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Miguel Serrano, un diplomate entre pensée völkisch et « lunatic fringe »

Miguel Serrano est né en 1917 et mort le 28 février 2009. Ce diplomate chilien est, selon l’universitaire américain Jocelyn Godwin, « une figure majeure »1 de l’ésotérisme d’extrême droite. En effet, il a joué un rôle important dans l’élaboration, après la Seconde guerre mondiale d’un ésotérisme nazi ainsi que d’un néo-paganisme nazi2. Cependant, son influence ne s’est pas limitée à ces milieux radicaux et marginaux. Parmi ses lecteurs, nous trouvons des personnes évoluant dans les milieux New Age, d’autres intéressées par les questions de spiritualité et enfin des amateurs de ses romans. Sa mort récente nous donne l’occasion de revenir à la fois sur cet étrange personnage et sur son parcours idéologique atypique.

Éléments biographiques

Miguel Juaquin Diego del Carmen Serrano Fernandez est né dans une famille d’intellectuels et de diplomates. Dans un premier temps marxiste, il rejoignit, en 1938, le Movimento Nacional Socialista de Chile (« Mouvement national-socialiste du Chili »), les nazis chiliens, après leur coup d’État avorté. Ce parti était dirigé par Jorge Gonzáles von Mareés. De son propre aveu, Serrano a été impressionné par la mort, lors de cette tentative, de soixante-deux de ces militants3, tués par la police et l’armée chiliennes. Cependant, selon Goodrick-Clarke, il ne devient antisémite qu’à la suite de la lecture du fameux faux antisémite, Les Protocoles des Sages de Sion, en 19414. En effet, avant 1941, les nazis chiliens, Serrano compris, n’étaient pas antisémites, leur ennemi étant avant-tout le marxisme. Par contre, suite à la lecture des Protocoles, Serrano le devint radicalement. Durant la guerre, Serrano entretient des relations avec les ambassades des forces de l’Axe et édita une revue qui leur était favorable, La Nueva Edad (« L’Âge nouveau »), qui publiait de la littérature conspirationniste, donnée par un SS de l’ambassade allemande à Santiago.

Nicholas Goodrick-Clarke voit les prémisses de l’engagement de Miguel Serrano dans son enfance ainsi dans son environnement social. En effet, il aurait suivit une scolarité dans un établissement dans lequel enseignaient des officiers prussiens. Or, ces immigrés allemands, ainsi que des chiliens descendants de colons blancs, ont créé une idéologie raciste et ségrégationniste dans laquelle les origines nordiques jouent un grand rôle. Ainsi, Serrano pensait qu’il descendait d’Aryens implantée dans le Nord de l’Espagne5. Il adhéra à des spéculations « ésotérico-völkisch »6 apportées par un immigré allemand, connu sous les seules initiales « F. K. », et arrivé au Chili au début du XXe siècle. Cet immigré est vite devenu un gourou, le « Maître » d’un supposé « Ordre Brahmanique chilien », autour duquel s’est formé un groupe. Ce dernier pratiquait une forme de magie sexuelle ressemblant aux pratiques de l’Ordo Templis Orientis de Kellner et d’Aleister Crowley7. Ce groupe pratiquait aussi le yoga, une pratique peu commune à l’époque. Le gourou de ce groupe voyait en Hitler le rédempteur de la « race aryenne ». Ces spéculations se mêlèrent chez Serrano à une vision particulière de la volonté de puissance nietzschéenne et à des brides de psychologie jungienne.

Après la guerre, Serrano entama une carrière d’écrivain. Ses textes furent alors, selon Goodrick-Clarke, « caractérisés par une grande puissance d’imagination, un riche symbolisme et la mythologie complexe des habitants du Chili »8. Serrano profita de la fin du conflit pour faire du tourisme engagé en Europe. Ainsi, en 1951, il visita les ruines du bunker de Hitler, se promena le long de la prison de Spandau où était enfermé Rudolf Hess et se rendit au Berghof avant sa destruction. C’est durant ce voyage de militant qu’il se lia avec l’écrivain pacifiste et Prix Nobel Hermann Hesse.

En 1953, il se plia à la tradition familiale et devint diplomate, avec l’objectif d’être envoyé en Inde, source essentielle de savoir ésotérique selon lui. Cette même année, il y fut nommé ambassadeur et resta en poste jusqu’en 1962. Il profita de cette affectation en Inde pour visiter des sanctuaires himalayens, rencontrer des gourous et s’initier au yoga. Durant le même temps, il se lia avec Nehru et sa fille, Indira Gandhi, ainsi qu’avec l’actuel Dalaï Lama, Tenzin Gyatso. Par la suite, il fut nommé ambassadeur en Autriche entre 1964 et 1970. Durant cette affectation, Serrano entretint des relations suivies avec des nazis comme Léon Degrelle, Otto Skornezy, Hans-Ulrich Rudel and Hannah Reitsch et rendit visite à l’ésotériste d’extrême droite Julius Evola et à l’archéologue völkisch Herman Wirth. Enfin, il discuta avec l’écrivain fasciste Ezra Pound et se lia d’amitié avec l’ex SS Saint-Loup (pseudonyme de Marc Augier). Parallèlement à ses activités d’ambassadeur, Serrano représenta le Chili au sein de différentes organisations internationales. Mais surtout, il continua de publier des ouvrages traitant de sujets ésotérico-symboliques : Las Visitas de la Reina de Saba9 ; La Serpiente del Paraíso10 et surtoutEl círculo hermético, de Hesse a Jung11 dans lequel il raconta son amitié avec le psychanalyste et l’écrivain.

