Une Cartographie socio-politique des colistiers 2026 : le cas de Perpignan
Par Marion Jacquet-Vaillant et Nicolas Lebourg
La personnalisation des scrutins et des pouvoirs tend à réduire l’élection municipale à des duels entre premiers des listes, candidats au poste de maire. Néanmoins le scrutin de liste n’a pas qu’un intérêt démocratique : il permet d’échantillonner un territoire, afin que les représentants politiques correspondent quelque peu au camaïeu de leur ville. Si les campagnes sont donc personnalisées, les membres des listes en sont les relais au sein de leurs quartiers, de leurs lieux de travail.
Dans le prolongement de la parution de Perpignan, déclassement et droitisation, nous avons cartographié les membres des six listes qui se présentent aux suffrages des Perpignanais. Les cercles figurant sur la carte ne correspondent bien sûr pas aux adresses réelles de qui que ce soit, et sont juste placés sur le bureau de vote. En cliquant sur l’image vous ouvrirez un nouvel onglet qui vous permettra de sélectionner une ou plusieurs listes et de zoomer sur des bureaux de vote spécifiques.
Certains d’entre eux sont particulièrement disputés : huit disposent de dix et plus colistiers présents – le maximum étant atteint au bureau 901 du centre-ville avec 14 candidats. Le fait que le centre concentre une grande part des colistiers est rationnel : lieu de vie qui concentre les activités, il n’est pas anormal d’y trouver des personnes désireuses de s’impliquer dans la vie publique. Une liste peut veiller à avoir un équilibre de secteurs, mais des colistiers vont être choisis selon leurs compétences, leurs réseaux, des liens militants, sans que leur résidence importe.
Cartographier par bureaux de vote ne doit pas faire omettre le caractère très inégalitaire du territoire, avec un coefficient de Gini qui peut atteindre 0.66 dans le centre ancien de Perpignan quand il est de 0.24 à l’échelle nationale. Conséquemment, nous avons recalculé le revenu disponible médian fourni par l’INSEE à l’échelle des IRIS pour le situer à celle des bureaux de vote et choisi de l’utiliser comme variable contextuelle en fond de carte, permettant ainsi d’avoir une idée assez claire du niveau socio-économique des bureaux et de la diversité des expériences de la ville qu’ont les candidats. Pour comparaison, la médiane du revenu disponible à l’échelle nationale est de 23 080€ annuels.
La liste Continuons ensemble avec Louis Aliot est la seule à porter le nom de son leader. Au Vernet, le Nord de la ville, les bureaux 601 et 612, ayant offert d’excellents niveaux de vote tant à Louis Aliot qu’à Marine Le Pen, n’ont pas de colistier – ceux du Nord-Est, moins RN, non plus. L’effort est concentré le long de l’avenue qui coupe la zone, et qui électoralement fonctionne de longue date comme une nette séparation entre pro et anti FN/RN. La liste est la seule à couvrir l’Ouest, avec le marché international Saint Charles. Elle absorbe ainsi l’ensemble des bureaux ayant connu un survote pour Éric Zemmour en 2022, mais aussi des parties ayant moins opté pour Louis Aliot en 2020. La carte est décorrélée de celle de la progression du vote Marine Le Pen entre les présidentielles de 2017 et 2022, soulignant le caractère local des enjeux. La liste a amplement puisé chez les anciens colistiers de Jean-Marc Pujol (maire LR de 2009 à 2020), élus et réélus par le front républicain, illustrant tout à la fois l’approfondissement de la stratégie de fusion des droites de Louis Aliot et le système de rentes du territoire tels qu’analysés dans le récent ouvrage.
