures associatives n’auraient été que des paravents du cerveau politique que constituait Hyperion. Ce prisme analytique fait des intellectuels français des années 1970 et 1980 les « idiots utiles » du terrorisme international (l’épisode le plus récent de cette bienveillance française s’est illustré lors de l’affaire Cesare Battisti qui vivait en France entre 2004 et 20071). Une de ces structures est le « laboratoire » associatif CRISE (Centre de Recherches et d’Investigation Socio Economique), dont la création avait pour objet la recherche sociale, politique et les relations internationales.

Le lien Hyperion – CRISE.

L’enquête publiée dans le livre « Chi Manovrava le Brigate Rosse » représente le Centre de Recherche International Socio Economique (CRISE) comme un des centres névralgiques du terrorisme , relié à Hyperion par ses membres et ses buts.
Le « laboratoire » CRISE, dont la création répond aux désirs de journalistes et intellectuels sont la plupart gravitent autour du quotidien Libération, ambitionnait d’occuper la place d’un Think Tank à la fois alternatif et informel.

Frédéric Laurent alors journaliste dans ce même journal et auteur de l’enquête « l’Orchestre Noir2 » est l’un des membres fondateurs de CRISE. Lors de nos entretiens nous l’avons confronté aux déductions présentes dans l’ouvrage :

« L’exemple est révélateur, les italiens font souvent référence au laboratoire CRISE, or, il se trouve que je fais partie des personnes qui ont crée ce prétendu laboratoire et dans les faits, il n’a jamais véritablement fonctionné. Nous avions l’ambition de créer une revue de haut niveau autour de journalistes de Libération, de chercheurs et d’universitaires. Le projet est resté un vœu pieu ! L’existence effective de CRISE ne dépasse pas une année et je peux vous dire que très rapidement nous avons eu le plus grand mal à subvenir aux frais occasionnés par la location et l’entretien des locaux. Il n’y a eu aucune création concrète dans et par CRISE (…). Je sais qu’il fut souvent fait état du nom de Antonio Bellavit comme trait d’union entre CRISE et Hyperion, mais, à l’époque nous ne connaissions pas l’existence d’Hyperion. Quand Bellavita arrive à Paris ; il veut rompre avec la violence politique et c’est par mon intermédiaire qu’il sera employé par le journal Libération. Nous sommes devenus amis et plus tard, lorsque nous avons appris par la presse l’existence d’Hyperion, ce qui se racontait sur cette école, nous n’y avons accordé aucun crédit »3.

L’amalgame entre Libération et CRISE est fréquent et cette erreur pourrait être mineure si elle ne contribuait pas à l’accentuation d’une lecture inutilement cryptée et occulte des faits. A ce propos, une note émise par les Renseignements Généraux sur Frédéric Laurent, a récemment refait surface dans les ouvrages qui traitent de ou des « centrales du terrorisme international françaises ». Dans cette note que nous avons pu consulter, une partie des renseignements qui y figurent sont erronés.Par exemple, le surnom donné à Frédéric Laurent , « Frédo », n’est pas le sien, mais celui d’un autre journaliste qui collabore à la même époque au journal Libération. Il s’agit en fait de Frédéric Joignot. Il en va de même pour le pseudonyme journalistique « Claude Mathieu », certes utilisé par Frédéric Laurent, mais dont l’utilisation était collective dans le quotidien. Cette même note désigne M.Laurent comme « juif » sans que cette information puisse être rattachée à d’autres éléments qui permettraient de comprendre son utilité?

A ce jour aucune enquête ou recherche n’a pu conduire à l’existence au sein de CRISE d’un projet lié au terrorisme international dont l’origine serait Hyperion. Il convient donc de voir cette association comme un forum dans lequel intellectuels et militants se rencontrent. Sur ce point, aucun des acteurs que nous avons pu interroger, n’oppose un démenti. Il est toutefois indispensable pour reconstruire la véracité des faits de ne pas confondre activisme et terrorisme. Lorsque le juge Priore sous la plume de Silvano de Prospo fait état de liens entre Hyperion, CRISE et l’OLP4, il pourrait être tentant d’y voir une entente occulte, une manoeuvre, une communauté d’intérêts opérationnels. Or, ce lien était revendiqué puisque les locaux de CRISE deviendront par l’intermédiaire de Ilan Halevy une antenne du Fatha à Paris suite aux difficultés financières de l’association5.

Vanni Mulinaris à qui nous avons soumis cet article, nous a indiqué : « C’est en lisant votre texte, que j’entends pour la première fois parler du « Laboratoire Associatif CRISE »6.

Notes

1 Voir à ce sujet l’article publié dans le Monde du 16 Janvier 2011 par Antonio Tabucchi.

2 « L’orchestre noir, Enquête sur les réseaux néo-fascistes », Frédéric Laurent, Nouveau monde, 2016, Paris.

3 « Chi Manovrava le Brigate Rosse . Storia e misteri dell’Hyperion a Parigi, scuola e centrale del terrorismo internazionale » page 186. Silvano De Prospo & Rosario Priore. Ponte Alle Grazie.2011.Milan.

4ibidem

5 Entretien avec Fréderic Laurent le 13 mars 2013.

6 Courrier du 9 Octobre 2013.

 

 


 

Publicités

1 Trackback / Pingback

  1. Hyperion #4 -CRISE : d’Action Directe à Jean-Louis Baudet – Fragments sur les Temps Présents

Commentaires fermés