Cependant, l’amitié qui l’aurait lié à Hesse et à Carl Gustav Jung est peut-être à relativiser, surtout avec Jung. En effet, Serrano va dévorer à compter de 1947 l’œuvre du psychanalyste suisse et va estimer qu’il existe une similitude entre l’approche jungienne et ses thèses. Dès lors, il cherchera à le rencontrer. Ce qu’il fera en 1959. Il rencontrera un Jung vieillissant, âgé de 84 ans. Les deux se rencontreront en tout et pour tout que quatre fois entre 1959 et mai 1961, en plus d’un échange épistolaire. Jung avait l’habitude de débattre avec un certain nombre de personnes et les relations avec Serrano ne sortent pas du lot. C’est surtout ce dernier qui gonflera l’importance de ces relations dans son livre, traduit en français sous le titre G. Jung et Hermann Hesse, récit de deux amitiés12. Jung n’en préfacera pas moins la traduction anglaise de Las Visitas de la Reina de Saba, The Visits of the Queen of Sheba13.

Serrano sera limogé en 1970 par le président nouvellement élu, Salvador Allende. Son limogeage par un président marxiste radicalisera son engagement politique : il y vit la concrétisation de sa vision conspirationniste, née de la lecture des Protocoles. Il quittera le Chili et s’installera alors dans l’ancienne maison d’Hermann Hesse, dans le Tessin en Suisse. Il ne retournera au Chili qu’après le coup d’État du général Pinochet, sans pour autant avoir de la sympathie pour le nouveau régime : « La junte fut un désastre pour le Chili. […] Les militaires chiliens aidèrent à réprimer le coup d’État nazi de 1938 et Pinochet a aidé les juifs et les supercapitalistes à s’emparer du Chili. J’ai toujours été ouvertement contre Pinochet […] »14. De ce fait, il ne retrouvera pas son poste d’ambassadeur.

Il publiera alors plusieurs textes importants, notamment sa trilogie sur Hitler : Hitler. El Cordon Dorado15 ; Adolf Hitler. El Ultimo Avatâra16et Manu : « Por el Hombre que Vendra »17. Le second ouvrage de cette trilogie, Adolf Hitler. El Ultimo Avatâra, dédié « À la gloire du Führer, Adolf Hitler », est une somme de 600 pages qui peut être considéré comme le testament philosophique de Serrano. Surtout, il montre la grande culture de Serrano. Il s’agit, selon Godwin, « l’exposé moderne le plus complet qui ait été écrit sur la philosophie thuléenne »18. Conjointement à cette trilogie, Serrano publiera des ouvrages ouvertement néonazis19, dont un en l’honneur de Léon Degrelle, Nuestro Honor se Llama Lealtad20. Il écrira aussi six ouvrages traitant du yoga, du tantrisme ou de l’amour magique. Serrano va élaborer au travers de son œuvre une cosmologie déroutante pour l’observateur mais cohérente et complexe, dont nous allons expliquer les grandes lignes.

L’« hitlérisme ésotérique »

Serrano assimile durant son exil en Suisse la littérature née des spéculations sur l’« histoire mystérieuse », fort à la mode dans les années soixante-dix, qui faisait de Hitler un initié et du nazisme une société secrète. L’« histoire mystérieuse » est un genre apparu dans les années soixante à la suite de la publication du Matin des magiciens. Il s’agit d’une tentative de réécriture de l’histoire et des civilisations au travers d’un prisme particulier : le désir de tout élucider, surtout par des spéculations irrationnelles ou pseudo-scientifiques, dont l’ufologie. Le succès fut immédiat. Cet engouement dura jusqu’à la fin des années soixante-dix et toucha tout l’Occident. En France, les collections les plus représentatives de ce genre ont été les « Énigmes de l’univers » des Éditions Robert Laffont et « L’aventure mystérieuse » de J’ai lu, collection de réédition en format poche de best-seller dans ce domaine, mais aussi de textes originaux. Ces collections publieront, outre des livres sur le trésor de Rennes-le-Château, les Templiers et autres textes sur les mystères de l’histoire, un grand nombre de livres sur les « Anciens astronautes », sur l’« occultisme nazi » et sur les ovnis.

Cette littérature va lui permettre d’élaborer son concept d’« hitlérisme ésotérique », en germe depuis les années quarante. Ses thèses sont en effet constituées d’un bricolage mythologique, au sens défini par Lévi-Strauss, mêlant ésotérisme, paganisme druidique et germano-scandinave, spéculations völkisch, Cathares, gnosticisme antique, Templiers et Graal, ovnis, etc. Selon Goordick-Clarke, chez Serrano, « l’histoire du monde se présente comme une théodicée gnostique de la chute de l’esprit dans la matière avec la décadence et la perte qui s’ensuivent. Pour Serrano, l’évolution de l’espèce est en réalité un processus de dégénérescence, ou d’involution, par laquelle l’essence d’origine divine s’affaiblit dans un monde progressivement livré au mal au travers les yugas du cycle hindouiste des âges »21.

