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Front national : le terrain, lui, ne ment pas…

Leandro Erlich installationPar Nicolas Lebourg

Le terrain, lui, ne ment pas, est-on tenté d’écrire. Au Front national, le week-end politique passé a été celui de la défaite de BFM. Le classement sévère qu’a connu Florian Philippot au suffrage des militants frontistes, le numéro deux se voyant relégué à la quatrième place, doit en effet se jauger au profil de ceux que lui ont préféré les militants.

Marion Maréchal Le Pen (élue n°1) a su s’enraciner dans le Sud-Est, et servir de point de ralliement à ce FN sudiste hostile à l’omnimédiatique porte-parole. Louis Aliot (élu n°2) enregistre les dividendes de son organisation de la formation des militants, candidats et élus. Steeve Briois (élu n°3) voit récompenser son organisation des campagnes de terrain.

Trois militants de «terrain» donc, arpentant les fédérations, et non des porte-voix.

La différence existe également quant aux résultats électoraux. Steeve Briois est parvenu à se faire élire maire d’Hénin-Beaumont au premier tour des municipales. Louis Aliot est le seul candidat FN arrivé en tête dans une ville de plus de 100.000 habitants, Perpignan (34,1%, devant le maire sortant Jean-Marc Pujol, soutenu par l’UMP et l’UDI: 30,6%). Marion Maréchal Le Pen est la seule députée encartée FN. A contrario, Florian Philippot s’est fait élire sur un scrutin proportionnel de liste, les élections européennes.

Ce sont donc non seulement trois militants, mais aussi trois élus «de terrain» qui ont devancé une génération politique voyant d’abord l’action à l’aune de la présence télévisée –ce qui, au passage, témoigne d’ailleurs de la faiblesse de l’hypothèse «si le FN est haut, c’est simplement la faute des médias».

Retour sur terre

Ce terrain, nous l’avons justement arpenté. On peut confirmer que, bien souvent, il ne ressemble guère aux images vues à la télé. Nous avons choisi Perpignan, donc plus grande ville pro-FN.

C’est un territoire avec une morphologie spécifique. Durant des décennies, les pouvoirs publics locaux ont contribué à le structurer en désignant des «communautés» spatialisées, et ensuite en assurant une politique segmentée à leur égard (on peut lire par exemple ici ce texte du sociologue et juriste Dominique Sistach: «Clientélisme, identitarisme, communautarisme»). Le sentiment de déconstruction de la ville est allé avec celui de son système politique. Deux dates en sont les marqueurs: 2005, quand la ville est secouée d’émeutes inter-ethniques mettant au jour la concurrence des communautés maghrébine et gitane; 2009, quand la ville revote après que l’élection municipale de 2008 a été annulée, à la suite de ce qui est resté sous le nom de «fraude à la chaussette».

Nous racontions sur Slate, au soir du premier tour des municipales 2014, comment Louis Aliot avait pu arriver en tête dans cette ville. C’est ensuite le retrait de la liste PS-PCF (11,8% au premier tour) qui a fait qu’elle n’a pas basculé à l’extrême droite, comme sa voisine Béziers où la triangulaire a bénéficié à Robert Ménard. D’ailleurs, les deux villes ont aussi en commun d’avoir un habitat délabré en centre ville, avec de fortes concentrations de populations maghrébine et gitane, et leur situation socio-économique –Perpignan est la cinquième grande ville la plus pauvre de France, juste après Béziers, et relativement à l’inégalité de la répartition des richesses, elle est la quatrième ville, cette fois juste avant Béziers.

Là s’arrête l’analogie, car la campagne est spécifique. Si on utilise un logiciel de lexicométrie pour visualiser le discours que Louis Aliot a tenu à ses électeurs, on observe clairement qu’il se place dans un duel face au maire sortant Jean-Marc Pujol, ignore la politique nationale, allie un axe sécuritaire à un axe gestionnaire, sans référence explicite à l’immigration ou à l’islam.

C’est un discours qui se veut celui d’un candidat crédible à une fonction de premier magistrat municipal, très différent de celui d’autres candidats plus en position de challengers:

Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion et stratégie d’entreprise de l’Ifop, et Sylvain Manternach, géographe-cartographe issu de l’Institut français de géopolitique, ont réalisé diverses études sur la structure de l’électorat FN. Ils ont repris les données des listes électorales de Perpignan. On trouve sur ces documents l’adresse, l’âge, le lieu de naissance, l’identité patronymique des inscrits. Chercheur de l’Observatoire des radicalités politiques de la Fondation Jean-Jaurès mais aussi de l’Université de Perpignan-Via Domitia, je suis l’activité de la section frontiste sans discontinuer depuis 2011.

Avec nos données, nous avons ensemble étudié la structure du vote, pour comprendre comment il s’est fait.

Lire la suite sur Slate.

 

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