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Mythes et réalités d’une stratégie « stay-behind » au début de la guerre froide (1945-1954)

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Source inconnue

Par Elie Tenembaum

Les racines de la Seconde Guerre mondiale

La problématique des stay-behind puise ses racines dans l’expérience, pour ne pas dire le traumatisme, des alliés occidentaux lors de la Seconde Guerre mondiale. Le rôle de la Grande-Bretagne est à cet égard primordial. Après la défaite de la France, et face à la menace immédiate d’une invasion allemande, Churchill confie au général Ironside la responsabilité de monter le noyau d’une organisation de résistance en cas d’occupation d’une partie du territoirei. C’est le général Colin Gubbins, qui est chargé de la création d’unités auxiliaires (auxiliary units) disposées le long des côtes de la Manche et organisées en cellules clandestines sur le modèle de l’insurrection irlandaise des années 1920. Celles-ci sont composées de civils locaux hâtivement formés à l’action clandestine et à la disposition desquels sont mis des caches d’armesii. Demeurées secrètes, ces unités devaient persister dans leur préparation d’une invasion potentielle jusqu’à leur dissolution finale au mois de novembre 1944.

En dépit de sa dimension hypothétique, cette expérience constitue pourtant le préalable immédiat à l’émergence d’un dispositif irrégulier et subversif majeur, offensif cette fois, sous la forme du Special Operations Executive (SOE). Créé à l’été 1940, ce célèbre service d’action clandestine a pour mission de mettre en place un réseau de résistance à travers toute l’Europe occupée. On retrouve à sa direction exécutive le général Gubbins qui entend organiser des opérations de sabotage et de propagande, puis, le soutien populaire venant, des opérations de guérilla capables de constituer un front intérieur.

Confronté à la difficulté d’improviser de tels réseaux en Europe sans qu’aucune infrastructure n’ait été préalablement implantée, le SOE développe vite l’idée de prédisposer sur d’autres théâtres, à l’image des unités auxiliaires, des « Left Behind Parties » destinés à demeurer sur place après une éventuelle invasion. C’est notamment en Asie du Sud-Est où les possessions britanniques sont menacées par l’impérialisme japonais que le SOE va tenter de mettre en application ces idées. Deux anciens des auxiliary units, Freddie Spencer Chapman et Mike Calvert sont ainsi envoyés en Malaisie pour monter de tels réseaux mais se heurtent à une réticence des autorités locales. En effet, le principe même d’un stay-behind est qu’il suppose l’échec d’une défense conventionnelle ce qui est assimilé à du défaitisme de la part de la hiérarchie militaire.

Le « stay-behind » dans l’action clandestine britannique d’après-guerre

Très tôt le SOE imagine que ses savoir-faire pourraient être utiles dans l’après-guerre. Ainsi dès l’automne 1944, les chefs des sections françaises du SOE sont envoyés faire un tour de la France libérée dans le cadre de la mission Judex avec pour but de dresser un bilan opérationnel de l’action du SOE mais aussi de maintenir des contacts utiles pour l’aveniriii. Le rapport de Maurice Buckmaster, propose ainsi « une liste de 50 noms et adresses de Français [qu’il] considère comme hautement dignes de confiance, […] choisis pour leur personnalité et leur influence. […] Ces hommes et femmes sont des pro-britanniques enthousiastes […] désireux de travailler à une relation plus proche entre les deux pays »iv.

Bien que le rapport n’évoque pas explicitement le maintien d’une quelconque organisation clandestine, il s’attache à souligner l’influence dont peuvent jouir les réseaux SOE dans l’Europe libérée. Cette influence pourrait notamment s’avérer utile dans un contexte de montée de tensions avec des « éléments communistes extrémistes, potentiellement aux ordres de Moscou, violemment anti-britanniques et dont la rumeur prétend que leurs chefs ont exigé qu’ils conservent leurs armes et munitions »v.

