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« Le FN n’est pas encore un parti de second tour »

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Source inconnue

Propos de Joël Gombin recueillis par Timothée Vilars, « Le FN n’est pas encore un parti de second tour », L’Obs, 3 mars 2015.

L’Obs : Le FN a déjà effacé « l’effet du 11 janvier » dans les intentions de vote. Le parti peut-il être « maître » du scrutin comme l’espère Marine Le Pen ?

Joël Gmbin : Personne n’est vraiment maître de la distorsion apportée par le FN dans le jeu politique, ni le parti ni ses adversaires. Les taux de report sont tellement imprévisibles que le parti devrait à nouveau être un trouble-fête du scrutin.

Pour le formuler autrement, nous avons trois grands blocs politiques – le FN, l’alliance UMP-UDI et le PS – qui s’affrontent dans un mode de scrutin pour deux blocs, ce qui n’est pas favorable au FN. Le système politique français accorde une prime structurelle aux alliances, et cela ne fait pas partie de la stratégie du parti.

Quatre à cinq conseils généraux (l’Aisne, le Vaucluse, le Pas-de-Calais, le Var et l’Oise) sont en position de basculer dans l’escarcelle du FN. Un tel objectif est-il réaliste ?

C’est extrêmement optimiste. Le FN a de vraies réserves de voix à droite, mais beaucoup de seconds tours devraient l’opposer à l’UMP. Les élections cantonales ont traditionnellement un effet de « prime au notable » de nature à profiter à l’UMP. D’autant que contrairement aux européennes, les alliances avec l’UDI seront la norme.

Le FN est un parti de premier tour extrêmement performant – on l’avait déjà observé lors des cantonales de 2011 – mais n’est pas encore un parti de second tour. Il a la capacité de récolter quelques élus, mais sera vraisemblablement en-dessous de son potentiel de premier tour. A moins – mais je ne le crois pas – qu’il ait franchi la barre qui lui permettrait de profiter de l’effet de bascule du système majoritaire. Ce scrutin permettra de le vérifier.

En quoi consisterait cet effet de bascule ?

A terme, le but du FN est de reconfigurer le bloc de droite autour de lui afin de pouvoir dicter ses conditions, ce qui suppose un rapport de forces plus favorable et notamment une UMP affaiblie. Le parti a désormais le choix entre deux stratégies. Il peut d’abord accroître la mobilisation chez les catégories sociales qui lui sont favorables. C’est difficile d’un point de vue sociologique car les jeunes et les ouvriers, chez qui son taux de pénétration est le plus fort, sont deux catégories hétérogènes et extrêmement abstentionnistes.

Le parti peut aussi choisir d’élargir sa base électorale et politique : aux européennes, le FN avait notamment profité de l’absence de réelle alternative souverainiste à droite. Mais cela passera nécessairement par une reconfiguration de la droite en vue de la présidentielle.

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