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Jusqu’où les sondages iront-ils avec le FN et Marine Le Pen ?

Magritte-ClairvoyancePar Alexandre Dézé

« Marine Le Pen TRES NETTEMENT [en majuscule dans le texte] préférée par les sympathisants de droite » à François Hollande. Ce résultat issu du dernier baromètre de l’institut BVA sur la « vie politique nationale » s’est répandu comme une traînée de poudre sur les principaux sites d’information et les réseaux sociaux.

La présidente du FN aurait ainsi franchi une nouvelle étape dans le processus de dédiabolisation qu’elle a entamé au lendemain de son élection à la présidence du parti en janvier 2011 : 63% des sympathisants de droite (interrogés) la préféreraient ainsi à François Hollande (29%) – autant dire, car c’est bien l’idée sous-jacente, que 63% des sympathisants de droite (incluant ici les sympathisants d’extrême droite, qui deviennent donc sans autre explication, dans l’enquête, des sympathisants de droite…) seraient prêts à voter pour Marine Le Pen plutôt que pour le président de la République…

On peut tout d’abord se demander si le fait de poser la question de la préférence entre Marine Le Pen et François Hollande a le moindre sens dans le contexte actuel : la prochaine élection présidentielle, seule susceptible de donner quelque fondement à une telle question (dans le cas d’un deuxième tour qui opposerait le président actuel à Marine Le Pen), n’aura lieu en effet que dans quatre ans ; la présence de Marine Le Pen comme celle de François Hollande au deuxième tour de cette élection restent pour l’heure indéterminées ; et l’expression d’une préférence pour l’un ou pour l’autre aujourd’hui ne signifie pas qu’elle se traduira nécessairement, le moment venu, en un vote pour l’un ou pour l’autre. En somme, on est en pleine fiction politique.

On peut ensuite se demander ce qui, au moment de l’enquête réalisée par BVA, a encouragé telle personne à déclarer une préférence pour Marine Le Pen et telle autre une préférence pour François Hollande. Pour s’en tenir à la seule présidente du FN, on aimerait notamment savoir si cette préférence a été motivée par rejet de François Hollande, par adhésion (partielle, intégrale, protestataire…) aux idées du FN, par déception à l’égard de la droite ou par toute autre chose tenant à l’humeur du moment des personnes interrogées. Or rien n’est dit sur ce point. Pourtant, on peut présumer que les motivations des enquêtés ont été très diverses et que, dans cette mesure, agréger telle logique préférentielle avec telle autre pose toute de même problème en produisant notamment un effet d’homogénéisation des réponses.

Mais le plus regrettable, c’est sans doute la mise en en exergue, par les médias, de ce seul résultat : Marine Le Pen préférée à François Hollande par les sympathisants de droite. Or le baromètre réalisé par BVA contient surtout des résultats qui ne s’avèrent pas vraiment favorables à Marine Le Pen et au FN. Ainsi, 72% des personnes interrogées ont une « mauvaise opinion » du parti (-1 point depuis juin 2013, comme cela a été rappelé dans les commentaires, mais + 3 points depuis avril 2013, ce qui a été moins souligné).

De même, 26% (« seulement ») des enquêtés souhaiteraient voir la présidente frontiste avoir « davantage d’influence dans la vie politique française » (Marine Le Pen arrivant ici en douzième position du classement établi, loin derrière Alain Juppé ou Manuel Valls). Enfin, et pour l’heure, François Hollande reste bien préféré à Marine Le Pen par 57% de l’ensemble des personnes interrogées (contre 34% préférant Marine Le Pen à François Hollande, 9% ne se prononçant pas).

Pourquoi ces derniers résultats n’ont-ils pas été davantage diffusés et commentés ? Parce que l’on préfère camper, depuis deux ans, l’idée d’un FN en plein renouveau, alors même que le parti n’a pas modifié ses fondamentaux. Il faut croire cependant que ce scénario de la nouveauté supposée du FN est davantage vendeur. Il présente en outre le mérite d’offrir une explication toute trouvée aux résultats de Marine Le Pen et du FN qui sont proposés par les instituts. Ces résultats gagneraient pourtant à être systématiquement déconstruits tant ils apparaissent discutables. Alors peut-être que la réalité frontiste apparaîtrait sous un jour un peu moins déformée .

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