RÉCENTS

Le Contexte de l’attentat de Trappes

Mark Rothko, « Black, Red and Black » (1968)

Première parution : propos de Nicolas Lebourg recueillis par Maxime Macé et Pierre Plottu, « Interview. Terrorisme d’extrême droite : «La tendance actuelle est la tentative d’actes individuels» », Libération, 24 octobre 2026.

Quelles sont les cibles principales ou récurrentes visées par les projets ou actes terroristes d’extrême droite ?

A l’extrême droite, que la violence soit activiste ou terroriste, la première cible est constituée des minorités ethniques. A la fin des années 1970, il s’agissait plutôt d’actions antisémites, mais entre 1980 et 1983, on a une hausse de 225 % des violences antimaghrébines que les policiers attribuent à des militants d’extrême droite. Un rapport des services de renseignement de 1993 évaluait le bilan des violences d’extrême droite depuis 1980 à 25 morts et 281 blessés, en précisant que pour l’essentiel, les victimes étaient ciblées sur une base raciste. Depuis 2015, il y a eu un esprit de revanche contre le jihadisme, déjà observé lors d’attentats antérieurs, qui a renforcé ce trait.

La deuxième cible, ce sont les militants de gauche, mais eux, ce n’est que pour de la violence activiste. Enfin, il y a des ambitions qui dépassent cela : le groupe Waffenkraft voulait faire un plus grand massacre que le 13 Novembre avec des Maghrébins, mais affirmait que le mieux ce serait encore un massacre d’élus. Jugés, les membres de ce groupe ont vu leurs peines aller jusqu’à dix-huit ans de prison.

Que disent les chiffres et les statistiques récentes sur l’évolution de la menace du terrorisme d’extrême droite en France ?

Entre 2017 et 2025, les services de renseignement ont empêché 16 attaques. Le paradoxe est que la qualité de ce travail contribue à nourrir le déni, les inconscients jouant les esprits forts pour dire que le seul terrorisme est jihadiste. Mais ce déni est plus profond : c’est la quatrième vague d’attaques d’extrême droite de la Ve République et les autres ont déjà été oubliées.

Après 2015, le milieu le plus problématique a été celui du courant dit accélérationniste – son attentat le plus fameux est celui de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, avec 51 morts en 2019. Mais en France, toutes les tentatives d’attaques accélérationnistes ont été empêchées. La tendance actuelle est la tentative d’actes individuels, avec une représentation du monde qui bricole des éléments idéologiques classiques de l’extrême droite européenne avec d’autres produits culturels (QAnon, True Crime Community, etc.).

Dans quelle mesure le passage à l’acte terroriste est-il un objet de fantasme dans les milieux radicaux ?

On revient à la question du déni : des gens ont l’air de s’imaginer qu’il serait irrationnel qu’un militant qui se réclame du néonazisme use de violence. Or c’est plutôt rationnel de sa part. On a deux grands types d’individus qui ont été arrêtés à droite pour des projets terroristes. Il y a des hommes plus seniors et ruraux qui fantasment qu’ils sont des résistants qui vont libérer la France, donc pour eux, ils ne sont pas des terroristes mais des citoyens héroïques. Il y a des hommes plus jeunes qui cherchent à accumuler souvent toutes les marques de marginalisation possibles. Pour les deux, la violence politique leur permet de donner un but et une forme à leur ressentiment. C’est souvent ce qui revient : penser avoir été victime d’une injustice et retrouver de l’estime de soi par la violence.


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