De même, en novembre 1945, alors qu’il lutte pour sa survie institutionnelle, le SOE émet une directive pour sa branche autrichienne, anticipant une réactivation de ses activités :

[Il faut] créer une organisation capable de s’étendre rapidement en cas de [nouvelle] guerre. Ceci nécessiterait le maintien de contacts clandestins, la collecte de renseignements à jour ainsi que la préparation de communications secrètes adéquates. […] Afin de mettre en place ces missions, le SOE a accordé la priorité aux pays les plus susceptibles d’être envahis dans les premières phases d’un conflit avec la Russie, mais n’étant pas aujourd’hui sous domination russevi.

Ce plan du SOE ne fut bien sûr jamais mis en œuvre du fait de la décision prise en décembre 1945 par les chefs d’état-major qu’il n’existait plus « aucun besoin d’activité SOE en Allemagne ou en Autriche [ni] dans aucun autre pays d’Europe »vii. La dissolution définitive du service a finalement lieu début 1946 sous le feu nourri des chefs d’état-major d’une part, du Foreign Office et du MI6 d’autre part, chacun persuadé que ce type d’actions irrégulières n’aurait pas sa place dans le monde de l’après-guerre.

C’est sans compter la rapide montée des tensions avec l’URSS qui ressuscite une vieille crainte occidentale d’une invasion soviétique de l’Europeviii. Bien que les chefs militaires alliés jugent généralement que l’URSS ne pourrait s’engager dans une nouvelle guerre avant cinq à dix ans, ils n’en sont pas moins convaincus que le rapport de force militaire est structurellement défavorable à l’Occidentix. En avril 1948, le Joint Intelligence Committee britannique estime ainsi que « l’Armée rouge est capable de s’emparer de l’Europe continentale en l’espace de quelques mois […] Les forces soviétiques pourraient alors tenir le territoire européen pendant au moins deux ans avant que les États-Unis et leurs alliés ne puissent rassembler et équiper une force suffisamment puissante pour tenter une invasion continentale »x. On voit ici dans l’esprit des analystes de l’analogie avec la Seconde Guerre mondialexi. L’influence conceptuelle, mais également émotionnelle, de celle-ci sur les acteurs du début de la guerre froide est un élément central dans le développement de dispositifs stay-behind reproduisant des schémas opérationnels d’une guerre dont il s’agit alors de tirer les leçons, en évitant les improvisations coûteuses de 1940.

C’est ainsi au début de l’automne 1947 que le Cabinet du Premier Ministre Clement Atlee émet la demande de réaliser une étude historique sur « le plan qu’avait mis en place le général Gubbins pour le développement de partisans britanniques en cas d’une invasion allemande du pays en 1940 »xii. Bien que le but d’une telle étude consacrée aux Auxiliary Units ne soit pas explicité, le contexte de géopolitique de l’époque atteste de l’analogie historique entre Allemagne et URSS et de la volonté de réactiver les savoirs acquis au cours de la Seconde Guerre mondiale.

Cette réflexion britannique sur l’emploi de la guérilla en cas de conflit avec l’URSS s’étend vite au-delà des frontières du pays. Un récent article de l’historien norvégien Olav Riste à partir de documents d’archives norvégiens atteste ainsi d’une rencontre en février 1947 entre le MI6 et Vilhelm Evang, chef des services de renseignement norvégiens au cours de laquelle Londres exprime son intérêt à développer des capacités de « défense en cas d’occupation ennemie »xiii.

Quelques années plus tard, en 1952, l’ancien membre du SOE devenu député à la Chambre des Communes, Fitzroy MacLean (justement impliqué au même moment dans une fameuse entreprise de subversion contre l’Albanie d’Enver Hoxha), envoie au Premier Ministre Winston Churchill une petite étude intitulée « Irregular Warfare » et destinée à stimuler la réflexion sur le recours à des « mouvements de résistance locaux en territoire occupé »xiv. Il prône là aussi une collaboration avec les gouvernements alliés et notamment avec les États-Unis dans le but d’établir « des contacts, des dépôts et une organisation stay-behind en général »xv.