Il développe « dans divers ouvrages, dont certains été publiés en français, des idées étranges et bien peu en rapport avec son statut social. Sans approfondir, citons en quelques unes : Adolf Hitler ne serait pas mort mais se serait “occulté”, les soucoupes volantes seraient une arme secrète de nazis cachée et l’avenir serait à une nouvelle race d’hommes nommée la race “galactique” »22. De fait, l’« hitlérisme ésotérique » de Serrano « tire son inspiration imagée d’une tradition gnostique occidentale, tout en absorbant des concepts hindouistes issu du yogas et du tantrisme, considérés à leur tour comme partie intégrante de l’héritage aryano-nordique immémorial en Orient »23. Il reprend aussi à son compte certaines thèses postulant l’initiation de Hitler aux mystères de la race nordique au sein de la célèbre Société Thulé. Évidemment dans l’esprit de Serrano, cette société n’est pas un groupuscule politico-culturel d’extrême droite, raciste, nationaliste, anticommuniste et antisémite, aux thèmes occultistes, mais une société secrète néopaïenne aux pouvoirs étendus. Selon lui, la Société Thulé faisait revivre les idéaux des hyperboréens par le biais du mythe germanique. Il défendit aussi l’idée selon laquelle Hitler était un médium, capable d’entrer en contact avec des entités supranaturelles, tels que les « Supérieurs Inconnus » qui émaillent la littérature occultistes.

Continuant dans cette logique, Serrano, à l’instar du folkiste espagnol Ernesto Mila ou de l’ésotériste d’extrême droite Julius Evola, affirmait que la SS un ordre quasi monastique et constituait une élite raciale, « une caste guerrière » dont les modèles constitutifs furent à la fois l’ordre des Chevaliers Teutoniques et celui du Temple. Serrano soutenait aussi que SS « n’ont pas eu assez de temps pour aboutir à quelque chose mais ils ont cependant de produire le surhomme, l’homme absolue, par la pratique de l’alchimie du sang »24. Cette « alchimie du sang » renvoie en fait aux « expériences raciales » tentées par les SS au sein de l’Ahnenerbe (génétique, raciologie, histoire raciale, etc.). Serrano assimile la raciologie de la SS à une volonté de recréer la race divine aryenne. Ces recherches justifient selon lui la cruauté et la violence de l’Ordre noir. En formulant de tels discours, Serrano ne fait que reprendre certaines thèses néo-nazies hétérodoxes25 qu’il maîtrise d’ailleurs très bien.

Non seulement, il sut utiliser ces discours mais il crut à l’authenticité du « nazisme ésotérique ». Ainsi, il se rendit d’ailleurs, accompagné d’amis, au château de Wewelsburg, haut lieu de l’ « occultisme nazi », pour y accomplir des rites « religieux ». Dans d’autres circonstances, Serrano organisa des cérémonies lors du décès de certains nazis comme Walter Rauff, la tête pensante de la mise en place des camions chambres à gaz lors de l’invasion de l’URSS ainsi que des célébrations de la naissance du Führer.

Une raciologie gnostique

Serrano va reprendre un certain nombre de thèses racialistes hétérodoxes qui ont eu du succès dans les années soixante et soixante-dix, les mélanger aux thèses occultistes du XIXe siècle pour élaborer une raciologie et un antisémitisme gnostiques. Il va notamment s’inspirer des thèses du raciologue Jacques de Mahieu sur les origines vikings des grands royaumes de l’Amérique précolombienne (elles-mêmes issues de spéculations d’archéologues de l’Ahnenerbe Institut, l’institut de recherche de la SS) et des spéculations de Saint-loup et de Julius Evola sur l’aspect aristocratique de la SS. De ce dernier, il va aussi assimiler son antisémitisme métaphysique, en particulier son concept de « race de l’esprit »26.

En effet, Serrano va formuler une forme d’antisémitisme gnostique : les Juifs sont, selon lui, une race lunaire hostile aux Hyperboréens solaires divins puis aux Aryens, disciples d’un mauvais Démiurge, assimilable à Jehovah ou Yahweh. Le mauvais Démiurge, seigneur de ce monde, a prévu que les êtres humains, à leur mort, doivent se réincarner encore et toujours. Or, les Hyperboréens, de nature divine, se sont opposés à cette réincarnation involontaire, qu’ils considéraient comme odieuse. Dans cette cosmologie, le Démiurge et ses alliés, les Juifs, tolèrent très mal l’action des Hyperboréens et vont être à l’origine de la « Grande conspiration » à laquelle Serrano se réfère constamment. Dans celle-ci, les Juifs sont derrière toutes les institutions de ce monde religieuses, politiques, ésotériques, etc. Ce conspirationnisme provenant de sa lecture des Protocoles, va aboutir chez Serrano à un négationnisme. En effet, ce dernier nie l’existence de la Shoah.

La raciologie de Serrano peut être résumée sommairement : les Aryens descendent d’entités arrivées sur Terre il y a des milliers d’années. Selon Serrano, les premiers habitants de l’Hyperborée27venaient de l’extérieur de la galaxie, les Hyperboréens. Ceux-ci, d’essence divine, possédaient le pouvoir du Vril et celui du Troisième Œil et ne se reproduisaient pas sexuellement mais par une « émanation plasmique » de leur corps : « les Hyperboréens ne se situent aucunement dans l’univers physique mais dans un état parallèle qu’ils occupent tout en ayant une conscience terrestre, afin de mener leur combat dans les deux mondes à la fois, ou même plus »28. Les Hyperboréens de Serrano peuvent donc être vus comme une version des Supérieurs Inconnus de la littérature occultiste de la fin du XIXe siècle29.

