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Terrorisme d’aujourd’hui et guerre d’hier

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Source : HM sur Flickr.

Les attentats de 2015 et 2016 ont été interprétés par divers intervenants dans le débat public tel une poursuite ou une revanche de la guerre d’Algérie. Dans le cadre de l’Observatoire des radicalités politiques, Jérôme Fourquet et Nicolas Lebourg ont étudié ce discours, l’ont confronté aux archives de la guerre d’Algérie pour voir si les analogies faites étaient pertinentes, ont cherché à comprendre comment le terrorisme redéfinissait l’imaginaire de l’opinion publique.

Ce livre est téléchargeable librement et gratuitement depuis la site de la Fondation Jean Jaurès (il vous suffit de donner votre mail). Si vous préférez une version papier vous pouvez la commander ici.

φ Table des matières :

Introduction : Nos 7 janvier
La Guerre et l’urgence
Subversion et submersion
Guerres civiles
Le choc des mémoires
Le marché autoritaire
Conclusion : la peur elle-même

φ Vous pouvez lire sur Slate « D’un 7 janvier à l’autre: manipuler l’histoire pour vendre une guerre civile » qui reprend les premières pages de l’ouvrage :

7 janvier 2017: la bataille d’Alger a soixante ans. Le 7 janvier 1957, les parachutistes, sous l’autorité du général Massu, entament la traque des réseaux algérois du Front de libération nationale (FLN). Le colonel Trinquier met en place un quadrillage du territoire pour défaire la trame urbaine des indépendantistes. Afin de démanteler l’organisation terroriste, la torture est utilisée.

7 janvier 2015: la rédaction de Charlie Hebdo est massacrée par les frères Kouachi. Le lendemain, c’est l’attaque de Montrouge, puis celle de l’Hyper Cacher. Le 11 janvier se déroule le plus grand défilé de l’histoire du pays. 115.000 militaires et policiers sont mobilisés pour assurer la sécurité, recueillant le soutien de la population.

7 janvier 2017: deux commémorations pour une journée, certes, mais une concordance de dates n’a jamais suffi à produire un sens historique.

26 juillet 2016, Saint-Étienne-du-Rouvray, Seine-Maritime: au nom de l’État islamique, deux djihadistes égorgent le prêtre Jacques Hamel, 86 ans. Une vague de colère parcourt l’opinion. Plus jeune député de France, Marion Maréchal-Le Pen annonce qu’elle veut rejoindre la réserve militaire. Deux époques paraissent se télescoper, puisque son grand-père Jean-Marie Le Pen, plus jeune député en son temps, avait rejoint le théâtre d’opérations algérien en 1956.

Sur les réseaux sociaux, chacun se déchaîne. Le tweet de Martial Bild est révélateur: «Il va falloir accepter de vivre “la guerre d’Algérie” sur notre sol français. Et ne pas rester désarmés physiquement et moralement.» Cadre du Front national durant des décennies, il est de ceux qui, pour laisser place à Marine Le Pen, ont été poussés vers la sortie, puis ont fondé le Parti de la France en 2009. Sur Twitter, son analogie historique fait mouche: l’un répond: «[…] 1957 […] Massu et les paras pour gagner la bataille d’Alger et éradiquer le terrorisme […] 2017 […]: qui?», un autre internaute enchaîne: «Ressortir l’expression employée en 1962, la valise ou le cercueil.» Comme souvent, les marges expriment un sentiment qui dépasse leur état quantitatif, quelque chose qui, souterrainement, travaille l’opinion. Les semaines qui suivent voient se multiplier ces références, proférées dorénavant par des personnages plus insérés dans le jeu politique traditionnel. Boussole de la droitisation à la française, d’origine pied-noire, Éric Zemmour lâche lors d’une de ses interventions télévisuelles: «Nous sommes dans la revanche de la guerre d’Algérie.»

Mais, après tout, la guerre d’Algérie a-t-elle jamais pris fin? Selon Benjamin Stora, sa mémoire s’est notamment réactivée avec «le procès Papon, en octobre 1998, [qui] a contribué à faire entrer la guerre d’Algérie dans le registre des “mises en examen” historiques: Papon, qui était à Bordeaux en 1942, a été préfet à Constantine en 1958, et enfin préfet de police à Paris au moment de la terrible ratonnade d’octobre 1961».

