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Afrique noire et extrêmes droites européennes

Le média AfriqueXXI propose un dossier « Peste brune et continent noir » auquel ont participé deux des contributeurs réguliers de Fragments sur les temps présents :

Stéphane François, «Grand remplacement», le nouveau masque du racisme :

Les guerres de libération anticoloniales ont provoqué un électrochoc au sein de l’extrême droite occidentale et ont entraîné chez elle une redéfinition de l’identité européenne. Ses éléments parmi les plus radicaux ont vu dans la décolonisation une opportunité pour promouvoir leur cause. À l’époque, la perception des populations de l’Europe, de l’Afrique et de l’Asie demeure encore intimement liée aux théories sur l’inégalité des « races » et la supériorité de la « race blanche », popularisées à compter du milieu du XIXe siècle. Des évolutions sont cependant apparues, notamment parmi les doctrinaires les plus racistes, souvent rescapés du national-socialisme.

À partir de 1945, ils ont commencé à insister sur la nécessité de défendre la « race blanche » dans son entier (et non plus seulement la composante aryenne/nordique), et de se séparer des colonies, en particulier africaines, au nom de sa préservation face au « danger » du métissage et au « risque » de subir un colonialisme inversé. L’idée a été défendue par le Nouvel Ordre européen (NOE), une organisation néonazie paneuropéenne animée notamment par le Français René Binet et l’ancien collaborateur suisse Gaston-Armand Amaudruz.

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Nicolas Lebourg, Le «moment congolais» de l’extrême droite européenne :

Le 30 juin 1960, le Congo belge devient indépendant. La province située la plus au sud, le Katanga, riche en minerais, fait sécession le 11 juillet suivant. Cette instabilité en fait une zone d’expérimentations des extrêmes droites européennes. La crise permet à chacun de venir y trouver ce dont il a besoin, qu’il s’agisse de renouveler les corpus idéologiques, de se battre armes aux poings ou de trouver des financements politiques. Pour l’extrême droite européenne, il y eut bien un « moment congolais », que relève aisément l’étude des archives des services de renseignements français.

La décolonisation du Congo ramène en politique d’anciens collaborationnistes, tels les Belges Jean Thiriart et Emile Lecerf. Le 6 juillet 1960, le premier participe au lancement du Comité d’action et de défense des Belges d’Afrique (Cadba). L’organisation appelle à des manifestations de masse qui s’avèrent être des échecs, alors qu’elle espérait que les foules s’allieraient aux forces armées sur le modèle des événements du 13 mai 1958 à Alger2. D’ailleurs, elle considère que les questions congolaise et algérienne constituent un front unique. Thiriart rédige des analyses européistes dans le bulletin du groupe, expliquant que « cette Europe que nous voulons aurait pu aligner en Algérie des bataillons allemands fraternellement unis au combat avec les bataillons français, aurait pu aligner au Katanga des bataillons italiens et hollandais, côte à côte avec les bataillons belges. »

Vite, le Cadba se transforme en Mouvement d’action civique (MAC) et promeut l’édification d’une communauté politique qui s’étendrait de la Norvège à l’Afrique du Sud. Cette « Europe unitaire » prendrait la forme d’un État à dimensions inter-continentales, mais jacobin. Pour la faire naître, Thiriart considère qu’il faut fonder un parti révolutionnaire, en se revendiquant des méthodes et de la discipline de Lénine, aussi transnational que centralisé : Jeune Europe (JE). 

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Par ailleurs le dossier comporte également un article de Michael Pauron : Les pérégrinations africaines de la dynastie Le Pen

Longue de trois kilomètres et large de 65 mètres, la piste d’atterrissage est impeccable. Vue du ciel, elle semble avoir été tracée à la règle, d’un seul coup de crayon dans le sable. L’aérodrome d’Amdjarass, inauguré en 2013 mais toujours dans l’attente d’une homologation au niveau international, pourrait être considéré comme un mystère dans cette partie du Tchad, s’il n’avait pas été construit dans le fief d’Idriss Déby Itno, président de 1990 jusqu’à sa mort sur le champ de bataille, le 19 avril 2021. Féru d’aviation et lui-même pilote, l’autocrate, nommé maréchal huit mois avant son décès, effectuait de longs et fréquents séjours dans sa luxueuse résidence. Si bien que nombre de visiteurs officiels devaient s’y rendre pour un entretien. Même bref.

Par la route, relier Amdjarass depuis N’Djamena, la capitale, est interminable. Il ne faut qu’1 h 30 en jet privé. Jean-Yves Le Drian, le ministre français des Affaires étrangères, s’y est plusieurs fois rendu. En mai 2019, son Falcon 7X avait d’ailleurs directement rejoint l’aérodrome d’Amdjarass depuis Paris. Le premier ministre Jean Castex en a lui aussi fait l’expérience, le 31 décembre 2020, dans le cadre d’un aller-retour express depuis la capitale tchadienne, où il était venu passer le réveillon avec les troupes de la force Barkhane.

Trois ans plus tôt, en mars 2017, c’est une autre figure politique française qui avait surpris tout le monde en se rendant dans le fief de Déby. Marine Le Pen, présidente du Front national (FN, renommé Rassemblement national, RN, en 2018), alors candidate pour la deuxième fois à l’élection présidentielle française, avait fait le crochet lors de son voyage de 48 heures dans le pays. À quelques jours du premier tour, elle était arrivée à N’Djamena dans un Falcon 900 loué à une compagnie privée. 

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