Par la suite, ils donnèrent naissance à une Hyperborée matérielle, située autour du cercle polaire. D’abord invisible, elle prit la forme d’un continent circulaire arctique. Selon Serrano, ce fut l’emplacement de l’Âge d’Or. C’est alors que les Hyperboréens s’occupèrent des « races inférieures » pour les aider à sortir de leur animalité. Ils entreprirent aussi de spiritualiser la Terre. La catastrophe vint du fait que les Hyperboréens mêlèrent leur sang aux races inférieures. Ce pêché racial se manifesta par la chute d’une comète, ou d’une lune, sur la Terre, occasionnant le renversement des pôles et la disparition d’Hyperborée. Une partie d’entre eux repartirent vers les étoiles, d’autres s’enfoncèrent sous terre, la Terre étant creuse, et une dernière frange fonda une civilisation dans le désert de Gobi, en Mongolie, qui était alors une région fertile, la mythique Aggartha des occultistes occidentaux du début du XXe siècle.

Dans cette cosmologie, les Aryens sont les descendants directs de cette race divine, toutes les autres « races » étant le résultat de métissage, le métissage avec une « race inférieure » affaiblissant obligatoirement la « race supérieure ». En conséquence, seuls les Aryens possèdent une sorte de transcendance conservant la mémoire de l’ancienne race blanche divine hyperboréenne. A contrario, Serrano voit dans les Juifs à la fois une « anti-race » et des « robots génétiques » créés par le Démiurge afin de contaminer la Terre de leurs tares génétiques. Ce discours faisant des Juifs une anti-race vient de la raciologie völkisch nazie : selon celle-ci, la « race juive » formait à l’origine une race pure mais sa dispersion en a fait une race métisse, chargée de toutes les faiblesses génétiques, tares et défauts des autres races. Cette thèse a été formulée pour la première fois par un aryosophe autrichien Jörg Lanz von Liebenfels. En effet, celui-ci va développer une thèse, la théozoologie, qui est un dévoiement de la Bible au profit d’une vision obscène, raciste, darwiniste, manichéenne et gnostique. Cette doctrine se présentait comme un combat entre le bien et le mal, l’humanité et l’animalité, l’Aryen et le Sémite, issu d’union contraire entre des hommes et des animaux. Cette vision manichéenne et gnostique amena Liebenfels à considérer l’Aryen comme le garant de l’ordre du monde et de la connaissance et les autres races comme les agents du chaos.

Une hyperborée ésotérique

L’idée hyperboréenne de Serrano est la conséquence d’une interprétation erronée/biaisée d’un concept évolo-guénonien. Guénon considérait que l’origine de la « Tradition primordiale » était hyperboréenne, mais chez lui cette théorie est dépourvue de racisme, n’hésitant pas à qualifier le mythe de l’origine aryenne des civilisations, d’« illusion classique ». Guénon était persuadé que la tradition hyperboréenne était la plus ancienne de l’humanité et qu’elle avait rayonné sur les différentes civilisations à partir du Pôle30. En ce sens, la « Tradition primordiale » guénonienne n’est ni occidentale, ni orientale mais polaire au sens géographique, car venant du pôle Nord.

De fait, Hyperborée, dont le nom signifie le « pays au-delà du Vent du Nord », est un continent mythique qui aurait existé au niveau du cercle circumpolaire arctique. Dans la mythologie grecque, le terme « hyperboréen » renvoyait à un peuple, mythique, vivant aux confins septentrionaux du monde connu. L’Hyperborée peut être assimilée à la non moins mythique Thulé, mais reste distinct de l’Atlantide, bien que certains auteurs les confondent31, la première étant plus ancienne que la seconde. À une époque antédiluvienne, qui peut être comme vu comme le mythique « Âge d’or », voire comme le jardin d’Éden, elle aurait été habitée par un peuple parfait, les Hyperboréens, et aurait bénéficié, lors d’un hypothétique Âge d’or, d’un climat propice avant le changement climatique, la glaciation, du à l’inclinaison ultérieure de la Terre.

Serrano reprend aussi selon Godwin les thèses développée par un militant nationaliste Indien, Bâl Gangâdhar Tilak32, qui affirmait l’origine circumpolaire des Aryas. Les thèses de Tilak furent assez logiquement contestées par les spécialistes des études indo-européennes. Mais elles n’en représentent pas moins « le point culminant d’une très ancienne tradition d’analyse d’un mythe indo-aryen »33. L’idée guénonienne sera radicalisée par Evola. Celui-ci, reprit donc l’idée que le foyer originel depuis lequel a rayonné la « Tradition primordiale » se serait situé à proximité du pôle Nord. Toutefois, Evola en fit une interprétation différente, plus raciologique et nordiciste. Ce peuple primordial serait les Hyperboréens. L’idée évolo-guénonienne de « tradition hyperboréenne »34 a été reprise par certains militants d’extrême droite hétérodoxe35, dont Serrano. Ces auteurs ainsi que Serrano, reprennent la très ancienne tradition d’analyse de poèmes des différents peuples indo-européens antiques ayant pour thèmes ou faisant allusion à un foyer septentrional où les jours et les nuits dureraient six mois, où l’étoile Polaire se lèveraient au zénith, etc. mettant ainsi en évidence un motif mythologique prouvant l’existence d’un foyer indo-européen originel, situé au niveau circumpolaire. Cependant, la référence au « Nord » est avant tout un mythème qui s’analyse en fonction du symbolisme cosmique des anciens européens36.