La liste Lutte Ouvrière menée par Pascale Alvenard est la seule à porter le nom d’un parti afin de mieux être identifiée – et l’une des deux, avec celle du RN, à ne pas faire figurer le nom de la ville dans son intitulé. En toute logique, elle évite les quartiers les plus aisés du Sud et de l’Est. Mais elle est particulièrement concentrée sur le secteur de Saint-Jacques (6 candidats relèvent d’un seul de ses bureaux) et si elle ne couvre pas l’ensemble du Vernet elle y est très solidement implantée – dont 2 candidats au bureau 616 dont le revenu médian disponible est de 15 377€ seulement. Elle est aussi la seule liste à être présente dans le secteur du Champ de mars, concentrant de nombreuses difficultés sociales. Cette géographie est bien celle d’une liste de premier tour provenant de quartiers populaires et cherchant à s’adresser aux populations les plus défavorisées, là où les autres listes, visant le second tour, doivent avoir une approche interclassiste et une plus grande extension spatiale. La liste divers gauche Perpignan Autrement menée par le socialiste Mathias Blanc n’a pas de colistiers sur le Sud pavillonnaire et l’Est bourgeois. Sa zone de force entoure la rivière Têt avec en particulier un axe du quartier de la gare à celui des Platanes, en une fusion des quartiers ayant donné bon accueil à la fois aux listes EELV-PS et de la gauche radicale en 2020 et correspondant d’une part à des zones vivantes de la cité, d’autre part au processus de création de cette liste ayant voulu rassembler les divers partis de gauche. Elle est aussi présente dans le Nord. On observe d’ailleurs qu’elle fait partie des trois listes (avec Lutte Ouvrière et Plus forts pour Perpignan) ayant un colistier au bureau 607 dont le revenu médian disponible annuel est à 14 120€.
La Liste Perpignan Changez d’air (LFI-Les Écologistes) menée par Mickael Idrac ne recouvre pas la carte des 28 bureaux de vote ayant placé Jean-Luc Mélenchon en tête lors de la présidentielle de 2022, le local n’ayant pas la capacité d’entraînement du tribun national. L’implantation suit un axe Nord-Sud cohérent, mais des bureaux du Nord ayant voté contre Louis Aliot en 2020 n’ont pas d’implantation. Les bureaux de l’hypercentre ont le plus grand nombre de colistiers. Si EELV était dans une liste avec le PS en 2020 (menée par Agnès Langevine, tête de liste suivante de 2020) et qu’aujourd’hui les Écologistes sont avec LFI, se note que la carte du score d’EELV aux élections européennes de 2019 renvoie plus à l’implantation des colistiers de Plus forts pour Perpignan que de Perpignan Changez d’air. La Liste Plus forts pour Perpignan est menée par Agnès Langevine (Place publique-PS). On retrouve assez bien la territorialisation de son vote d’il y a six ans dans celle de ses colistiers, mais avec une forte différence au Nord. Les quartiers du Vernet avaient fait un moins bon accueil à son offre que ceux du Sud. La candidate a noué alliance avec la divers centre droit élue de ce secteur Anabelle Brunet, et cette ouverture au Nord se retrouve avec par exemple 5 candidats dans le bureau de l’ancien lycée Al Sol.
La liste Soyons fiers de Perpignan menée par Bruno Nougayrede rassemble tous les partis de droite et du centre alors que ceux-ci s’étaient présentés en ordre dispersé en 2020. En 2014, les colistiers de la liste LR étaient resserrés autour de l’hôtel de ville, situation qui avait, en vain, été corrigée en 2020. L’erreur n’est plus de mise, mais le Nord moins bien pourvu. L’Est bourgeois est naturellement présent, avec le bureau le plus proche de la mer qui affiche un revenu médian disponible de 26 680€ et ne comporte que des candidats de droite et d’extrême droite. Le centre ancien est très investi par la liste, avec entre autres exemples le quartier du Couvent des Minimes en périphérie du quartier dit gitan de Saint-Jacques. Par rapport à la droite, la carte est nettement différenciée de celle du vote pour François Fillon en 2017, soulignant le renouvellement, et se rapproche beaucoup plus de celle du vote pour Emmanuel Macron, ou plutôt contre Marine Le Pen, au second tour de 2022.
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