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L’Extrême droite radicale à Lyon

Boccioni le bruit de la villePropos de Stéphane François recueillis par Jean-Baptiste Mouttet. La première partie de l'entretien portait sur les extrêmes droites en leur ensemble, celle-ci est dévolue à l'extrême droite radicale.

Les manifestations contre le mariage pour tous ont-elles modifié le spectre de l'extrême-droite à Lyon?

Stéphane François : Visiblement le grand vainqueur fut le groupe des Jeunesses nationalistes, mais il était déjà dans une position favorable avant la contestation du mariage pour tous. Donc, dans ce sens, ces manifestations n’ont pas changé le spectre de l’extrême droite lyonnaise. Elles ont simplement clarifié un état des lieux qui prééxistait.

Quel est l’ancrage des traditionalistes ou catholiques extrémistes à Lyon ? Pourquoi ?

Il existe dans le lyonnais une forte implantation de catholiques traditionalistes depuis la Révolution française. Il existe aussi dans cette région des communautés sédévacantistes, voire des communautés de ce qu’on appelle les « Petites Églises », dont quelques unes sont très réactionnaires. En fait, le lyonnais et les Mont du Lyonnais sont historiquement des terres catholiques. N’oublions pas qu’elle est la ville abritant le Primat des Gaules. Ce sont aussi des terres mystiques : Lyon, au XIXe siècle et au début du suivant, était une ville avec une forte proportion d’ésotéristes/mystiques catholiques. C’est aussi une ville contre-révolutionnaire. Si la région s’est embourgeoisée et policée, elle n’en continue pas moins d’être une terre contre-révolutionnaire et traditionaliste…

Vous m’aviez cité de nombreux universitaires négationnistes : mais   pourquoi à Lyon ? A Paris les facultés aux influences d’extrême-droite ne manquent pas, si ? Nous avions parlé de l’influence de Bruno Gollnisch, d’autres jouent ils un rôle important ?

Ces universitaires, évoluant dans la nébuleuse de ce qu’on appelle la « Nouvelle Droite », ont été recrutés lors de la création de Lyon III et ont profité ensuite pour recruté des personnes à l’idéologie proche. Contrairement à ce que vous pensez, il n’y a guère d’universités à Paris avec autant d’enseignants évoluant à l’extrême droite, dont plusieurs furent des membres du Conseil scientifique du Front national. Il y a bien des universités considérées comme « droitières », Assas par exemple, mais elles n’ont pas ce nombre impressionnant de militants. Cette présence fut d’ailleurs considérée comme un souci, puisqu’au début des années 2000 une commission fut diligentée par le ministère de l’enseignement supérieur. Elle rendit son rapport en 2004 : c’est le « Rapport Rousso ».

Parmi les personnes qui furent influentes à Lyon III, et qui furent membres du Front national avant de quitter ce parti pour une structure identitaire (Terre et Peuple), nous pouvons citer le médiéviste Pierre Vial et l’indo-européaniste Jean Haudry. Ce dernier mit en place un institut, l’Institut des Etudes Indo-Européennes, qui fut un lieu de rencontre d’universitaires d’extrême droite aux positions « aryanisantes ». Certains furent même cités dans des cas de soutenance de thèses négationnistes, en particulier lors de la soutenance de la thèse d’Henri Roques.

Peut-on parler d’une influence lyonnaise sur l’extrême-droite nationale, du FN aux groupuscules ?

Terre et peuple est à la fois une association identitaire et une revue dont les idées sont à la fois identitaire, païenne, et nostalgique de certains aspects du nazisme. La revue est influente sur le plan doctrinal dans les milieux les plus radicaux de l’extrême droite.

D’une certaine façon, oui clairement. Les personnes que l’ai citées dans ma précédente réponse ont influencé le Front national lorsqu’elles y sont entrées et, lorsqu’elles en sont parties, ont influencé des franges de l’extrême droite française par leurs publications et leur positions. Mais surtout Lyon est considéré comme un haut-lieu du négationnisme. Outre les enseignants de Lyon III qui participèrent au jury de la thèse négationniste d’Henri Roques, nous avons Robert Faurisson qui fut enseignant à Lyon II ainsi que l’éditeur Jean Plantin, dont la maison d’édition, Akribeïa, la principale en France en ce qui concerne le négationnisme, est sise dans les Monts du Lyonnais à Saint-Genis-Laval. Plantin a d’ailleurs vu ses mémoires de maîtrise et de DEA annulés.

Lyon, durant la guerre, fut un haut-lieu de la Résistance. Elle fut aussi un haut-lieu de sa répression, avec une Gestapo très active et violente, avec des personnes comme Klaus Barbie. Ce fut aussi une ville importante de la Milice, dirigée localement par Paul Touvier. Et enfin, un lieu important de la Collaboration. Effectivement, c’était une place stratégique située à la fois en zone libre et à proximité de frontières (Suisse), un lieu de repli de Parisiens fuyant l’occupation de la capitale et un lieu de direction de la Résistance… A la Libération, Lyon fut aussi un lieu d’épuration, avec un grand nombre d’exécution sommaires (environ 270) et de règlement de compte. Des enfants d’épurés, ayant gardé les mêmes idéaux que leurs parents, furent d’ailleurs recrutés par les instances de Lyon III.

Vous m’aviez évoqué les violences dans les années 70. Que s’était-il passé durant ces années là ?

Ces années étaient très clivées politiquement, et les violences de rue, les rixes, entre militants d’extrême droite et militants d’extrême gauches, violentes et régulières. D’un côté, on combattait les « fascistes » et de l’autre on cherchait à endiguer par la violence le « péril communiste ». Dans certains pays, la violence était telle que cela a provoqué un climat de guerre civile, par exemple les « années de plomb » en Italie, et l’apparition de terrorisme. En France, la tension est restée à un niveau plus faible, mais le climat n’en était pas moins violent.

Les Monts Lyonnais sont un nouvel eldorado pour ces mouvances. En quoi le terreau est plus fertile là-bas ?

Les Monts du Lyonnais ne sont pas le seul lieu de recrutement pour ces mouvances : il y la Picardie, le Nord Pas de Calais, l’Alsace et la Lorraine. Simplement, on n’a pas ou peu de vision d’ensemble du phénomène. Cette problématique n’a, de longue date, guère intéressé le ministère de l’Intérieur. Cela est bien dommage. Effectivement, si ces groupes recrutent là-bas, c’est qu’il y a un vivier. Par contre, contrairement à la Picardie où les politiques ne s’inquiètent pas de ce recrutement (je pense au cas de Chauny dans l’Aisne qui est vu par certains militants de l’extrême droite la plus radicale comme un lieu de « reconquête »), les politiques des Monts du Lyonnais cherchent à comprendre et à trouver une solution.

La concurrence entre les mouvements poussent à la radicalisation » pouvez-vous détailler ?

En fait, la concurrence entre les différents groupuscules, les différentes formations, pousse à la surenchère tant idéologique que militante, chaque groupe cherchant à attirer les personnes les plus radicales/extrémistes. Et ce sont les groupuscules les plus radicaux dans les faits et dans les discours qui récupèrent ces personnes.

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