La France dans l’ombre des maquis

Du fait de sa situation géostratégique à proximité relative des forces soviétiques, de son expérience de quatre années d’occupation et du poids politique de la Résistance dans les institutions d’après-guerre, la France est l’un des premiers pays à envisager sérieusement l’emploi de forces irrégulières en cas d’une nouvelle invasion de son territoire. Dès 1946, le général de Lattre de Tassigny, chef d’état-major de l’armée de Terre, pose par exemple la question de la guérilla dans un article de la Revue de Défense Nationale où il décrit « les conditions futures de la guerre »xvi . Il y insiste sur le rôle « l’autodéfense des points sensibles [qui] en cas d’invasion […] devra amorcer l’organisation de la résistance intérieure, par constitution de réseaux d’agents et de maquis »xvii. L’occupation du territoire national, qui demeurait jusqu’en 1940 un tabou stratégique, constitue désormais une part importante de la réflexion doctrinale française en ce début de guerre froide.

Il faut associer ces idées à la réémergence d’un appareil français d’action clandestine qui avait été démantelé en 1945. L’idée est poussée par le directeur adjoint du SDECE, Pierre Fourcaud – un ancien des SAS connu pour ses positions anticommunistes – qui souhaite rétablir une capacité opérationnelle aux services spéciauxxviii. Les liens de Fourcaud avec le général Revers, chef d’État-major, et surtout avec Ramadier, Président du Conseil, lui permettent de procéder à la résurrection du Service Action. Le 13 août 1946 Ramadier signe un décret portant création du « bataillon parachutiste de choc n°11 »xix qui va correspondre au noyau à partir duquel le SA, reconstitué au titre du Service 29, pourra puiser ses effectifsxx.

Il y aurait beaucoup à dire pour décrire l’influence de l’expérience de la Seconde Guerre mondiale sur la formation d’une école française d’action clandestine. Une chose est sûre pourtant, la création du 11e Choc et du Service Action à la fin 1946 est à replacer dans ce climat intellectuel des débuts de la guerre froide où l’on imagine rejouer rapidement la Seconde Guerre mondiale. Pour Morlanne et Fourcaud, deux anciens des Forces Françaises Libres, il est clair que de telles unités seraient en cas de guerre « en mesure de rétablir des réseaux, voire de les susciter et même de préparer l’encadrement de futurs maquis»xxi.

Dans un ouvrage récent, les journalistes Faligot, Guisnel et Kauffer estiment que le SDECE ambitionne dès l’année 1947 de « former en France un vaste réseau de cellules dormantes avec des clandestins équipés d’émetteurs-radio, d’armes légères et d’explosifs qui pourront être mobilisés pour former une résistance clandestine en cas d’invasion du pays »xxii. Différentes enquêtes font référence à ces plans connus sous des noms divers : « Arc-en-ciel », « Rose des vents » ou « Mission 48 ». A ce jour, il n’existe cependant aucune source archivistique attestant de leur existencexxiii. C’est peut-être aussi dans ce contexte qu’il faut interpréter le scandale du « Plan Bleu » révélé à la presse en juin 1947 par le ministre de l’Intérieur Edouard Depreux et lié à l’existence d’un « maquis noir » bâti sur des réseaux anti-communistes issus de la Résistance. Si les recherches récentes tendent à invalider les liens du « Plan Bleu » avec les plans de défense nationale évoqués plus haut, cet épisode atteste de la vivacité du modèle du maquis dans cette période de troublesxxiv.

Le rôle moteur des États-Unis

Du côté américain enfin, le début de la guerre froide conduit aussi à la relance de la problématique de l’action clandestine sur les lignes de la Seconde Guerre mondiale. À l’été 1947, le Congrès vote le National Security Act, menant à la création de la CIAxxv. Bien que la CIA se présente à ce stade comme orientée exclusivement vers le renseignement, la question se pose vite de la création d’une capacité d’action clandestinexxvi.

