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Le Contexte européen de l’extrême droite

Le contexte européen pèse sur les politiques nationales, mais on observe pourtant souvent exclusivement les partis politiques dans leurs cadres nationaux. Vous pouvez retrouver ici trois éléments qui permettent de situer le Front National dans son contexte européen : une note de l’ORAP, un entretien écrit, et un débat radio.

φ En février dernier, Jean-Yves Camus et Nicolas Lebourg participaient à l’émission « Les Oreilles loin du front«  de Fréquence Paris Plurielle, à propos de leur ouvrage sur les Droites extrêmes en Europe. Ce fut l’occasion d’un long débat sur l’histoire des extrêmes droites européennes, entrecoupée par une playlist que vous retrouverez également ici :

La déesse Frigg filant les nuages, John Charles Dollman (1909).

La déesse Frigg filant les nuages, John Charles Dollman (1909).

φ  Nicolas LebourgLes alliés du Front national au sein de l’Union européenne., note de l’Observatoire des radicalités politiques, Fondation Jean Jaurès, octobre 2016, 10 p.

Avec Marine Le Pen, le Front national (FN) a intensifié la dimension souverainiste de son positionnement idéologique. D’ailleurs, le parti ne dispose plus à son bureau exécutif d’un vice-président en charge des affaires internationales. Mais, comme tout parti, le FN n’en demeure pas moins intégré à un écosystème international. Pour des questions liées à son développement (évolution lexico-idéologique et nécessité des financements permis par le fait de disposer d’un groupe parlementaire européen), il a travaillé à la définition de son espace européen, mais aussi sélectionné des partenaires conformes à sa stratégie et à sa représentation du monde au sein du Parlement européen.

Quel espace politique ?

Marine Le Pen cherche à donner une plus grande cohérence aux relations partisanes internationales du FN que celles que sa formation connut antérieurement. Lors de l’ascension de Marine Le Pen, le FN contribuait à l’Alliance européenne des mouvements nationaux (AEMN), fondée en 2009, reconnue comme parti politique européen en 2012 et présidée par Bruno Gollnisch – en charge des relations internationales frontistes depuis 1994. L’AEMN était une auberge espagnole, s’y trouvant, avec des statuts d’association variés, outre le FN, le Movimiento Social Republicano (Espagne), le Jobbik (Hongrie), le Movimento Sociale Italiano-Fiamma Tricolore (Italie), le British National Party (Grande-Bretagne), le Front national (Belgique), National Demokraterna (Suède), Svoboda (Ukraine), le Partido Nacional Renovador (Portugal), le Bălgarksa Nacionalna-Patriotična Partija (Bulgarie) et le Vlaams Belang (parti nationaliste flamand de Belgique). L’alliance n’avait donc aucune cohérence idéologique ou programmatique, regroupant des mouvements qui avaient des conceptions totalement divergentes tant sur la question nationale que sur les projets européens, des radicaux autant que des démocrates, des souverainistes comme des fédéralistes eurasistes. Ses membres se reconnaissaient juste des convergences quant à leur vision du monde. Marine Le Pen a tenté de donner forme à une structure plus homogène. L’objectif était clair : fonder un parti et un groupe parlementaire européens excluant les radicaux insérés dans la filiation fasciste. Elle a d’abord mis en place  l’Alliance européenne pour la liberté, puis exigé en 2013 que Jean-Marie Le Pen et Bruno Gollnisch quittent l’AEMN, ce qu’ils firent. Finalement, les élections européennes de 2014 ont permis une remise à plat globale des relations internationales frontistes.

L’attitude de la présidente du FN s’inscrit dans le comportement de tous les partis de l’extrême droite populiste européenne depuis trente ans : éviter que leurs contacts internationaux ne leur valent d’être dénoncés comme fascisants auprès de leurs opinions nationales. Cette exigence a reporté dans un premier temps la formation d’un groupe au Parlement européen, le FN exposant : « Nous le regrettons à court-terme mais nous l’assumons comme choix moral et politique juste de long-terme » (communiqué du 24 juin 2016). Conséquemment, en octobre 2014 a d’abord été fondé non un groupe mais un parti : le Mouvement pour l’Europe des nations et des libertés (MENL), qui regroupe les eurodéputés du FN, de la Lega Nord (« Ligue du Nord  », Italie), du Freiheitliche Partei Österreich (« Parti de la Liberté d’Autriche  ») et du Vlaams Belang (« l’Intérêt flamand »), ainsi que des tchèques absents du parlement européen.

Alors que Marine Le Pen avait à maintes reprises souligné l’enjeu d’une organisation européenne des nationalistes lors de la campagne de 2014, le FN ne communique pas à propos du MENL. Ainsi, si l’extrême droite française a une expertise certaine en matière de communication sur les réseaux, le MENL n’a qu’un petit site web, au titre exclusivement en anglais – ce qui nuit à son accès pour un internaute français – et sur facebook ne dispose que d’une page minimaliste (246 likes à la mi-juillet 2016, 245 un trimestre après), et à la ligne manifestement peu contrôlée par les instances. Comme le FN, chacun des partis du MNEL a connu une tension entre radicalité périphérique et insertion à la norme.

Lire la suite sur le site de la Fondation Jean Jaurès.

φ  Propos de Nicolas Lebourg recueillis par Hugo Domenach,« Marine Le Pen a pris le leadership de l’extrême droite en Europe », Le Point, 10 octobre 2016.

Le Point.fr : Marine Le Pen s’est réjouie du référendum hongrois sur les migrants. En Europe, le FN met-il le cap à l’est ?

Nicolas Lebourg : C’est vrai que leur modèle est très tourné vers l’est. On peut le voir à la façon dont au Parlement européen les membres du groupe Europe des nations et des libertés (ENL) votent systématiquement contre les mesures anti-russes. L’orientation à l’est fait partie d’un ensemble de traits communs que le FN partage avec ses alliés européens au Parlement de Strasbourg, les autres étant l’islamophobie, la revendication d’une démocratie plus directe face à une Union européenne post-démocratique et le rejet de l’immigration extra-européenne. Les Hongrois, les Russes, les Polonais s’insèrent dans la globalisation économique, tout en affichant une volonté souverainiste multipolaire. Comme le FN, ils sont pour la lutte contre l’immigration, l’islam, et promeuvent la fierté nationale. Leur système dit de « démocratie illibérale » (la concurrence électorale moins le libéralisme politique) représente une nouvelle voie autoritaire qui paraît en cohérence avec le XXIe siècle.

Marine Le Pen a constitué un groupe (ENL) au Parlement européen dont elle est la coprésidente avec le Hollandais Marcel de Graaff. S’est-elle emparée du leadership des extrêmes droites européennes ?

Oui, Marine Le Pen a pris le leadership de l’extrême droite en Europe. Le politiste Gilles Ivaldi a fait

une remarque pertinente : le FN est devenu une boussole de l’extrême droite européenne. Les partis européens alliés du FN ont copié la stratégie de dédiabolisation de Marine Le Pen tout en conservant leurs spécificités locales. Le Mouvement social républicain espagnol (MSR), par exemple, a mis beaucoup d’eau dans son vin, lui qui était très radical, pour devenir plus populiste. Même chose dans l’autre sens : l’AfD en Allemagne, parti de la droite, s’est radicalisé pour être plus proche du FN. En Europe, c’est une tradition de se copier entre partis d’extrême droite.

Lire la suite sur le site du Point.

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