L’Extrême droite en Belgique

Publié en 2025 par le CRISP, l’ouvrage collectif L’extrême droite en Belgique réunit, sous la direction de Benjamin Biard et Archibald Gustin, des spécialistes francophones et flamands. Il compte 250 pages et propose une étude approfondie, à la fois historique, sociologique, géopolitique et idéologique. Son objectif est d’expliquer pourquoi la Belgique constitue un laboratoire singulier : une extrême droite puissante et structurée en Flandre (autour du Vlaams Belang), mais fragmentée en Wallonie et à Bruxelles.
L’ouvrage comprend une introduction générale, suivie de chapitres thématiques. Les premiers chapitres clarifient des notions centrales : « extrême droite » ; « droite radicale » ; « ultra-droite » et, enfin, « populisme de droite ». Ils replacent ces concepts dans l’évolution européenne du XXIe siècle, entre continuités idéologiques et adaptations stratégiques. Le cœur de l’ouvrage porte sur l’analyse du cas belge. On y apprend qu’en Flandre, s’est installée une extrême droite à la fois solide, cohérente et électoralement stable, structurée autour du Vlaams Belang. En revanche, en Wallonie et à Bruxelles, l’extrême droite est éclatée, peu durable et électoralement faible. L’un des points forts de ce livre est d’analyser les facteurs expliquant ce contraste : l’histoire politique, les structures partisanes, les dynamiques identitaires et communautaires. En outre, les participants identifient plusieurs points comme les profils sociologiques des électeurs, les zones géographiques favorables, et les transformations des motivations électorales. De même, ils mettent en avant l’importance des stratégies de communication et idéologie, qu’on retrouve d’ailleurs dans les différents pays occidentaux : l’importance croissante des réseaux sociaux, une communication axée sur l’insécurité, l’identité et l’antimigration et un discours de plus en plus normalisé visant à élargir l’audience.
De ce fait, l’ouvrage montre qu’au-delà des partis, les mouvements culturels, médias alternatifs, les associations identitaires contribuent à diffuser les idées d’extrême droite en Belgique ; là encore à l’instar des autres nations occidentales. La dernière partie de l’ouvrage traite des initiatives institutionnelles, du rôle des associations, et des politiques de prévention et d’éducation, notamment la mise en place d’un cordon sanitaire médiatique en Wallonie et de son succès.
Ce livre est donc particulièrement important car il donne une vision complète et multidisciplinaire de l’extrême droite en Belgique. En effet, il combine science politique, sociologie, histoire, communication et études électorales. Il donne une explication convaincante du « paradoxe belge », avec une extrême droite consolidée au Nord, en Flandre, et une faiblesse chronique au Sud.
Pour autant, cette analyse ne se résume pas au simple cas de la Belgique : il permet une mise en perspective européenne. Les tendances belges sont replacées dans un cadre continental, ce qui permet de mesurer convergences et spécificités. Cette approche offre aussi une compréhension des enjeux démocratiques (Belgique comme en Europe), les auteurs montrant comment l’extrême droite teste les limites de la démocratie libérale, notamment dans les domaines de la liberté de la presse, des droits des minorités et de l’état de droit. Parmi les autres points forts de l’ouvrage, nous pouvons mettre en avant la rigueur scientifique et la diversité des contributeurs ; une approche claire et structurée du sujet ; une très bonne mise en contexte belge et européenne et des données à jour (2025).

Pour autant, il a également des limites, liées à la nature du sujet : il y a peu d’accès aux données internes (par exemple une absence d’études de cas internes aux partis) ; l’analyse est surtout descriptive (moins d’espace à des perspectives théoriques alternatives). Pour le cas flamand, les analyses sont centrées sur le Vlaams Belang, ce qui reflète la réalité mais laisse moins de place aux dynamiques wallonnes. Enfin, certains chapitres comportent des erreurs factuelles : Faurisson et Olivier Mathieu sont qualifiés de « révisionniste », alors que les deux sont négationnistes, voire « post-négationniste » pour Mathieu, le terme « révisionniste » étant utilisé par Faurisson et ses disciples pour se situer dans une polémique historiographique -ce qui n’est pas le cas. C’est malheureux, car l’ouvrage comprend un chapitre sur « L’extrême droite et le négationnisme » fort intéressant, en particulier en ce qui concerne la constitution d’un appareil juridique contre celui-ci… Pages 40 et 41, nous apprenons que Daniel Féret est entré à Jeune Europe après 1974. Cela est impossible, Jeune Europe a été dissoute en 1969… De même, un chapitre, « Les métamorphoses (méta)politiques de Schild & Vrienden », fait de la mouvance identitaire, en particulier Génération identitaire, une composante de la Nouvelle Droite française. Cela est beaucoup plus complexe : une partie du discours identitaire est effectivement issue de la Nouvelle Droite ; une autre est un héritage nationaliste-révolutionnaire. De même, l’alt-right étatsunienne a une origine proprement américaine, mais regarde depuis sa naissance les évolutions idéologiques de la Nouvelle Droite. Enfin, cette dernière est présentée comme « la manifestation contemporaine de la tradition anti-Lumières » (p. 150). C’est le cas du reste de l’extrême droite radicale… De fait, l’auteur s’appuie seulement sur les travaux de Tamir Bar-On, sans citer les nôtres. Cela est dommage, car, globalement, ce chapitre est très intéressant.
Quoiqu’il en soit, L’extrême droite en Belgique deviendra un ouvrage de référence pour comprendre la recomposition politique contemporaine en Belgique. Il montre que la montée de l’extrême droite s’inscrit dans une dynamique à la fois européenne et profondément locale, marquée par des contrastes régionaux nets. C’est un outil utile pour étudiants, enseignants, journalistes, travailleurs sociaux et tout citoyen souhaitant mieux saisir l’impact politique et sociétal de l’extrême droite aujourd’hui.
En savoir plus sur Fragments sur les Temps Présents
Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.