Le Rassemblement national et l’urgence climatique

Première parution : Stéphane François, « Le RN et ses électeurs prennent la réalité climatique en plein visage », Le Monde, premier juillet 2026.
Mardi 30 juin, le Rassemblement national (RN) a proposé son « grand plan climatisation » lors d’une conférence de presse à l’Assemblée nationale. La campagne médiatique avait commencé au plus fort de l’épisode caniculaire. Le 19 juin, Sébastien Chenu, vice-président du RN à l’Assemblée, reprochait aux gouvernements passés de ne pas avoir anticipé le réchauffement climatique face aux alertes des scientifiques.
Lorsqu’on connaît le rapport qu’entretient le RN avec l’écologie, il y a de quoi être surpris : opposition générale aux énergies renouvelables, refus des contraintes visant à engager la transition écologique, climatoscepticisme et rejet des conclusions des rapports du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) par certains de ses membres et cadres. En 2023, Marine Le Pen considérait encore que ces rapports étaient alarmistes… Et pour cause, pourrions-nous dire aujourd’hui.
Les récentes volte-face de responsables du parti d’extrême droite à propos de la canicule sont à la fois intéressantes et pathétiques. Intéressantes, car elles montrent qu’il ne peut plus maintenir sa ligne « anti-écologie punitive ». Le changement et le réchauffement climatiques sont bien là, visibles et surtout perceptibles. Pour le dire autrement, le RN et ses électeurs prennent la réalité climatique en plein visage, et cela fait mal. D’où le revirement.
Pathétique, car, pendant longtemps, le parti a considéré l’écologisme comme un « passe-temps de bobos », dixit Jean-Marie Le Pen. Jusqu’en 2010 environ, Mme Le Pen n’hésitait pas à exprimer une sorte de climatoscepticisme « soft ». Elle est plus prudente aujourd’hui. Quant à Jordan Bardella, il continue de fustiger la supposée « écologie punitive » de l’Union européenne. En outre, il reste très souvent ambigu, minimisant, entre autres, l’importance des gaz à effet de serre.
Depuis la semaine du 22 juin, les médias exhument des propos de caciques du parti sur l’écologisme et le GIEC. Dans ce florilège de tweets et de communiqués officiels, on retient notamment qu’il faudrait choisir entre « la liberté ou l’écologie » (communiqué du RN en 2019) ; que les rapports du GIEC, selon Thomas Ménagé, député du Loiret, ont « parfois tendance à exagérer » (France Inter, le 21 août 2023) ; que les incendies du sud de l’Europe sont d’origine humaine pour Hervé de Lépinau, député du Vaucluse, dans un tweet du 31 juillet 2023. La liste est très longue.
Le « plan clim » ne nous a pas surpris : il était déjà suggéré en 2025, à la même date. Il se situe dans la continuité des positions du RN. Il s’agit d’un technosolutionnisme à court terme consistant à isoler et à climatiser les habitations (avec des prêts à taux zéro, déjà proposés à l’automne 2025), mais aussi les hôpitaux, les Ehpad et les écoles. Le tout avec un budget de 40 milliards d’euros sur deux quinquennats.
Certes, cela permettrait de protéger de la chaleur, sauf dans certains cas – notamment en ville, où la climatisation crée des îlots de chaleur –, mais sans chercher à réduire les effets du changement climatique à sa source : l’émission des gaz à effet de serre, qui pourrait être réduite au cours de la même période. C’est à la fois un coup de communication à peu de frais et un volontarisme à géométrie variable.
De fait, la logique des propositions du Rassemblement national reste profondément économique. Selon le député RN de la Somme Jean-Philippe Tanguy, les vagues de chaleur que nous subissons entraîneraient une perte de richesse pour le pays. Ensuite, comme il devait le reconnaître sur TF1, le 23 juin, il y a « des morts malheureusement, des malades [et] des gens en souffrance » – des personnes qui s’entassent dans les services des urgences des hôpitaux, faute de place et surtout de budget. Toutefois, n’oublions pas que le dernier programme présidentiel du RN augmentait les contraintes sur l’hôpital public, favorisait la médecine libérale et proposait la suppression de l’aide médicale d’Etat. On reste dans la posture démagogique historique du parti.
Du reste, avec quelle électricité les climatiseurs fonctionneraient-ils ? Nucléaire, puisque le RN refuse les énergies renouvelables. Selon le parti, afin que celles-ci soient réellement efficaces (c’est-à-dire pour remplacer les dernières centrales à charbon), il faudrait en mettre beaucoup plus, au détriment des terres agricoles. Logiquement, le parti soutient le développement du programme nucléaire français, en particulier celui des ITER (International Thermonuclear Experimental Reactor, un programme international de développement de centrales à fusion nucléaire situé à Cadarache, dans les Bouches-du-Rhône).
Un constat s’impose : le RN ne comprend toujours pas ce qu’est la transition écologique. Pire peut-être, il a saisi l’urgence, mais préfère camper sur ses positions idéologiques, qui sont ouvertement démagogiques : mettre des climatiseurs partout pour éviter d’agir en matière climatique et favoriser les politiques des grands groupes de l’industrie nucléaire, mais également pétroliers ou gaziers.Le parti défend l’exploitation des hydrocarbures en Guyane, s’opposant à la loi Hulot de 2017, qui mettait fin à la recherche et à l’exploitation des hydrocarbures en France, en vue de favoriser les énergies renouvelables et de respecter l’engagement de la neutralité carbone à l’horizon 2050.
Le RN préfère, comme toujours, proposer des solutions à court terme, sans tenir compte des urgences climatiques, car il ne faut pas modifier les modes de vie de son électorat. Pourtant, un sondage commandé en octobre 2025 par WWF France montre que son électorat, même s’il continue de mépriser les Verts, change de position vis-à-vis de la transition écologique. Inondations, sécheresses, mouvements de terrain le touchent personnellement. Sans entraîner, pour le moment, d’évolutions au sein du parti.
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