Dès le mois de septembre 1947, un mémorandum pose la question de « l’autorité de la CIA à s’engager […] dans les activités connues durant la guerre sous le nom de SO [special operations] qui incluaient les raids de rangers et de commandos, le sabotage derrière les lignes ennemies et le soutien aux opérations de guérilla » xxvii. Il estime aussi que l’une des priorités de l’Agence doit être de collecter « un maximum d’informations en vue d’établir des mouvements de résistance en Europe occidentale en cas d’extension du contrôle communiste. Ces plans incluent l’entraînement d’agents et d’opérateurs radio, l’organisation de groupes et toute autre forme de résistance. C’est de tels groupes que dépendront les futures sections MO [morale operations] et surtout SO [special operations] »xxviii. Le mode opératoire évoqué ici atteste une fois encore de l’influence de la Seconde Guerre mondiale et des actions type Jedburghs qui demeurent une référence pour les anciens de l’OSS.

Il faut pourtant attendre la directive NSC 10/2 en juin 1948 pour que la CIA n’obtienne l’autorisation de se doter d’un appareil clandestin, via l’Office of Policy Coordination (OPC) placé sous la direction de Frank Wisner, ancien membre de la branche Opérations Spéciales de l’OSSxxix. À la fin du mois d’octobre 1948, Frank Wisner propose au Directeur de l’Agence un programme d’opérations spéciales réparties en quatre catégories : « soutien aux guérillas », « sabotage », « évacuation » et enfin « stay-behind » xxx.

Dans un mémorandum du 8 mai 1951 présentant les priorités en matière d’opérations clandestines, Frank Wisner mentionne ainsi clairement « l’organisation de [cellules] stay-behind et de groupes de résistance dans toute l’Europe occidentale »xxxi. Un plus tard, il peut affirmer que « des progrès substantiels ont été réalisés dans l’organisation d’agents stay-behind dans les régions susceptibles d’être envahies », même s’il doute de « la durabilité de tels réseaux et de leur capacité à fonctionner pendant une durée suffisante après déclenchement des hostilités »xxxii.

C’est au cours de cette période du début des années 1950 que William E. Colby, futur directeur de la CIA mais qui n’est alors qu’un ancien opérateur de l’OSS récemment recruté par l’OPC, est envoyé à Stockholm pour y superviser la planification opérationnelle d’une « guérilla scandinave » en cas de conflit ouvert avec l’Union soviétique :

Il fallait implanter, dans tous les pays d’Europe occidentale qui semblaient menacés, des capacités de résistance et de sabotage qui n’entreraient en action qu’après l’éventuelle invasion. […] Il fallait ensuite coordonner ces réseaux avec les plans de l’OTAN, leur fournir divers matériels spécialisés (émetteurs-récepteurs, armes, etc.) et construire les dépôts clandestins et les caches destinés à recevoir ce matériel. […] Il fallait aussi dresser la liste des points névralgiques ; ponts, lignes de chemins de fer, fleuves, détroits; choisir le site le plus favorable à l’implantation de caches et de camps retranchés pour les futurs guérilléros; concevoir les programmes de formation et d’entraînement des dirigeants de la résistance; proposer divers scénarios de guérilla; présenter, enfin, des estimations et des prévisions temporelles et budgétaires.xxxiii

Il n’est pas inintéressant de souligner, comme le fait ici Colby, que la diversité des statuts diplomatiques des pays Scandinaves impliquait des modes d’action différents : la Norvège et le Danemark étant membres de l’Alliance atlantique bénéficiaient d’une coopération ouverte avec l’OPC, tandis qu’en Suède et en Finlande, qui sont neutres, il disait « s’acquitter seul du travail »xxxiv.

Le mythe des « armées secrètes de l’OTAN »

La mise au jour de ces différentes stratégies nationales de stay-behind pose donc la question de leur coordination éventuelle à travers une structure interalliée ad hoc ou de façon multilatérale. Les débuts de la guerre froide sont marqués par la signature de plusieurs traités d’alliance, d’abord européens (traités de Dunkerque et de Bruxelles), puis transatlantiques (traité de Washington) dont la tâche est précisément de prévenir mais aussi de se préparer à une attaque soviétique. La question d’une coordination des réseaux stay-behind par une structure interalliée clandestine s’est surtout posée à la suite des révélations d’Andreotti sur l’existence d’un groupe de contact au sein de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) en charge planifier la future résistance anticommuniste.