Serrano, influencé par son gourou chilien et par ses propres visions, est persuadé que Hitler est en vie après s’être réfugié dans une base secrète nazie sous l’Antarctique, préparée de longue date par les nazis. Selon Serrano Hitler quitta Berlin en 1945 pour l’Antarctique à bord d’une soucoupe volante, invention de la « science nazie », une technologie aryenne en avance sur le reste de l’humanité car d’essence divine. En effet, les nazis auraient trouvé en 1938-1939 en Antarctique, selon Serrano, un lieu rappelant l’Islande, qu’ils auraient revendiqué et appelé Neuschwabenland (Nouvelle Souabe), lors d’une expédition dans la Terre de la reine Maud, terre appartenant à la Norvège. Ils auraient aussi trouvé l’une des entrées vers la Terre creuse, amenant vers les bases secrètes souterraines des Hyperboréens. Serrano pensait que le centre spirituel hyperboréen serait passé de l’arctique à l’antarctique, lors du renversement des pôles, à l’origine de la disparition d’Hyperborée. Pour asseoir son propos, Serrano synthétise mythologies et données géologiques.

Dans la cosmogonie de Serrano, Hitler est un rédempteur et une figure archétypale. Il reprend l’idée jungienne que « Hitler était possédé par l’inconscient collectif de l’âme aryenne »37. Le salut par l’« hitlérisme ésotérique » doit amener la divinisation de l’homme, c’est-à-dire de l’Aryen, dans un monde redevenu paradisiaque. Serrano considère Hitler comme un avatar, un intermédiaire entre les dieux et les hommes, voire comme un Bodhisattva, un être divin. D’ailleurs, Serrano développe parfois l’idée de l’existence d’une dimension parallèle dans laquelle Hitler se serait réfugié. Selon lui, Hitler serait le dixième avatar de Vishnu, Kalki, qui doit mettre fin au Kali Yuga (l’« Âge de fer », le Dernier Âge, celui du déclin, de la tradition cyclique hindouiste) et inaugurer un Nouvel Âge. En effet, Hitler, réfugié au Pôle Sud, mènerait une guerre « ésotérique », la guerre « exotérique » ayant été perdue par les forces de l’Axe, contre les troupes du Kali Yuga, les Juifs, afin de ramener l’Âge d’Or.

De fait, Miguel Serrano est une personne foncièrement pessimiste quant au le futur de l’humanité. Selon lui, le monde moderne, fasciné par les Juifs et leur Démiurge, est au bord du gouffre. En outre, la dégénérescence raciale avancée, le consumérisme effréné, qui correspond au Kali Yuga, va emmener l’humanité vers un déclin inexorable. Sur ce point, Serrano est influencé partiellement par les thèses évoliennes. Il est aussi influencé par les thèses nazies sur la dégénérescence raciale de l’humanité, due au métissage.

Les postérités de Miguel Serrano

Dans les années quatre-vingt, Miguel Serrano va être en contact avec ce que nous pouvons appeler des « Lunatic Fringes ». Cette expression péjorative a été créée pour désigner les mouvements politiques ou sociaux qui développent des idées excentriques et peu rationnelles. Serrano va en effet entretenir des relations épistolaires avec les néonazis américains comme George Lincoln Rockwell, le fondateur de l’American Nazi Parti (« Parti Nazi Américain ») et de la World Union of National-Socialists (« Union Mondiale des Nationaux-Socialistes ») avec Colin Jordan (responsable du National-Socialist Movement, « Mouvement National-Socialiste »), ainsi qu’avec son successeur, Matt Koehl, le fondateur du New Order (« Nouvel Ordre »), organisation qui succédera à l’American Nazi Parti.

Durant cette décennie, Serrano va devenir une figure importante de jeunes générations du néonazisme. Certains de ses livres seront traduits de par le monde par des militants n’ayant pas connu le Troisième Reich, montrant implicitement à la fois son intérêt pour les jeunes néonazis et leur absence de culture historique, le nazisme de Serrano n’ayant rien à voir avec la réalité. De fait, les éditeurs militants qui traduisent les textes de Serrano évoluent surtout dans les marges hétérodoxes du néonazisme occidental, les « Lunatic Fringe ». En effet, Nicholas Goodrick-Clarke montre dans son ouvrage intituléBlack Sun que les milieux qui traduisent et/ou éditent Serrano élaborent un syncrétisme mêlant néonazisme, occultisme, satanisme et soucoupes volantes38, comme le Black Order (« Ordre Noir »), fondé par Kerry Bolton, l’un des anciens responsables du Nationalist Workers’ Party, qui associe nazisme et satanisme39. Plus récemment, Serrano va influencer des néopaïens nordicistes et racialistes comme l’Américain Jost Turner.

Au-delà de ces milieux, les thèses de Serrano vont intéresser tout un monde évoluant aux marges du New Age. Celui-ci est un objet insaisissable qui échappe aux définitions mais qui peut être considéré comme un « metanetwork », pour reprendre l’expression de Massimo Introvigne, c’est-à-dire un network de network, un « lieu où des networks différents se rencontrent et interagissent »40, tel le network de l’astrologie, celui de la défense des animaux, celui des spiritualités alternatives, celui des médecines douces, de l’écologie, etc. Cette structuration particulière facilite l’intégration d’éléments propres à d’autres subcultures.

Ses origines plongent dans une sécularisation de l’occultisme, un processus entamé dès le XIXe siècle41 mais son essor est lié au développement dans les années soixante et soixante-dix de recherches « alternatives » dans divers domaines : médecine, économie, écologie, politique, religions, etc. Selon les New Agers, les personnes arrivées à une compréhension véritable des lois spirituelles de l’univers seraient appelées à devenir les pionniers d’une ère nouvelle : le New Age. Toutefois, au début des années quatre-vingt-dix, le discours du New Age, d’ordinaire optimiste, va devenir plus pessimiste. Cette désillusion des New Agers correspond à la montée en puissance de thèses conspirationnistes et/ou radicales dans leur littérature. Cette contamination peut s’expliquer par l’intérêt dans ces milieux pour l’« Histoire secrète », c’est-à-dire pour une interprétation alternative à forte tendance complotiste de l’histoire, en particulier en ce qui concerne le nazisme.