Lire la suite sur Slate

φ Sur le blog du Monde dédié aux extrêmes droites vous pouvez lire : « La nouvelle guerre d’Algérie n’aura pas lieu » : réponse au spectre de la guerre civile« , passage qui a trait à l’agitation de ce spectre :

Entendu le 10 mai 2016 par la commission de défense nationale de l’Assemblée nationale, Patrick Calvar, le directeur général de la Sécurité intérieure, déclare : « Les extrémismes montent partout et nous sommes nous, services intérieurs, en train de déplacer des ressources pour nous intéresser à l’ultra-droite qui n’attend que la confrontation. Et cette confrontation, je pense qu’elle va avoir lieu. Encore un ou deux attentats et elle adviendra. Il nous appartient donc d’anticiper et de bloquer tous ces groupes qui voudraient, à un moment ou à un autre, déclencher des affrontements intercommunautaires. » Cet inquiétant diagnostic le devient plus encore quand le même Patrick Calvar lâche quelques semaines plus tard, toujours devant des députés : « Nous sommes au bord de la guerre civile. » […]

On retrouve cette thématique en une de Valeurs actuelles le 13 octobre 2016, avec en couverture une tour Eiffel en flammes barrée d’un « Guerre civile : faut-il craindre l’embrasement ? » Rationnellement, comment saisir cette inquiétude quant à un cycle d’affrontements débouchant sur un conflit intérieur ? Durant la guerre d’Algérie, la vigueur de chaque camp a suscité de fait des réactions en chaîne. Face au FLN sont apparus dès 1954 ceux que l’on nommait alors des « contre-terroristes ». La Main rouge, organisation contre-terroriste qui commet des attentats contre les réseaux nationalistes algériens, et téléguidée par les services français, collabore avec les activistes, par exemple ceux du groupe Jeune Nation (JN) de Pierre Sidos.

Ses assassinats commis sur le sol allemand, entre autres celui de l’ancien SS Wilhelm Beisner devenu trafiquant d’armes pour le FLN, furent sujets de tensions entre Bonn et Paris. De la même façon, la volonté de politiser l’armée dans le cadre de la « guerre contresubversive » aboutit à de nombreux contacts entre activistes et officiers, avant tout attirés par la ligne nationale-catholique, mais aussi, en moindre part, par les groupes néofascistes.

Dans le fichier de JN constitué par la Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN) en 1961, on trouve 21 militaires, pour l’essentiel officiers, tandis que le Centre d’études de défense nationale (CEDN), constitué en 1960 par de jeunes officiers hostiles au gouvernement, compte 348 militants fichés par la DGSN un an après. Ces connexions dans l’armée, ainsi que les liens de l’OAS dans les rangs policiers, furent un sujet constant d’inquiétude pour les services de renseignements dans les années suivantes. En 1965, la Sûreté militaire confiait encore aux divers services une liste d’une cinquantaine d’officiers subversifs d’obédience nationale-catholique, en demandant de lui faire remonter toute information.

Il ne semble pas que la subversion actuelle dispose de ce type de soutiens dans l’appareil d’État. En outre, l’ordre public devait alors surveiller certains secteurs de l’opinion. Il existait également des organisations contre-activistes. Alain Krivine, par exemple, organisa le Front universitaire antifasciste, un organisme chargé de lutter contre les tenants de l’OAS, considérée comme une organisation « fasciste ». L’organisation est allée jusqu’à arrêter des plastiqueurs de l’OAS pour les remettre aux autorités. Mais, par-delà ces cas, les synthèses quotidiennes de la DGSN, remises en 1962 à moins d’une dizaine de responsables élus ou administratifs, montrent que, si les services sont prioritairement concentrés sur les velléités terroristes OAS, ils ont aussi un œil sur l’agit-prop anti-OAS.

Les commentaires qui ont accueilli les déclarations de Patrick Calvar, en particulier après l’attentat à Nice le 14 juillet 2016, où de nombreux intervenants ont mis en cause une « surveillance » de la droite au détriment des islamistes, outre la représentation tout à fait excessive des propos du directeur de la DGSI qu’ils constituaient, témoignent ainsi d’une méconnaissance de la réalité du travail des services de sécurité, soucieux, hier comme aujourd’hui, du maintien de l’ordre public, afin que l’opposition aux terroristes ne vienne pas nourrir un phénomène d’escalade.

Lire la suite sur Le Monde

φ Pour des détails complémentaires et l’explication de la démarche des auteurs nous vous invitons à consulter les entretiens référencés dans notre revue de presse de janvier

 

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