Le rapport d’enquête du Sénat de Belgique publié en 1991 évoque en effet la création en 1949 d’un Comité Clandestin de l’Union Occidentale, directement associé aux instances du traité de Bruxelles, qui aurait été chargé de « développer une politique commune [aux services spéciaux] en ce qui concerne les préparatifs, en temps de paix, ainsi qu’une attitude commune en cas d’agression »xxxv. Un document d’archive britannique daté de 1951 atteste de l’existence de ce comité réunissant des représentants des services spéciaux des cinq États membres (France, Grande-Bretagne, et Bénélux). On peut y lire une discussion concernant un projet de liste de cibles à attaquer dans des opérations spéciales en cas de guerre avec l’URSS. Or, il apparaît à la lumière de cette discussion que « les petites nations [c’est-à-dire le Bénélux] ne peuvent apporter leur contribution à des opérations spéciales à l’Est du Rhin et sont par conséquent plus intéressées par les préparations en cas d’occupation »xxxvi.

La France et le Royaume-Uni semblent pour leur part n’avoir qu’un intérêt limité à coordonner leurs services avec ceux du Benelux en cas d’invasion soviétique. En conséquence, la position finalement arrêtée par la délégation britannique est donc de se limiter à l’existant, de rappeler qu’il « n’existe à ce jour aucune autorité internationale responsable de la planification militaire ou politique associée à l’éventualité d’une occupation de l’Europe », et qu’en conséquence « les services clandestins devraient donc continuer à coordonner [leur action] à partir d’arrangements nationaux »xxxvii. Ce dernier élément semble donc a priori invalider les thèses de Ganser quant à une organisation stay-behind interalliée, tant opérationnelle que prospective.

La problématique de la coopération interalliée de l’action clandestine semble cependant avoir persisté avec la signature du Traité de Washington fondant l’OTAN et surtout la création en 1951 du grand quartier-général interallié en Europe (SHAPE), en vue d’établir un commandement militaire intégré en cas de guerre. Toujours selon l’enquête du Sénat belge, SHAPE aurait, dès sa mise en place, procédé à la création d’un Comité de Planning Clandestin (CPC), dont l’existence est semble-t-il encore niée par le secrétariat général de l’OTANxxxviii.

Un document d’archive français daté d’avril 1954, mentionne pourtant l’existence au sein de SHAPE du « comité de planning clandestin »xxxix. Le rôle du CPC y apparaît cependant comme relativement bénin puisqu’il consiste à établir une définition interalliée des « opérations militaires non-conventionnelles (UMO) » et des « opérations des services clandestins (OCS) »xl. Le document atteste donc, sinon d’une coordination, au moins de réels échanges relatifs au développement de la guérilla défensive dans l’Europe occidentale.

Pour important qu’ait pu être le rôle de ce comité, l’absence d’autres sources archivistiques déclassifiées ne nous permet en revanche pas d’accréditer l’idée avancée par Ganser d’une « armée secrète de l’OTAN » commandant dans l’ombre l’activité de tous les réseaux stay-behind, sans même parler de l’implication, beaucoup plus tardive, de ces réseaux dans des activités illicites visant à transformer les équilibres politiques au travers d’une « stratégie de la tension »xli. En attendant que le processus d’ouverture des archives se poursuive, les éléments en notre possession dessinent davantage un espace d’échanges et de discussions autour de concepts et de cadres d’emploi irréguliers et non un centre de commandement d’opérations clandestines.

Notes

iPeter Wilkinson et Joan Bright Astley, Gubbins and SOE, op. cit., p. 69 74.

iiDavid Lampe, The Last Ditch, New York, Putnam, 1968, p. 89 96.

iiiMichael R. D. Foot, SOE in France. An account of the work of the British Special Operations Executive in France, 1940-1944, London, Whitehall History Pub. ; Frank Cass, 2004, p. 372.

ivTNA, HS 7/134, « Judex Report by Maurice Buckmaster », top secret, R3188, 15 janvier 1945, p. 5.

vIbid., p. 3.

viTNA, CAB 80/98, « SOE Activitiy in the British Zone of Austria », Memorandum COS(45)671, 22 novembre 1945.

