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Usages radicaux du conflit israélo-palestinien

arton37131Par Nicolas Lebourg

Ecrire sur le conflit israélo-palestinien, sur le sionisme et/ou l'antisionisme, vous livre à toutes les interrogations de vos lecteurs (pas forcément aimables, par ailleurs).  Je n'ai ni l'âge ni l'âme pour m'adonner à l'ego-histoire. Mais la tribune que je publie ce jour sur Rue89, « Israël-Palestine : Jérusalem n'est pas Nuremberg », m'amène à revenir sur quelques publications relatives à l'usage et l'importation du conflit moyen-oriental en France et, pour user de ce mot redevenu omniprésent depuis le 11 septembre, en Occident.

Le premier article universitaire que j’ai écrit le fut à l’été 2000, j’avais vingt-cinq ans et étais en train de finaliser mon mémoire de DEA (les actuels master2) consacré à la biographie de François Duprat. Près de dix ans plus tard je prépare encore une biographie de François Duprat (avec mon complice Joseph Beauregard et pour le compte des éditions Denoël) et l’hystérie des propagandes relatives au conflit israélo-palestinien n’a jamais été aussi vive. Comme le dit une formule consacrée « faut-il que tout change pour que rien ne change ? »

 Ce premier texte que j’avais écrit retraçait l’archéologie des assimilations du sionisme au nazisme et démontrait que dans ce jeu où les gauches avaient eu un part essentielle était venue se greffer la question du négationnisme et qu’ainsi s’était revitalisée la vision du monde de l’extrême droite.

Je suis revenu sur la question « néo-fascisme et conflit israélo-palestinien » dans un article de 2004 qui retraçait l’histoire du néo-fascisme français à travers les archives internes des mouvements (consignes adressées aux militants, bulletins internes etc.). En quelques poignées de mois, tout avait changé et nombre des éléments les plus radicaux de l’extrême droite avaient totalement viré leur cuti. Le 11 septembre avait été une révélation : les laudateurs de l’Intifada n’avaient plus d’yeux que pour le barrage dressé par l’Etat hébreu à ce qui leur semblait être la vague islamique devant emporter l’Occident. De nouvelles alliances pointaient, on voyait certain conférencier passé avec armes et bagages de la mouvance néo-païenne à Israël magazine… En même temps, ces transferts travaillaient à répandre l’accusation contre les gauches d’avoir la responsabilité de la diffusion d’un néo-antisémitisme, ce qui relève pour le moins de la polémique grossière et malsaine.

Mais quelles que soient ces évolutions les jeux langagiers restaient toujours étonnamment structurés par la guerre froide, les nouvelles idées étaient du « vieux-neuf » comme disait Rosenberg…. De même la manie du réemploi n’a pas évolué, comme je l’ai raconté dans l’ouvrage de Sylvain Crépon et Sébastien Mosbah-Natanson, ces deux textes ont connu diverses fortunes dans l’extrême droite et sur internet, dans des rémplois qui m’ont parfois sidéré – entre autres me laissa pantois, l’usage du premier sur divers sites internet durant la seconde guerre contre l’Irak en affirmant qu’émanant d’un historien français il démontrerait que l’anti-américanisme hexagonal assimilait la France au III Reich, alors même que je manifestais en tant que citoyen contre ce projet belliciste.

Internet est aussi l’occasion de rectifier. Je l’ai dit ce premier article était œuvre de jeunesse. J’y confesse deux erreurs qui me chagrinent franchement au jour présent : a) la référence à « d’une Résistance l’autre » : il s’agit, ce que je n’avais pas vu alors, d’un clin d’œil à l’OAS, à Georges Bidault passé du Conseil National de la Résistance contre Vichy à celui contre de Gaulle et qui publia un livre sous cet intitulé ; b) la mention d’une publication des Protocoles des Sages de Sion par le secrétaire-général du FN de 1979. J’avais trouvé l’information dans la presse de la LICRA d’alors. L’intéressé m’a contacté et m’a dit avec vigueur que c’était une calomnie. La pratique que j’ai développée et affinné des sources me fait admettre qu’une telle information, reprise d’une seule source, d’une presse non professionnelle, n’aurait jamais dûe être faite et j’en présente publiquement mes excuses.

Commencer en parlant du conflit israélo-palestinien, finir en essayant de faire montre d’auto-critique et d’honnêteté intellectuelle, j’espère qu’on aura saisi que c’est là une méthode. 

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