En effet, l’Occident des années soixante et soixante-dix s’est passionné pour les « Mystères nazis », pour reprendre l’expression de Nicholas Goodrick-Clarke, à la suite de la publication du Matin des magiciens. À partir de ce moment, les thèmes véhiculés par cette littérature occultisante vont se diffuser dans la culture populaire, aidés par un phénomène des plus intéressants : la « mythologisation » des principaux responsables nazis, reconstruction qui se fait au détriment de la réalité historique. Les sociétés européennes, et plus globalement occidentales, voient leur conception et leur perception du nazisme être modifiées par une série d’évolutions, liées selon Goodrick-Clarke, au contexte politico-économique de récession dans les sociétés occidentales : « Cette nouvelle perception d’Hitler et du nazisme semble avoir profité du Zeitgeist changeant en Occident après la hausse des prix du pétrole en 1973-1974. Les idées enivrantes de la révolution politique et sociale qui s’étaient répandues parmi les jeunes gauchistes et “hippies” depuis 1967-1968, laissaient la place, en temps de récession, à un idéalisme plus intériorisé.42 » Les textes de Serrano vont alors rencontrer un public éloigné de ses préoccupations idéologiques mais attiré par ses constructions politico-spirituelles. Et cela d’autant plus que cette époque cherche à comprendre la victoire du nazisme.

Cependant, Serrano va aussi être utilisé par des personnes évoluant à la fois aux marges du New Age et de l’extrême droite hétérodoxe. Ainsi, il fait partie des sources de Jan van Helsing (pseudonyme de Jan Udo Holey), l’auteur du Livre Jaune n° 543, un livre à la fois négationniste et thématiquement proche du New Age, « best seller » dans ce milieu44. Van Helsing cite d’ailleurs l’ex-ambassadeur chilien lorsqu’il pose la question de la survie d’Hitler, affirmant avec lui que « ce qui est le plus probable au cas où il aurait survécu, c’est qu’il s’est servi des engins volants développés par la Société Vril pour quitter l’Allemagne »45. De fait, Jan van Helsing va recycler toute une thématique néonazie dans des textes à connotation New Age. Pierre-André Taguieff résume l’ouvrage ainsi : « Dans la grande conspiration mondiale qui est dénoncée, les Juifs tiennent la première place : non seulement ils sont partout (y compris sous divers masques : Roosevelt, Staline, Helmut Kohl ou George W. Bush), mais ils sont derrière les pouvoirs visibles et sont capables de tout (ils seraient responsables de la troisième guerre mondiale à venir !). Stéréotypes de l’infiltration, de la domination sans limites, de la manipulation et de la cruauté destructrice. Appliqués à la critique de la démocratie, ils conduisent à récuser celle-ci comme un décor trompeur occultant la réalité ploutocratique du pouvoir politique.46 »

L’influence de Serrano se ressent dans la succession thématique de ce livre : « Le Livre jaune nº 5 se présente comme un enchevêtrement complexe juxtaposant différents discours. Van Helsing entrecroise leNew Age, l’ufologie nazie, le conspirationnisme anti-judéo-maçonnique, et l’aryosophie, multipliant ainsi les cibles potentielles de l’ouvrage. En effet, cet ouvrage s’adresse non seulement à un public déjà acquis aux discours et théories nazis, mais également aux adeptes du Nouvel Âge. L’auteur fait de nombreuses références auchanneling et à l’Âge du Verseau. Il tente aussi de rapprocher les sciences physiques et naturelles des traditions mystiques.47 » Seulement, plus que le Nouvel Âge en lui-même, c’est la dénonciation du complot qui intéresse van Helsing car elle lui offre la possibilité d’une réécriture historique, idéologiquement très orientée, des XIXe et XXe siècles. En effet, nous retrouvons des thèses très proches de celles de Miguel Serrano, surtout lorsque Jan van Helsing affirme qu’Adolf Hitler aurait été un « occultiste et un ésotériste » qui aurait, à l’âge de 20 ans, essayé « d’atteindre des niveaux de conscience élevés à l’aide de drogues »48.

À l’instar de Serrano, van Helsing, développe donc une thématique occultisto-aryosophique ». Comme Serrano toujours, il fait l’éloge des extraordinaires capacités de la « science nazie ». D’ailleurs, van Helsing, reconnaît qu’il « éprouve un plaisir tout particulier à [vous] dévoiler ce thème », car il permet de constater « quels sont les milieux influents non allemands qui tiennent à cacher la vérité aux Allemands »49. Enfin, là-encore comme Serrano, le livre de van Helsing est à la fois une apologie détournée du nazisme et l’expression d’un révisionnisme historique éhonté. En effet, le révisionnisme de van Helsing s’accompagne sans surprise d’un antisémitisme virulent : celui-ci cite d’ailleurs les Protocoles des Sages de Sion, qui seraient selon lui la clef de l’histoire secrète.