viiTNA, HS 8/332, « Summary of COS(45)680(0) containing a letter to COS », 2 décembre 1945.

viiiJohn Lewis Gaddis, Strategies of Containment. A Critical Appraisal of American National Security Policy During the Cold War, Oxford University Press, 2005, p. 5.

ixLHCMA, Liddell Hart Papers, 1/644, « Slessor to Liddell Hart », 6 septembre 1947.

xFRUS, 1948, Volume I, « Report on ‘Soviet Intentions’ Prepared by the Joint Intelligence Committee, American Embassy », Moscou, 1er avril 1948, p. 552.

xiLa science politique a depuis longtemps identifié l’importance des expériences générationnelles et l’influence des analogies historiques sur les processus décisionnels. Sur ce point, lire notamment Robert Jervis, Perception and Misperception in International Politics, Princeton, NJ, Princeton University Press, 1976 ; Debra C. Rosenthal, « Metaphors, Models, and Analogies in Social Science and Public Policy », Political Behavior, 1982, vol. 4, no 3, p. 283 301 ; Howard Schuman et Cheryl Rieger, « Historical Analogies, Generational Effects, and Attitudes Toward War », American Sociological Review, 1992, vol. 57, no 3, p. 315 326 ; Yuen Foong Khong, Analogies at War: Korea, Munich, Dien Bien Phu, and the Vietnam Decisions of 1965, Princeton University Press, 1992.

xiiTNA, CAB 103/182, « Hubback (Cabinet Office) to Wells (Home Office) », 7 novembre 1947. Il s’agit ici clairement d’une référence aux unités auxiliaires du MI(R) créées à l’été 1940 (cf. chapitre premier).

xiiiOlav Riste, « With an Eye to History: The Origins and Development of ‘Stay-Behind’ in Norway », Journal of Strategic Studies, décembre 2007, vol. 30, no 6, p. 997 1024.

xivTNA, PREM 11/47, « Fitzroy MacLean (MP) to Rt. Hon. W.S.L. Churchill (MP) », 5 août 1952.

xvIbid.

xviJean de Lattre de Tassigny, « Essai d’adaptation de l’organisation militaire aux conditions futures de la guerre », Revue de Défense Nationale, avril 1947, vol. 3, no 35, p. 431 450.

xviiIbid., p. 443 444.

xviiiRoger Faligot, Jean Guisnel, et Rémi Kauffer, Histoire politique des services secrets français: de la seconde guerre mondiale à nos jours, Paris, La Découverte, 2012, p. 116 ; Erwan Bergot, 11e Choc, Paris, Presses de la Cité, 1986, p. 23.

xixSHD/DT, 7U 767, « Création du Bataillon de Choc n°11 type “Etude et Instruction“ », lettre du général Revers, pour le ministre de la Défense, 13 août 1946. Sur la création du bataillon lire également, Erwan Bergot, 11e Choc, op. cit., p. 25 ; Paul Aussaresses, Pour la France. Services spéciaux. 1942-1954, Monaco, Le Rocher, 2001, p. 171 ; Jean Sassi, Opérations spéciales: 20 ans de guerres secrètes, Paris, Nimrod, 2009, p. 153.

xxSelon l’un des « biographes » du 11e Choc, Erwan Bergot, « la création du 11e Choc présente un avantage administratif pour les services Spéciaux. Auparavant, les officiers affectés au SDECE étaient placés en position ‘hors-cadres’ et disparaissaient de l’annuaire. Ce qui attirait sur eux l’inévitable attention des Services étrangers », cité in Erwan Bergot, 11e Choc, op. cit., p. 25.

xxiErwan Bergot, 11e Choc, op. cit., p. 22.

xxiiRoger Faligot, Jean Guisnel, et Rémi Kauffer, Histoire politique des services secrets français, op. cit., p. 84.

xxiiiVoir Charles Cogan, « ‘Stay-Behind’ in France: Much ado about nothing? », Journal of Strategic Studies, décembre 2007, vol. 30, no 6, p. 937 954. Des éléments similaires sont mentionnés in Claude Faure, Aux services de la République: du BCRA à la DGSE, op. cit., p. 124 ; Roger Faligot, Jean Guisnel, et Rémi Kauffer, Histoire politique des services secrets français, op. cit., p. 84 86.

