Nouveau

Israël/Palestine vu des extrêmes droites

Surreal-Photography-by-Diggie-Vitt-1-676x676Propos de Nicolas Lebourg recueillis par Julien Licourt, entretien préparatoire à Julien Licourt, "Le conflit israélo-palestinien vu de l'extrême droite française", Le Figaro, 25 juillet 2014  idem, "« L'extrême droite était pro-israélienne jusqu'à la guerre du Kippour »", Le Figaro, 28 juillet 2014.

Quelle a été la position de l'extrême droite sur la Palestine et Israël, depuis la création de l'État?

Nicolas Lebourg : La plupart des groupes et personnalités d’extrême droite étaient pro-israéliens jusqu’à la guerre du Kippour en 1973. Au nom de la défense de l'Occident, l'essentiel de celle-ci considérait qu'Israël était un bastion dans la lutte contre l'influence soviétique, qu'il offrait une revanche contre les Arabes, qu'il réalisait l'idéal d'une nation de paysans-soldats. La Guerre des Six Jours en 1967 voit même l’ancien commissaire aux Questions Juives Xavier Vallat ou l’écrivain antisémite Lucien Rebatet prendre fait et cause pour Israël – lui dont le dernier article sous l’Occupation s’intitulait « Fidélité au national-socialisme », et qui en finissait un précédent par « mort aux juifs ! Heil Hitler ! »...

Dans un mouvement bien connu comme celui d’Occident, on trouvait aussi bien des pro-israéliens que des antisionistes, de même d’ailleurs que certains étaient antisémites et d’autres non : cela était alors moins clivant que la question de l’anticommunisme.

Le soutien affiché d’une partie de l’extrême droite à la Palestine est-elle une simple remise à jour politiquement correcte de l’antisémitisme?

Cela dépend. Parmi les principaux promoteurs de l’antisionisme radical à l’extrême droite on trouve Maurice Bardèche et François Duprat qui ont travaillé au renouvellement de l’antisémitisme en le connectant à l’antisionisme et au négationnisme, puis à la question migratoire. Selon Duprat, l’Extermination n’eût été qu’un mythe destiné à promouvoir la domination mondiale du sionisme et la « Solution finale » du peuple palestinien (selon une dialectologie de nazification d’Israël initiée par la propagande soviétique et déjà imitée en France par les communistes et les gauchistes, aussi utilisée par l’extrême droite radicale italienne à compter de 1967, etc.).

L’Europe serait dans une situation coloniale comparable à celle des Palestiniens.  Pour eux le sionisme n’est pas un phénomène localisé mais mondial – Alain Soral aujourd’hui ne dit pas grand chose de plus, hormis qu’il n’en tire pas la conclusion d’un Etat fasciste comme solution comme le faisaient Duprat et Bardèche.

N’y a-t-il pas également un positionnement géopolitique?

Il faut bien voir que suite à la perte de l’Algérie française en 1962 il y a une intense réflexion sur l’impérialisme à l’extrême droite et que c’est de bonne foi que nombre de militants considèrent que l’impérialisme est une faute politique. Cela se connecte aussi aux positions géopolitiques qui émergent à compter de 1951 dans les milieux des anciens SS et collaborationnistes d’abord.

Pour celles-ci il faut avant tout empêcher le métissage, donc reconnaître l’indépendance des colonies et y renvoyer les immigrés présents en Europe. Cela se connecte à l’antisionisme car l’idée est qu’Israël cherche à remplacer biologiquement et culturellement les peuples européens afin qu’il n’y ait plus qu’un métis mondialisé dominé par le capitalisme international. Ce sont les racines de la thématique du « Grand remplacement » de plus en plus mainstream depuis qu’on en a enlevé l’élément antisémite pour l’intégrer à une vision occidentaliste.

Comment situer la ligne du Bloc identitaire ?

Le Bloc n’a pas eu une ligne simple. Il est né des cendres d’Unité Radicale qui faisait l’apologie de Ben Laden et des kamikazes palestiniens. Mais cette ligne était de plus en plus violemment rejetée par la base, d’où une évolution post-11 septembre qui avait alors amené le GUD a claquer la porte en considérant qu’il s’agissait de se soumettre aux sionistes. Avec la fondation des Identitaires après la dissolution d’UR on passe à une ligne « ni keffeih ni kippa », il s’agit de dire que somme toute cette affaire est moyen-orientale et non française ou européenne. Il y a eu ensuite de lourdes tentations de s’entendre avec l’extrême droite juive. D’autant que d’une part, il y a une progression de l’islamophobie dans les milieux juifs, d’autre part Marine Le Pen a su y séduire avec un discours où son Etat fort se pose en protecteur contre l’islamisme.

L’islamophobie est bien plus facile à manier dans l’espace public que l’antisémitisme qui est aujourd’hui, en termes de marché politique, réduit à des segments étroits.

Publicités