Perspectives

Miguel Serrano était donc un personnage étrange, complexe à la cosmologie hors norme. Sa vie, comme nous venons de le voir, a été riche en rebondissement et en rencontres, militantes ou non. L’aspect le plus intéressant reste son idéologie, sa Weltanchauung. Si elle est radicale, elle n’en est pas moins une vision du monde construite à partir d’éléments fort divers, qu’il a réussi à synthétiser avec talent. En effet, il s’agit d’une véritable contre-culture constituée en miroir par rapport aux modes normatifs du savoir « officiel ». De ce fait, la cosmologie de Serrano doit être analysé comme un « mode d’existence souterrain de visions du monde qui se veulent alternatives aux savoirs “officiels” »50. En ce sens, les thèses de Serrano ont servi de boite à outil conceptuel pour un certain nombre de militants radicaux hétérodoxes, qui vont diffuser ces nouveaux discours dans des milieux éloignés, telle la nébuleuse du New Age, avec succès parfois.

Notes

Vous pouvez également lire ces notes sur le site des Cahiers de psychologie politique en cliquant sur les appels de note dans le texte. Les notes ci-dessous remplacent deux annonces de parution par les références des publications depuis effectuées :

1  Jocelyn Godwin, Arktos. Le mythe du Pôle dans les sciences, le symbolisme et l’idéologie nazie, Milan, Archè, p. 83.

2  Pour une étude de ces thèmes, cf. Stéphane François, Le Nazisme revisité. L’occultisme contre l’histoire, Paris, Berg International, 2008.

3  Miguel Serrano, Un Ésotérisme hitlérien, Nantes, Ars Magna, 2003, p. 2.

4  Nicholas Goodrick-Clarke, « La renaissance du culte hitlérien : aspects mythologiques et religieux du néo-nazisme », Politica Hermetica, n° 11, 1997, p. 177.

5  Nicholas Goodrick Clarke, Black Sun. Aryan cults, Esoteric Nazism and the Politics of Identity, New York, New York University Press, 2002, pp. 173-174.

6  Sur le contenu de ces spéculations, cf. George Mosse, Les Racisnes intellectuelles du Troisième Reich. La crise de l’idéologie allemande, Paris, Calmann-Lévy/Mémorial de la Shoah, 2006. Voir aussi notre ouvrage, Le Nazisme revisité, op. cit.

7  L’Ordo Templis Orientis fut fondée en 1902 par l’industriel allemand Karl Kellner ; société comprenant une initiation à la magie sexuelle, de nature shivaïte. A la mort de son fondateur, l’ordre fut développé par le successeur de Kellner, Theodor Reuss qui diffusa ces doctrines dans les milieux occultistes : il initia entre autres Aleister Crowley, qui prit ensuite le contrôle de celui-ci.

8  Nicholas Goodrick-Clarke, Politica Hermetica, art. cit., p. 178. Miguel Serrano a vu certains de ses essais traduits en français : Elella ou L’amour magique, Helette, J. Curutchet, 1998 ; Nietzsche et l’éternel retour, Hélette, J. Curutchet, 1999 et enfin, Les Visites de la reine de Saba. Récit, préface de Carl Gustav Jung, Paris, Michalon, 2001.

9  Miguel Serrano, Las Visitas de la Reina de Saba, Santiago de Chile, Nascimento, 1960.

10  Miguel Serrano, La Serpiente del Paraíso, Santiago de Chile, Editorial Nascimento, 1963.

11  Miguel Serrano, El círculo hermético, de Hesse a Jung, Santiago, Zig-Zag, 1965.

12  Miguel Serrano, G. Jung et Hermann Hesse, récit de deux amitiés, Genève, Georg, 1966.

13  Miguel Serrano, The Visits of the Queen of Sheba, Londres, Routledge & Paul Kegan, 1972.

14  Miguel Serrano, Un Ésotérisme hitlérien, op. cit., p. 10.

15  Miguel Serrano, Hitler. El Cordon Dorado, 1978. Réédition : El Cordón Dorado : Hitlerismo Esoterico, Bogota, Colombia, Editorial Solar, 2001.

16  Miguel Serrano, Adolf Hitler, el Ultimo Avatâra, Ediciones la Nueva Edad, 1984.

17  Miguel Serrano, Manu : « Por el Hombre que Vendra », 1991.

18  Jocelyn Godwin, Arktos, op. cit., p. 83.

19  Dont Miguel Serrano, Nacionalsocialismo. Unica Solución para los Países de América del Sur, Santiago, Alfabeta 1986 et La Resurrección del Héroe. Año 97 de la era Hitleriana, Santiago, Alfabeta 1987.

20  Miguel Serrano, Nuestro Honor se Llama Lealtad, 1994.

21  Goodrick-Clarke, art. cit., p. 179.

22  Christian Bouchet, Occultisme, Pardès, Puiseaux, 2000, p. 109.

23  Nicholas Goodrick-Clarke, Politica Hermetica, art. cit., p. 180.

24  Miguel Serrano, Un Ésotérisme hitlérien, op. cit., p. 6.

25  Cf. Donald McKale, The Hitler Survival Myth. Updated edition, New York, Cooper Square Publishers, 2001.

26  Cf. Stéphane François, « Evola, la “race de l’esprit” et le judaïsme » in Denis Pelletier et Paul Zawadzki (dir.), Les Politiques de l’âme, à paraître en 2011.

27  Hyperborée est un continent mythique, de type Atlantide, qui aurait existé au niveau du cercle circumpolaire arctique. Dans la mythologie grecque, le terme « hyperboréen » renvoyait à un peuple, mythique, vivant aux confins septentrionaux du monde connu. Ce mythe était très présent dans la littérature antique et chez des auteurs comme Goethe, chez qui il se confond avec l’Atlantide. À l’aube du XXe siècle, certains ésotéristes racistes ont fait de ce continent mythique le lieu de naissance de la race blanche et de la « tradition primordiale », une supposée connaissance transcendantale. Cf. Stéphane François « Hyperborée », in Pierre-André Taguieff (dir.), Dictionnaire historique et critique du racisme, Paris, Presses Universitaires de France, 2013, pp. 868-870.

