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« Sur un plan stratégique, c’est Marion, et non Marine, la vraie héritière de Jean-Marie Le Pen »

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les moires par John Melhuish Strudwick (1885).

Propos de Joêl Gombin recueillis par Thomas Wieder, « Sur un plan stratégique, c’est Marion, et non Marine, la vraie héritière de Jean-Marie Le Pen », Le Monde, 24 août 2015.

Comment analysez-vous les déclarations de Marion Maréchal-Le Pen ?

Joël Gombin : Elles sont révélatrices de la place singulière que celle-ci occupe au FN. Elle est la seule à y disposer d’une double légitimité, à la fois charismatique et politique. La première, c’est celle de son patronyme, Le Pen, qui conserve une valeur symbolique très forte à l’extrême droite. C’est un label, une marque, qui donne à ceux qui peuvent s’en prévaloir une place forcément à part. A cela s’ajoute une légitimité politique : Marion Maréchal-Le Pen est députée, elle est élue au suffrage universel, ce qui n’est pas le cas de Marine Le Pen, qui a été battue aux législatives de 2012 à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais).

Cette double légitimité lui donne une liberté de parole que n’ont pas d’autres cadres du parti. Voyez ce qui s’est passé au FN ces six derniers mois : ceux qui ont exprimé ouvertement leur désaccord avec la direction sur le sort à réserver à Jean-Marie Le Pen sont des personnalités âgées qui ont leur avenir politique derrière eux, comme Bruno Gollnisch ou Marie-Christine Arnautu. En revanche, les plus jeunes ont tous dû faire allégeance à Marine Le Pen et Florian Philippot, même si, au fond d’eux-mêmes, ils jugeaient excessive leur intransigeance à l’égard de Jean-Marie Le Pen. C’est le cas par exemple du sénateur des Bouches-du-Rhône, Stéphane Ravier, ou du patron de la fédération du Var, Frédéric Boccaletti.

Selon vous, les propos de Marion Maréchal-Le Pen expriment-ils d’abord l’attachement d’une petite-fille à son grand-père ou ont-ils un sens politique plus profond ?

A mes yeux, Marion Maréchal-Le Pen s’exprime avant tout en femme politique. Sur un plan idéologico-stratégique, il est clair qu’elle a du FN une vision assez distincte de celle de Marine Le Pen. Pour cette dernière, l’idée est de construire un parti populiste comparable à ce que sont par exemple le Parti pour la liberté (PVV) aux Pays-Bas et le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP) en Grande-Bretagne. Comme les dirigeants de ces partis, elle pense qu’un tel projet nécessite de rompre avec une partie de l’extrême droite, et que cette rupture passe notamment par l’élimination de ceux qui, comme son père, incarnent cette tradition.

Marion Maréchal-Le Pen, elle, défend une vision plus classique du FN. Elle considère que le parti doit rassembler la droite nationale et l’extrême droite radicale, ce qui suppose l’acceptation d’un certain dissensus idéologique au sein du parti. Elle en fait elle-même la démonstration, à la fois par les liens qu’elle entretient avec les catholiques traditionalistes et certains identitaires, ainsi que par ses tentatives de débauchage d’élus de droite en Provence – Alpes – Côte-d’Azur (PACA).

De ce point de vue, sur un plan purement stratégique, c’est elle, et non Marine Le Pen, la vraie héritière de Jean-Marie Le Pen au FN.

Faut-il voir dans les prises de position de Marion Maréchal-Le Pen les prémices d’un affrontement futur entre elle et sa tante ?

On n’en est pas là. Pour l’heure, les deux femmes ne s’inscrivent pas dans la même temporalité. L’une, Marine Le Pen, bien que candidate aux régionales dans le Nord – Pas-de-Calais – Picardie, se voit avant tout un destin national. Sa nièce, qui a vingt ans de moins, n’assume pas encore totalement son destin de femme politique, et il lui arrive d’ailleurs de confesser qu’elle pourrait ne pas faire de la politique toute sa vie. Chaque fois qu’elle est interrogée sur le sujet, elle dit très clairement qu’elle n’a pas pour ambition de concurrencer sa tante.

N’ayant pas les mêmes ambitions, les deux femmes n’ont pas la même stratégie. Pour Marine Le Pen, l’objectif principal est la présidentielle de 2017. Pour obtenir le score le plus élevé au premier tour, elle pense qu’il faut rassembler le plus largement possible, c’est-à-dire bien au-delà de la droite nationale et de l’extrême droite. La question du rassemblement des droites se posera pour elle si elle parvient au second tour de la présidentielle, mais chaque chose en son temps !

Marion Maréchal-Le Pen, elle, a pour objectif les régionales de décembre en PACA. Or, compte tenu de la situation politique locale, elle pense qu’il faut faire une campagne clairement à droite. De plus, dans une partie de la région, elle estime que le terrain est prêt pour des opérations de recomposition des droites en sa faveur, comme elle le fait depuis un moment dans le Vaucluse, et comme elle le fait en ce moment dans les Alpes-Maritimes.

Je pense que l’on y verra plus clair au lendemain des régionales. Si Marine Le Pen échoue et que Marion Maréchal-Le Pen l’emporte, certains au FN pourraient être tentés de poser la question de la stratégie de la présidente du parti. Pour l’heure, cette hypothèse ne me paraît pas la plus vraisemblable, mais il ne faut pas l’exclure a priori.

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