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Sur le scrutin en Autriche

fissure

Photographie de fissure (source inconnue).

Suite au scrutin présidentiel en Autriche, nous vous proposons ci-dessous quatre interventions de membres de l’ORAP :

φ Gaël Brustier, « Le FPÖ, la start-up politique qui surfe sur la crise identitaire de l’Autriche », Slate, 29 avril 2016.

Va-t-on assister au sacre d’une stratégie initiée il y a trente ans? Dimanche dernier, Norbert Hofer, le candidat du FPÖ, a obtenu un score historique à l’élection présidentielle autrichienne. Au premier tour, il a engrangé 35,1% des voix, soit quatorze point de plus que son adversaire, le candidat Verts Alexander Van der Bellen. La coalition ÖVP-SPÖ au pouvoir, elle, est laminée. Une défaite aux accents d’irrémédiable déclin pour les deux formations historiques de la Seconde République autrichienne.

Si la crise des migrants, l’islam et le chômage ont joué un rôle déterminant dans la dernière période, la puissance du FPÖ vient de loin… Le cœur du phénomène ne peut être dissocié de la question de la construction éminemment politique qu’est l’Autriche. Félix Kreissler pointa la difficulté de la prise de conscience de la nation autrichienne après 1918 et son progressif développement après le traité d’État de 1955, acte de naissance de l’Autriche moderne.

Le pays entré dans la globalisation et progressivement intégré à l’Europe institutionnelle, le caractère davantage politique qu’ethnique ou culturel de cette fondation, marqué notamment à l’époque par la neutralité entre les deux blocs, fut remis en question. Donnant naissance à une nouvelle forme de nationalisme autrichien. L’épicentre de la secousse électorale de dimanche dernier se situerait bien au niveau de cette crise identitaire. L’onde de choc se serait, quant à elle, diffusée en tirant parti de différents aspects, dont la question des réfugiés et de l’islam dans la dernière période.

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φ Propos de Jean-Yves Camus, « L’extrême droite battue en Autriche : « Une mauvaise nouvelle pour le FN » », L’Obs, 23 mai 2016.

En Autriche, on annonçait la victoire de Norbert Hofer, le candidat du FPÖ (Parti de la liberté) à la présidentielle. Il a pourtant été battu sur le fil – 50,3 % – par l’écologiste Alexander Van der Bellen. Est-ce le signe qu’un barrage républicain s’est mis en place contre l’extrême droite ?

Aucun parti n’avait appelé à un front républicain mais manifestement il y a eu une forme de réflexe anti-FPÖ de la part des électeurs. Il y a sans doute eu une crainte de voir le pays ostracisé en Europe et du saut dans l’inconnu. Paradoxalement, ce pays dirigé par une grande coalition entre conservateurs et sociaux-démocrates est désormais extrêmement divisé : dans le nord et les villes, on a voté pour Van der Bellen ; dans le sud, dans l’est et dans les campagnes, pour Hofer.

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φ Nicolas Lebourg, « On ne vainc pas l’extrême droite par un scrutin, mais par une politique », Slate, 23 mai 2016.

Cela s’est joué à rien. Le scrutin présidentiel autrichien, qui vient de donner quelques milliers de voix d’avance au candidat vert Alexander Van der Bellen contre celui d’extrême droite Norbert Hofer, dépasse la seule question de la vie politique intérieure d’une nation. Il interroge l’évolution socio-politique d’une Europe confrontée à une crise globale (sociale, économique, financière, migratoire…). À un an de l’élection présidentielle française, il est certain que ce scrutin est particulièrement observé depuis l’Hexagone. Aussi, si le résultat du Freiheitliche Partei Österreichs (FPÖ, Parti de la Liberté d’Autriche), s’inscrit dans un cadre spécifique, il peut éclairer quelques débats franco-français.

Le FPÖ a été fondé à la moitié des années 1950. Si le parti est d’abord dirigé par d’anciens nazis, il évolue rapidement avec la cristallisation de deux lignes idéologiques contradictoires: d’un côté, il est rejoint par d’authentiques libéraux, de l’autre, la tendance extrémiste continue à animer un courant national-allemand pour lequel l’Autriche n’est que partie de la Grande Allemagne. Cependant, entre 1983 et 1986, le FPÖ participe à une coalition gouvernementale avec les sociaux-démocrates, troublant l’identité politique du parti.

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φ Propos de Jean-Yves Camus recueillis par Olivier Faye, « Autriche : « Pour l’extrême droite, d’un point de vue symbolique, le résultat est gênant » », Le Monde, 24 mai 2016.

Comment jugez-vous la courte victoire d’Alexander Van der Bellen ?

Il y a apparemment eu une participation plus importante au second tour. Le vote des villes a aussi beaucoup joué en sa faveur. On constate une polarisation importante de l’électorat, qui réhabilite la thèse sur les clivages portée par le politologue norvégien Stein Rokkan, avec la distinction entre centre et périphérie, élite et monde rural, gagnants et perdants de la mondialisation, qui est manifeste. Il y a une ligne de partage très intéressante dans le pays, y compris au niveau géographique.

L’échec du FPÖ est inattendu…

Pour le FPÖ, d’un point de vue symbolique, ce résultat est gênant. L’arithmétique lui était favorable, la dynamique de campagne aussi, et Norbert Hofer jouissait d’une cote de sympathie supérieure à celle de son adversaire, notamment grâce à son plus jeune âge. Si tout cela ne suffit pas et que, même en Autriche, il y a un rempart, cela s’avère gênant pour cette famille politique. Le vote « contre » joue à plein. Même s’il n’y a pas eu de cordon sanitaire établi officiellement par les partis, les électeurs, eux, l’ont intégré.

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