28  Jocelyn Godwin, Arktos, op. cit., p. 85.

29  La terminologie de « Supérieurs Inconnus » provient à l’origine de la franc-maçonnerie. En 1751, le baron Charles-Gotthelf von Hund (1722-1776) fonde une nouvelle forme de maçonnerie : la Stricte Observance ou plus exactement l’Ordre supérieur des chevaliers du Temple sacré de Jérusalem. L’idée était que la franc-maçonnerie serait une perpétuation des Templiers dirigée par des « Supérieurs Inconnus » dont Hund était, selon ses dires, le seul mandataire, s’étant lui-même fait initier par un mystérieux chevalier au « plumet rouge », en 1747. Cette légende va connaître un succès considérable au cours des XIXe et XXe siècles. Récupérés par les antimaçons, les Supérieurs Inconnus vont devenir les vrais maîtres occultes de la franc-maçonnerie. Ils seront assimilés aux satanistes, aux juifs, aux maîtres de l’Himalaya de la Société théosophique, etc., devenant le symbole de la sphère dirigeante du complot mondial, selon la vulgate conspirationniste.

30  René Guénon, Le Roi du monde, Paris, Ch. Bosse, 1927, pp. 114-115. Sur l’Atlantide et Guénon, cf. Jean-Pierre Laurant, « L’Atlantide selon Guénon », in Chantal Foucrier et Lauric Guillaud (dir.), Atlantides imaginaires. Réécriture d’un mythe, Paris, Michel Houdiard Éditeur, 2004, pp. 184-192.

31  Monique Mund-Dopchie, « Ultima Thulé : autre nom de l’Atlantide ou nom d’une autre Atlantide ? », in Chantal Foucrier et Lauric Guillaud (dir.), Atlantides imaginaires, op. cit., pp. 137-151.

32  Ce théoricien du renouveau hindouiste, en analysant les Védas et en étudiant la position des étoiles à l’époque védique, était arrivé à la conclusion que ces textes parlaient d’une région et d’une époque précises : le cercle arctique d’avant la dernière glaciation. Il concluait fort logiquement que les Aryens étaient eux aussi originaires de cette zone géographique. Bâl Gangâdhar Tilak, Origine polaire de la tradition védique. Nouvelles clés pour l’interprétation de nombreux textes et légendes védiques, Milan, Archè, 1979.

33  James Patrick Mallory, À la recherche des Indo-Européens. Langue, archéologie, mythe, Paris, Seuil, 1997, p. 327, note 38.

34  Sur l’utilisation raciste du mythe hyperboréen, cf. Stéphane François, « Hyperborée », art. cit.

35  Stéphane François, « Au-delà des vents du Nord : L’extrême droite, le nordicisme et les Indo-Européens », (voir ici).

36  Cf. Bernard Sergent, « Penser – et mal penser – les Indo-Européens », Annales ESC, nº 37, juin-août 1982, pp. 669-681.

37  Miguel Serrano, Un Ésotérisme hitlérien, op. cit., p. 3.

38  Nicholas Goodrick Clarke, Black Sun, op. cit., p. 191.

39  Certains textes de Kerry Bolton ont été traduits en français, notamment : Hitler, le christianisme et le troisième Reich, Éditions du Marteau, 2002. Cet éditeur, ouvertement néonazi, a aussi publié des textes précédemment édité par la maison d’éditions de Bolton : David Myatt, Aryanisme. La religion nationale-socialiste suivi de Notre destinée aryenne : l’empire galactique et autres essais, Éditions du Marteau, 2002.

40  Massimo Introvigne, Les Veilleurs de l’Apocalypse. Millénarisme et nouvelles religions au seuil de l’an 2000, Paris, Claire Vigne Éditrice, 1996, p. 187.

41  Wouter Hanegraaff, « New Age », in Jean Servier (dir.), Dictionnaire critique de l’ésotérisme, Paris, Presses Universitaires de France, 1998, pp. 942-946.

42  Nicholas Goodrick-Clarke, « La renaissance du culte hitlérien », art. cit., p. 175.

43  Jan van Helsing, Livre jaune nº 5, Tourrette sur Loup, Éditions Félix, 2001.

44  En effet, sa première publication fut indubitablement un succès dans les pays germanophones avec plus de 100 000 exemplaires vendus en Allemagne, Autriche et Suisse.

45  Jan van Helsing, Livre jaune nº 5, op. cit., p. 153.

46  Pierre-André Taguieff, « Les textes fondamentaux de l’ésotérisme », Le Point, hors série nº 2, mars-avril 2005, p. 15.

47  Stéphane François & Emmanuel Kreis, Le Complot cosmique. Théorie du complot, ovnis, théosophie et extrémistes politiques, Milan, Archè, 2010, pp. 50-51.

48  Jan van Helsing, Livre jaune nº 5, op. cit., pp. 149-150.

49  Ibid., p. 154.

50  Jacques Maître, « Ésotérisme et instances officielles de régulation des savoirs » in Jean-Pierre Brach et Jérôme Rousse-Lacordaire (dir.), Études d’histoire de l’ésotérisme. Mélange offert à Jean-Pierre Laurant pour son soixante-dixième anniversaire, Paris, Éditions du Cerf, 2007, p. 25.

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