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FN : « Ceux qui dénoncent un lobby gay sont surtout hostiles au communautarisme »

puzzle 3d colors lgbtPropos de Nicolas Lebourg recueillis par Gaël Cogné, publiés sur Francetvinfo le 8 janvier 2013.

Francetv info : Pourquoi Minute attaque-t-il la direction du Front national, en l'accusant d'être noyautée par un "lobby gay" ?

Nicolas Lebourg : Ce journal est le poil à gratter de l'extrême droite. Il aime bien taper là où ça fait mal. Après s'être écroulé, il a maintenant retrouvé une place : c'est un hebdomadaire qui continue de se situer dans le champ de l'extrême droite, mais qui n'est plus au service du parti.

Depuis l’arrivée de Marine Le Pen a émergé ce débat sur l’importance des gays. Mais jusqu’à présent, il était resté confiné en interne. Minute profite de l’occasion du mariage pour tous pour mettre les pieds dans le plat.

Jean-Marie Le Pen a toujours eu des copains homosexuels et il y a toujours eu des dirigeants gays au Front national. En revanche, il n’y avait pas à l’époque cette impression, chez un certain nombre de cadres, qu’il y aurait un réseau homosexuel, dont les membres se renverraient l’ascenseur et influenceraient Marine Le Pen à la manière d’un lobby.

L’homosexualité ne serait donc pas incompatible avec les idées du Front national ?

Non. Les homosexuels représentent un segment de l’électorat à prospecter parmi d’autres. Depuis 2001, dans le sillage de la théorie du « choc des civilisations », une partie de la communauté gay et lesbienne estime que les jeunes d’origine arabo-musulmane incarnent l’homophobie et qu’il faudrait donc s’opposer à eux.

Au sein du parti, personne n’est opposé à l’homosexualité. D’ailleurs, il n’y a pas de demande sociale pour un discours homophobe. Du racisme, vous pouvez faire un levier politique. De l’hostilité à une société multiculturelle, vous pouvez faire un levier politique. Avec l’homophobie, non.

Finalement, des jeunes frontistes peuvent très bien assumer aujourd’hui d’être gay et d’extrême droite. Il y a vingt ou trente ans, c’était peut-être différent. En ce qui concerne l’électorat de Marine Le Pen, il y a une partie de la bourgeoisie traditionnelle qui peut encore être heurtée. Mais une autre s’en moque complètement. Ils votent Front national car ils ont le sentiment que les Arabo-musulmans sont la cause du chômage, de l’insécurité, et qu’ils sont responsables de tous les problèmes.
Dans ce cas, que cache le débat autour du « lobby gay » au sein du Front national ?
 
La sociologie du parti a beaucoup changé. Certaines figures du mouvement, comme le député [non encarté] Gilbert Collard, assument leur appartenance à la franc-maçonnerie. D’autres sont ouvertement homosexuels. Cela amène forcément des interrogations pour ceux qui campent sur des réflexes plus traditionnels.
Depuis 2001, le parti a opéré une mue néopopuliste. Il met en avant la nation face aux communautarismes qui viendraient la déliter. Or, à partir du moment où il y a le sentiment que se constitue un autre communautarisme, c’est-à-dire le communautarisme gay, cela pose une vraie question idéologique. Ceux qui dénoncent un « lobby gay » ne sont pas forcément homophobes, ils sont surtout hostiles à toute forme de communautarisme. Ce n’est pas une opposition entre des modernes gays et des réactionnaires homophobes. Nous n’avons pas affaire à un « lobby gay » contre des lepénistes purs et durs. C’est une vraie question de management. Comment se gère un parti d’extrême droite avec une sociologie qui est autant en mouvement ?
Les tensions entre les cadres vont durer jusqu’en 2014, date des municipales. Pour le moment, les têtes d’affiche, ce sont les députés, Marion Maréchal-Le Pen, qui a certes du talent mais a surtout le mérite de s’appeler Le Pen, et Gilbert Collard, un électron libre qui n’a pas sa carte du parti. Mais cela peut changer… Les rapports de force au sein du FN vont se régler en 2014. Ceux qui ramèneront des mairies auront le dessus.
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