xxivDeux études à base de documents d’archives ont récemment été publiées sur cet épisode: Jean-Marie Augustin, Le Plan Bleu. Un complot contre la République en 1947, La Crèche, Geste éditions, 2006, 317 p. ; Pascal Girard, « Le “Plan bleu” : un complot exemplaire sous la IVe République », in Frédéric Monier (dir.), Complots et conspirations en France du XVIIIe au XXe siècle. Actes de la journée d’étude du 4 mai 2001, Valenciennes, Presses universitaires de Valenciennes, 2003, p. 119-138.

xxvRhodri Jeffreys‐Jones, « Why was the CIA established in 1947? », Intelligence and National Security, janvier 1997, vol. 12, no 1, p. 21 40.

xxviNicholas Dujmović, « Drastic Actions Short of War: The Origins and Application of CIA’s Covert Paramilitary Function in the Early Cold War », Journal of Military History, juillet 2012, vol. 76, no 3, p. 775 808.

xxviiFRUS, 1945-1950, The Emergence, op. cit., document 241, « CIA Authority to Perform Propaganda and Commando Type Functions », memorandum from the General Counsel of the Central Intelligence Agency (Houston) to Director of Central Intelligence Hillenkoetter, Washington, 25 septembre 1947, p. 622-23.

xxviiiIbid., p. 623.

xxixFRUS, 1945-1950, The Emergence, op. cit., document 288, « NSC 10/1 Office of Special Projects », Note by the Executive Secretary (Souers) to the National Security Council”, 18 juin 1948, p. 706-8.

xxxFRUS, 1945-1950, The Emergence, op. cit., document 306, « OPC Projects », Memorandum from the Assistant Director for Policy Coordination (Wisner) to DCI (Hillenkoetter), Washington, 29 octobre 1948.

xxxiFRUS, 1950-1955, The Intelligence, op. cit., document 68, Memorandum from the Executive Secretary of the National Security Council (Lay) to the Director of the Policy Planning Staff (Nitze), the Department of Defense Representative on the NSC Senior Staff (Nash), the Joint Chiefs of Staff Representative on the NSC Senior Staff (Wooldridge), and the Deputy Director of Central Intelligence (Jackson), 8 mai 1951.

xxxiiFRUS, 1950-1955, The Intelligence, op. cit., document 127, enclosure 3 « The Foreign Intelligence Program of NSC 135 », Washington, 15 août 1952.

xxxiiiWilliam E. Colby, Honorable Men. My Life in the CIA, New York, Simon and Schuster, 1978, p. 77. Voir également Olav Riste, « With an eye to history », op. cit.

xxxivWilliam E. Colby, Honorable Men, op. cit., p. 76 77.

xxxvSénat de Belgique, Session 1990-1991, Enquête Parlementaire sur l’existence en Belgique d’un Réseau De Renseignements Clandestin International, n°1111-4, Rapport fait au nom de la Commission d’Enquête par MM. Erdman et Hasquin, octobre 1991.

xxxviTNA, FO 371/96420, WU 1195/37/G, « Brief for Air Marshall Elliott, British Representative for the Standing Group on conclusion WU 82/51 », 24 juin 1951.

xxxviiTNA, FO 371/96420, WU 1195/37/G, « Suggested line to be taken by the British Representative to the Standing Group when WU 82/51 is considered », 25 juin 1951.

xxxviiiDaniele Ganser, NATO’s Secret Armies, op. cit., p. 31 32.

xxxixSHD/DT, 5Q 21, « Note sur les forces militaires non conventionnelles », suivie d’une lettre du général Valluy (chef de la délégation française au Groupe Permanent) au général Ely (Chef d’état-major des forces armées), No. 195/DFGP/TS, très secret, 1er avril 1954.

xlIbid., p. 2.

xliDaniele Ganser, NATO’s Secret Armies, op. cit., p. 5 et suiv.

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